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L’école à ciel ouvert : une belle idée difficile à concrétiser

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En faisant leur sortie de ski de fond, les élèves de 2e secondaire de l'École secondaire Monseigneur-A.-M.-Parent vont observer la faune, la flore, et constater que le Saint-Laurent n'est pas gelé entre Boucherville et ses îles.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

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Le désir de faire sortir les élèves de leur classe pour enseigner dehors est de plus en plus présent. Le concept d'école en plein air, « udeskole », qui vient des pays scandinaves, est séduisant, mais cependant difficile à implanter, surtout au niveau secondaire.

Seulement une dizaine d'écoles secondaires publiques du Grand Montréal offrent un profil ou un programme en plein air. C’est que, pour arriver à le faire régulièrement, il faut de la souplesse, un sens de l'organisation et une collaboration au sein du personnel enseignant.

Ce petit miracle a notamment eu lieu à l’École secondaire Monseigneur-A.-M.-Parent, de l’arrondissement Saint-Hubert à Longueuil, où deux enseignantes passionnées de plein air ont créé, il y a sept ans, le programme Science et plein air, maintenant offert à tous les niveaux du secondaire.

Enseigner en plein air est une méthode pédagogique qui a fait ses preuves en Scandinavie et qui accroît la motivation des élèves. Dans la région de Montréal, une dizaine d'écoles secondaires enseignent en plein air à des degrés divers. Reportage d'Anne-Louise Despatie.

Les sciences et l'éducation physique, ça va tellement ensemble. Et il y a tellement de choses à raconter quand on est dehors, s'exclame l'enseignante de science, Isabelle Bouchard.

En quelques années, le programme est devenu très populaire au Centre de services scolaire Marie-Victorin. Il se distingue de ce qui se fait ailleurs au Québec, puisqu'il fusionne les périodes d'éducation physique et celles de science, pour permettre une dizaine de sorties par année.

Bien sûr, la pandémie a réduit le nombre de ces sorties à caractère scientifique, mais les élèves et les enseignants espèrent un retour à la normale bientôt.

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Les jeunes estiment qu'ils apprennent mieux à l'extérieur. Les enseignants constatent que les élèves sont très motivés par les sorties.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

La science sur ski

La sortie de ski de fond au parc des Îles-de-Boucherville est l'occasion pour certains élèves de Monseigneur-A.-M.-Parent de s'initier au sport, mais pour tous, c'est celle de faire des observations en milieu naturel. De constater, par exemple, le fragile équilibre entre la faune et la flore, mais aussi au sein de la flore elle-même, alors que les phragmites menacent les espèces indigènes comme la quenouille. Ou encore, l’impact de l’absence de glace sur le fleuve.

Avec une sortie comme celle-là, les élèves peuvent voir les manifestations des changements climatiques, faire des observations et se poser des questions. Ils ont choisi ce programme-là pour ça. Et enfin, on peut sortir!, s’exclame Isabelle Bouchard, qui a vu ses sorties scientifiques passablement perturbées par les mesures sanitaires.

La sortie au parc des Îles-de-Boucherville a demandé une bonne préparation. Il a ainsi fallu expliquer en classe de science les principes de physique qui permettent de comprendre la glisse et le fartage des skis.

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Avant la sortie en ski de fond, la théorie devient bien concrète pour comprendre les techniques de fartage. Cela permet déjà aux élèves de passer à l'action.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Une offre qui se diversifie progressivement

Le profil plein air n'est pas au sommet de la liste des programmes à vocation particulière les plus courus du ministère de l'Éducation, comme le sont les programmes internationaux ou sport-études, mais ils gagnent en popularité.

Les programmes de plein air gravitent souvent autour des cours d'éducation physique. C’est dans cette voie que s’est d’ailleurs engagée l'École La Dauversière, du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), en créant son profil plein air en septembre.

Pour s’en occuper, la direction de l'école a embauché un enseignant spécialisé en plein air urbain.

Mon approche a été un peu radicale. Dès les premiers jours de l'année, je leur ai dit : ‘’On n'a pas le choix : on n'a pas de gymnase, on va sortir tous les jours, beau temps, mauvais temps’’, raconte Maxime-Guillaume Skelling, enseignant en éducation physique et coordonnateur du profil Plein air urbain.

Aujourd'hui, les jeunes doivent réaliser un minicampement dans le parc situé juste en face de leur école. Chaque équipe installe les hamacs, construit une banquette de neige et tape un sentier à l'aide de raquettes.

Même à moins 10 degrés Celsius, personne ne se plaint du froid.

« On est allé chercher à droite et à gauche des vêtements chauds, on a fait les bazars, on a lavé les vêtements et j'ai un système de prêt avec les élèves. »

— Une citation de  Maxime-Guillaume Skelling
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Les sorties régulières des élèves du profil Plein air font des envieux. Même les enseignants des autres matières veulent sortir de leur classe.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

La conseillère pédagogique, Elaine Leith, voit grand pour ce nouveau profil qui donne d’ailleurs des idées au personnel de l’école.

On sent un enthousiasme contagieux, se félicite la conseillère pédagogique aux écoles La Dauversière et Évangéline du CSSDM. Au départ, toutes les périodes d'éducation physique se vivent en plein air, mais on a ce projet, cette vision, de prendre le prétexte du plein air et de l'amener au service de l'apprentissage des autres matières.

Une enseignante de français a fait faire par ses élèves le guide d’installation des hamacs à l’intention des utilisateurs. On ne s’étonne donc pas de voir ces élèves faire leur période de lecture dehors dans les hamacs. Ou encore, d’autres élèves en arts plastiques chercher l’inspiration à l’extérieur.

Tous ces équipements ne sont cependant pas couverts par le budget de l’école qui doit chercher des donateurs ou des partenaires dans le quartier.

Il faut aller chercher des sous, parce que c'est plus coûteux. Donc, nous avons sollicité plein de partenaires financiers qui sont venus nous aider à démarrer le projet, explique le directeur de l’École La Dauversière, Philippe Labrosse.

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Les hamacs achetés pour le plein air servent aussi aux classes de français qui y font leur période de lecture.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Et c’est là une autre des difficultés à implanter des programmes de plein air dans les écoles.

Il y a une iniquité de financement dans le réseau scolaire. Si le cours d’éducation physique ne se fait pas dans le gymnase, il ne fait pas partie du budget de l’école. Il n’y a pas de budget spécifique pour ça, déplore Patrick Daigle qui a contribué à créer le programme de deuxième cycle d’Intervention en contexte de plein air, que plusieurs enseignants suivent au Département d’activité physique de l’UQAM.

Or, les activités de plein air nécessitent du financement, par exemple pour l’équipement ou le transport des élèves lors des sorties.

D'après M. Daigle, ce genre de situations freine le virage que plusieurs enseignants souhaiteraient entamer pour sortir les élèves de leur classe, parce que le désir est bien là.

Le directeur de l’École La Dauversière rêve d’avoir une flotte de vélos pour ses élèves, tout comme du mobilier extérieur afin de faire éclater les murs de la classe conventionnelle.

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