•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Envoyé spécial

L’armée ukrainienne est dépassée par le nombre de civils qui veulent la rejoindre

Deux jeunes hommes se tiennent par l'épaule.

Vladimir et Kyril, à Lviv

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Une semaine après l’appel du ministère de la Défense ukrainien à rejoindre l’armée, les civils continuent d’attendre des heures chaque jour un peu partout dans le pays pour s’enrôler. La réponse citoyenne est telle que plusieurs bureaux de recrutement sont submergés d’offres et affichent complet.

Cigarette à la main, les yeux pétillants de détermination, Kyril et Vladimir viennent d’apprendre où ils seront déployés. Ils n’en diront pas plus pour des raisons de sécurité, lancent-ils fièrement. Les deux hommes se sont enrôlés dans l’armée ukrainienne à Lviv jeudi.

Ma maison a été bombardée, dit Kyril, et maintenant, je me sens brave. Je veux défendre mon pays.

Kyril a 32 ans. Après avoir vu sa maison près de Kiev exploser sous les bombes, il est allé reconduire sa conjointe enceinte en Pologne. Il s’est ensuite dirigé sans hésiter vers le centre de recrutement de Lviv. Il n’a que la vengeance au cœur.

« Les Russes sont dans notre pays pour tuer nos femmes et nos enfants. Nous allons riposter. Je veux aller tuer ces Russes qui sont ici. »

— Une citation de  Kyril, civil ukrainien, 32 ans

Il a confiance en ses moyens même s’il n’a jamais utilisé une arme de sa vie. La bravoure et la fierté de défendre son pays lui font oublier son inexpérience.

Vladimir, lui, a 27 ans et a connu la guerre du Donbass contre les Russes dans l’Est ukrainien en 2014. Il s’est inscrit auprès de l’armée ukrainienne à Kherson au tout début de l’invasion. Le fait de voir sa ville tomber aux mains des Russes lui arrache le cœur.

C’est notre devoir de défendre nos femmes et notre pays, dit-il. Nous sommes unis et transportés par cette motivation.

C’est une motivation qui balaie l’Ukraine. Partout, on voit des files d’attente de plusieurs heures pour s'enrôler. Rejoindre l’armée semble être devenu un privilège. Dorénavant, les civils inexpérimentés ne sont plus acceptés. Même rejoindre les rangs de la Défense territoriale, l’équivalent de la réserve, est presque impossible. Certains civils se font conseiller de retourner dans les centres de recrutement dans une semaine pour voir si des places se sont libérées.

Nous n’avons pas besoin d’autant de soldats bénévoles, affirme un réserviste qui préfère demeurer anonyme et qui attend devant le centre de recrutement de Lviv qu'on lui communique le lieu de son affectation. Malgré ce qu’il voit aux nouvelles, il croit que les Russes vacillent déjà.

Si l’Europe et l'Occident nous fournissent de l’aide par les airs avec des avions de chasse F-35, ajoute-t-il, nous renverrons bientôt les Russes chez eux.

Solidarité

Un jeune homme debout regarde la caméra.

Rustam tente d'être utile à sa manière.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Ailleurs à Lviv, une petite armée d’étudiants à l’Université chrétienne d’Ukraine trie les denrées reçues dans l’atrium. Médicaments, nourriture, vêtements : ces dons proviennent de partout au pays et sont destinés aux dizaines de milliers de réfugiés qui transitent ou qui s’établissent temporairement dans la région.

Parmi ces bénévoles se trouve Rustam, qui n’a que 19 ans. Il est parti de Kiev la veille de l’invasion. Simple coup de chance.

« Je veux simplement m’assurer que ma famille est en lieu sûr, que je pourrai revoir mes amis et qu’il y aura encore des lendemains. Je veux vivre dans mon pays et je fais ce que je peux pour aider en tant que bénévole. »

— Une citation de  Rustam, 19 ans

Aide aux réfugiés à la gare, soutien aux bénévoles dans les centres d’aide de la ville, tri des denrées à l’université : Rustam est même allé documenter les longues files devant les centres de recrutement de l’armée pour alimenter ses réseaux sociaux.

C’est le monde à l’envers. Auparavant, les civils se servaient de leurs contacts privilégiés pour éviter de rejoindre l’armée. Aujourd’hui, il faut plutôt utiliser ces contacts pour réussir à en faire partie en temps de guerre.

J'ai honte d'être russe

Andreï.

Andreï, un Russe qui a rejoint la résistance ukrainienne.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Mitraillette en bandoulière, visage sévère, Andreï est responsable de la sécurité devant le bureau de recrutement de Lviv. Ce Russe travaille en Ukraine depuis six ans. Il a rejoint ce qu’il appelle la résistance dans les heures qui ont suivi l’invasion.

J’ai honte d’être russe. Je vois ce que mon pays fait comme ravages ici. C’est la guerre.

Il affirme qu’il voit des gens de son pays natal tuer des personnes innocentes. Andreï ajoute que le fait de savoir qu’il aide le peuple ukrainien l’aide à supporter ce qu’il observe chaque jour.

Comme tous ceux qui sont venus tenter de s’enrôler dans l’armée ukrainienne, Andreï, le Russe, croit dans la victoire contre ce qu’il appelle lui aussi l’envahisseur.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !