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Ukraine : l’armée russe relance l’attaque à Marioupol

Incendie dans un secteur résidentiel.

Un incendie fait rage après un bombardement dans un secteur résidentiel de Marioupol.

Photo : via reuters / @AYBURLACHENKO

Radio-Canada

Les combats ont repris samedi à Marioupol, une ville portuaire stratégique du sud de l'Ukraine, alors que Moscou a repris l'assaut après le report de l'évacuation de civils dans la région. Des combats sont toujours en cours autour de la capitale Kiev, de laquelle se rapprochent les troupes russes.

Le ministère russe de la Défense a accusé la partie ukrainienne de ne pas avoir voulu prolonger le cessez-le-feu et d'avoir empêché les populations de quitter Marioupol et ses environs. Les opérations offensives ont repris depuis 18 h, heure de Moscou, a-t-il déclaré.

Les Ukrainiens avaient reporté quelques heures auparavant l'évacuation des civils de Marioupol, ainsi que d'une autre ville assiégée, invoquant des violations du cessez-le-feu par les forces russes, que ces dernières ont démenties.

Toujours au dire du ministre Igor Konachenkov, les Ukrainiens utilisent des civils comme boucliers humains.

L'évacuation devait commencer à la fin de la matinée, avait précédemment précisé l'administration municipale de Marioupol, qui a appelé les civils rassemblés aux points de sortie de la ville à regagner les abris.

Il est impératif d'évacuer rapidement la population de la ville ukrainienne de Marioupol, assiégée par l'armée russe et ses alliés, en raison de la situation humanitaire catastrophique, a plaidé samedi Laurent Ligozat, coordinateur d'urgence de l'ONG Médecins sans frontières en Ukraine.

Aujourd'hui, il n'y a plus d'eau; les gens ont énormément de problèmes pour accéder à de l'eau potable et cela devient un enjeu un peu essentiel. Il n'y a plus d'électricité, il n'y a plus de chauffage. La nourriture vient à manquer, les magasins sont vides, a-t-il dit depuis la ville de Lviv, dans l'ouest du pays.

« Depuis plusieurs jours tout simplement, il n'y a plus rien qui entre dans la ville ou qui en sort. »

— Une citation de  Laurent Ligozat, coordinateur d'urgence de Médecins sans frontières en Ukraine

M. Ligozat a lancé un appel aux belligérants pour qu'ils permettent aux civils de quitter les lieux. Il est impératif que ce corridor humanitaire, qui aurait pu voir le jour aujourd'hui, mais qui ne s'est pas vraiment mis en place en raison du non-respect du cessez-le-feu, se mette très rapidement en place pour permettre aux populations civiles, aux femmes et aux enfants de sortir de cette ville, a-t-il affirmé.

Couloirs humanitaires

Plus tôt, Moscou avait annoncé un cessez-le-feu temporaire destiné à permettre l'évacuation des civils.

Après des pourparlers entre des représentants de Kiev et de Moscou, le ministère russe de la Défense, cité par les agences de presse russes, a annoncé samedi matin un régime de silence [des armes] et l'ouverture de couloirs humanitaires pour l'évacuation des civils de Marioupol et de Volnovakha jusqu'à 16 h, heure locale.

Les emplacements du couloir humanitaire et des points de sortie ont été déterminés en accord avec les autorités ukrainiennes, selon le ministère. L'autre ville concernée par le cessez-le-feu, Volnovakha, se trouve à une soixantaine de kilomètres au nord de Marioupol.

Dans la nuit, le maire de Marioupol, Vadim Boïtchenko, avait annoncé que sa ville était soumise à un blocus de la part de Moscou. Depuis cinq jours, notre ville natale, notre famille d'un demi-million d'habitants, subit des attaques impitoyables, avait-il écrit sur Telegram en appelant à poursuivre la résistance.

« Notre priorité est l'instauration d'un cessez-le-feu afin que nous puissions rétablir les infrastructures vitales et mettre en place un couloir humanitaire pour faire venir des aliments et des médicaments dans la ville. »

— Une citation de  Vadim Boïtchenko, maire de Marioupol

Cette ville de 450 000 habitants située au bord de la mer d'Azov a subi des bombardements ininterrompus, y compris sur des écoles et sur des hôpitaux, selon le maire adjoint, Sergueï Orlov.

