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Ottawa repousse sa décision sur le projet pétrolier Bay du Nord

Pour la deuxième fois, le gouvernement Trudeau reporte sa décision sur un projet pétrolier controversé.

Un dessin d'un bateau avec des éléments techniques qui descendent au fond de la mer.

L’installation de l’infrastructure d’extraction de Bay du Nord couvrirait 22 kilomètres carrés de fonds marins.

Photo : Equinor

Le ministre fédéral de l’Environnement se donne jusqu’à la mi-avril pour approuver ou rejeter le projet Bay du Nord au large de Terre-Neuve-et-Labrador. Il s’agit d’une des décisions les plus délicates entre les mains de Steven Guilbeault.

Plus de temps est nécessaire pour sceller le sort de ce projet d’exploitation extracôtier qui permettrait d’extraire de 300 millions à 1 milliard de barils de pétrole sur une période de 30 ans.

Selon nos informations, le cabinet doit toujours étudier différents scénarios et en discuter. Il n’y a personne qui veut que ça traîne, assure une source fédérale.

Le projet Bay du Nord suscite des divergences d’opinion au sein du Conseil des ministres, comme le rapportait Radio-Canada.

Dans un message publié sur Twitter, le ministre du Travail et député de Terre-Neuve, Seamus O'Regan, a précisé que le projet Bay du Nord est déjà passé à travers un examen indépendant sur ses impacts environnementaux. Il est présentement en processus de révision par notre gouvernement.

De son côté, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Andrew Furey, et son ministre de l'Industrie, de l'Énergie et de la Technologie, Andrew Parsons, disent demeurer optimistes quant à la reconnaissance, par le gouvernement du Canada, de la valeur du projet.

Steven Guilbeault s'exprimant à un pupitre, à la COP26.

Questionné en Chambre mardi sur la position de son ministère sur le projet, Steven Guilbeault a précisé qu'il était toujours à l'étude.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

La pression est grande sur Steven Guilbeault. Terre-Neuve-et-Labrador attend avec impatience de savoir si Bay du Nord se concrétisera. Ce projet lui permettrait d’obtenir des milliards de dollars en redevances et de renflouer ses coffres. La société norvégienne Equinor, qui est à l’origine du projet, attend aussi le signal du gouvernement fédéral.

Dans une déclaration transmise en fin de journée, l'entreprise indique que si elle est déçue d'apprendre le nouveau report de la prise de décision en lien avec l'évaluation environnementale, elle garde confiance en la viabilité du projet et espère une décision positive au cours des prochaines semaines.

Initialement, Ottawa devait se prononcer le 6 décembre dernier. Ensuite, la décision a été reportée au 6 mars et, maintenant, Ottawa vient de repousser la date butoir de 40 jours.

La crise ukrainienne a pris beaucoup de place ces dernières semaines, mais un report aurait probablement été nécessaire de toute façon, explique cette source.

Cette semaine, plus d’une centaine d’universitaires, d’experts et de groupes environnementaux, dont Greenpeace Canada, ont envoyé une lettre au ministre Guilbeault pour lui demander de rejeter le projet.

Ce projet est incompatible avec les engagements du Canada en matière de climat, contredit la promesse de plafonner les émissions du secteur pétrolier et gazier et est basé sur une évaluation d’impact déficiente, pouvait-on lire dans la missive.

Le Bloc québécois a aussi envoyé une lettre semblable au ministre.

En échange d’une approbation, Ottawa pourrait réclamer de la province qu’elle limite sa production à l’avenir ou qu’elle mette fin, purement et simplement, à l’exploration pétrolière après Bay du Nord.

Terre-Neuve-et-Labrador pourrait aussi s’engager à cesser dans quelques années l’exploitation d’autres plateformes pétrolières qui sont actuellement en activité. Des permis d’exploitation arriveront à échéance au début de 2030.

L’effet de la crise ukrainienne?

Le conflit ukrainien a aussi changé la nature du débat politique. Les conservateurs à Ottawa réclament que le gouvernement canadien en fasse plus afin d'améliorer l’indépendance énergétique de l’Europe par rapport à la Russie. L’opposition officielle réclame qu’Ottawa approuve des infrastructures supplémentaires pour acheminer plus d’hydrocarbures canadiens vers l’Europe, comme le gaz naturel.

Quand le gouvernement va-t-il comprendre l’importance d’augmenter significativement les exportations de ressources énergétiques vers l’Europe? demandait le député conservateur Garnett Genuis, vendredi, aux Communes.

Des chevalets de pompage en Alberta.

Le Parti conservateur du Canada a déposé en Chambre cette semaine une motion faisant la promotion de l'énergie pétrolière et gazière canadienne pour soutenir l'Europe.

Photo : La Presse canadienne / Larry MacDougal

Le projet Bay du Nord, au large de Terre-Neuve-et-Labrador, pourrait représenter une source de pétrole supplémentaire d’importance sur le marché mondial, mais pas avant sa mise en activité en 2028.

Les bloquistes accusent les conservateurs de se servir de la crise ukrainienne pour faire avancer les intérêts de l’industrie pétrolière et gazière canadienne. Les conservateurs instrumentalisent la guerre en Ukraine pour vendre du pétrole sale et du gaz, déclarait la bloquiste Monique Pauzé en Chambre mardi dernier.

Le ministre Steven Guilbeault envoie le signal que le Canada n’est pas en voie d’augmenter ses exportations de ressources pétrolières.

Il faut être raisonnable, on ne peut pas aider l’Europe avec du pétrole, a-t-il déclaré cette semaine dans une entrevue à Bloomberg.

Ce n’est pas sérieux de penser qu’on peut commencer à construire au Canada une panoplie de nouvelles infrastructures pour le pétrole ou le gaz et que ça va magiquement fonctionner, a-t-il ajouté.

Avec la collaboration de Marie Chabot-Johnson

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