Le contrôle de Marioupol revêt un caractère stratégique pour la Russie, car il lui permettrait d'assurer une continuité territoriale entre ses forces venues de Crimée et celles venues des territoires séparatistes prorusses du Donbass.

L'armée russe, qui a nettement progressé dans le territoire ukrainien en 10 jours de combats, pourrait dès lors accentuer la pression militaire sur le centre et la partie septentrionale, où les combats font rage, notamment à Kiev et Kharkiv.

Selon l’ONU, l’Ukraine compte déjà 1,37 million de réfugiés à l'étranger depuis l'invasion le 24 février et plus d'un million de déplacés dans le pays.

Des frappes dans d'autres villes

Les combats se poursuivent également à Tcherniguiv, à 150 km au nord de Kiev, où des frappes russes ont fait 47 morts la veille dans un secteur résidentiel.

Une équipe de l'AFP qui s'est rendue sur place samedi a constaté des scènes de dévastation dans cette ville de 300 000 habitants qui se vidait de sa population, faisant craindre un destin similaire pour Kiev une fois les batteries de missiles et l'artillerie russes aux portes de la capitale.

Il y avait des corps partout sur le sol. Ils faisaient la queue pour la pharmacie là, ici, et ils sont tous morts, a témoigné Sergeï, un survivant.

À quelque 350 km à l'est de Kiev, la situation est aussi devenue un enfer à Okhtyrka et a atteint un point critique à Soumy, selon les autorités.

L'armée russe occupe depuis vendredi la centrale nucléaire de Zaporojie, dans le sud-est de l'Ukraine, où des frappes d'artillerie, selon les Ukrainiens, ont provoqué un incendie dont Moscou nie être à l'origine.

Cette attaque contre la plus grande centrale nucléaire d'Europe constitue une immense menace pour toute l'Europe et pour le monde, a réagi vendredi au Conseil de sécurité de l'ONU l'ambassadrice américaine Linda Thomas-Greenfield. Nous avons survécu à une nuit qui aurait pu mettre un terme à l'histoire : l'histoire de l'Ukraine, l'histoire de l'Europe.

En effet, si une explosion s'était produite à la centrale de Zaporojie, dans le sud de l'Ukraine, elle aurait équivalu à six Tchernobyl, s'est alarmé le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui doit s'adresser samedi au Sénat américain par visioconférence.

Le bilan des pertes est impossible à vérifier de manière indépendante. N'empêche, l'ambassadeur russe à l'ONU à Genève, Guennadi Guatilov, a affirmé qu'il y avait eu 2870 victimes du côté ukrainien et 498 du côté russe.

L'Ukraine et des observateurs occidentaux affirment que le bilan des pertes russes est largement sous-évalué, Kiev évoquant plus de 9000 soldats russes tués.

Revenus de l’étranger pour défendre leur pays

Le ministre ukrainien de la Défense, Oleksii Reznikov, a déclaré que 66 224 Ukrainiens étaient déjà revenus au pays pour se joindre aux combats contre les forces russes. Il a évoqué l’équivalent de 12 brigades de plus, des combattants qui ne manquent pas de motivation.

L'armée ukrainienne a quant à elle déclaré que ses troupes se battaient férocement pour libérer les villes ukrainiennes des occupants russes. Elle a fait état de contre-attaques dans certaines zones, notamment autour de Kharkiv, et d’opérations qui perturbent les communications, ce qui joue sur le moral des troupes dans le camp russe.

Selon les autorités ukrainiennes, une troisième session de négociations avec les Russes se déroulera lundi.

Un homme marche devant un char endommagé.

Un militaire ukrainien marche près d'un véhicule militaire russe carbonisé dans la région de Kharkiv.

Photo : Reuters / IRINA RYBAKOVA/PRESS SERVICE OF

Avec les informations de Agence France-Presse

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