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Washington, Londres et Paris resserrent l’étau sur des oligarques russes

Une vue aérienne d’un bâtiment détruit par un bombardement.

Une vue aérienne d’un bâtiment résidentiel détruit par un bombardement, alors que l'invasion de l'Ukraine par la Russie se poursuit dans la région de Kiev.

Photo : Reuters / MAKSIM LEVIN

Agence France-Presse

Biens saisis, interdiction de voyager et accès interdit au système financier. Les oligarques russes sont visés par de nouvelles sanctions imposées par l’Occident, qui entend faire mal aux proches du président Vladimir Poutine après l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe.

Un mégayacht, propriété d'une société liée au patron du géant pétrolier russe Rosneft, a été saisi jeudi dans le sud de la France.

À Monaco, un contrôle était par ailleurs en cours jeudi à bord du yacht Quantum Blue, propriété du milliardaire russe Sergueï Galitski, a appris l'AFP auprès d'une source portuaire, tandis que les autorités françaises multiplient les vérifications dans les ports et chantiers navals spécialisés dans la maintenance de bateaux de luxe sur la côte méditerranéenne.

Sergueï Galitski.

Sergueï Galitski, PDG et propriétaire majoritaire du détaillant alimentaire russe Magnit.

Photo : Reuters / SERGEI KARPUKHIN

À La Ciotat, près de Marseille, c'est l'Amore Vero, un yacht blanc de 86 m de long, qui a été saisi par la douane dans un chantier naval, a indiqué le ministère français de l'Économie et des Finances.

Détenu par une société dont Igor Setchine, dirigeant de la société Rosneft, a été identifié comme le principal actionnaire, il entrait dans le champ des mesures de gel décidées à l'encontre de son propriétaire par l'Union européenne, a ajouté le ministère.

Considéré comme l'un des chefs de file du clan de siloviki - un mot qui désigne les hauts responsables issus des services de sécurité - M. Setchine est un fidèle du maître du Kremlin depuis les années 1990.

Le bateau a été bloqué dans la nuit de mercredi à jeudi, alors qu'il prenait des dispositions pour appareiller dans l'urgence, sans avoir achevé les travaux prévus, a précisé le ministre français des Comptes publics Olivier Dussopt, qui a la responsabilité des Douanes.

Ce yacht dispose sur son pont principal d'une piscine qui peut se transformer en héliport et son intérieur a été conçu par le renommé architecte d'intérieur Alberto Pinto, d'après le site Internet de son constructeur. Sa valeur s'élèverait à 120 millions de dollars, selon une source souhaitant rester anonyme.

Il était un client régulier des chantiers navals MB92, a confirmé la société à l'AFP.

Symboles de l'enrichissement massif des hauts responsables politiques et économiques russes, les yachts font partie des biens qu'ils détiennent à l'étranger, ciblés par les sanctions occidentales.

Les sanctions européennes visent plus de 500 personnalités ou entités russes, dont les avoirs et les ressources économiques doivent être progressivement gelés à mesure que les États européens parviennent à les localiser et les relier à leurs propriétaires.

À La Ciotat, près de Marseille, l'opération de contrôle française a pris du temps, les douanes devant d'abord vérifier l'identité du propriétaire se cachant derrière la société qui détenait en propre le navire, explique une source officielle française.

La difficulté, c'est qu'ils ne sont pas sous pavillon russe, mais sous autre pavillon, avec derrière des montages compliqués via des sociétés-écrans, donc le travail des douanes consiste à voir qui se cache derrière, a confirmé à l'AFP une source connaissant bien le secteur de la grande plaisance.

Le yacht Quantum Blue à Monaco.

Le Quantum Blue, le yacht du milliardaire russe Sergeï Galitski, à quai dans le port de Monaco le 3 mars 2022.

Photo : Getty Images / VALERY HACHE

Le Quantum Blue contrôlé à Monaco navigue par exemple sous pavillon des îles Caïman, selon le site Marine Traffic.

Les propriétaires de ces yachts tentent désormais d'échapper aux sanctions, et les Maldives, n'ayant pas de traité d'extradition vers les États-Unis, semblent représenter un point de chute pour leurs navires ces derniers jours.

Plusieurs yachts ont ainsi été repérés sur place : l'un appartenant à Oleg Deripaska, le fondateur du groupe d'aluminium Rusal, un autre, le Titan, est la propriété du magnat de l'acier Alexander Abramov.

Il y a beaucoup d'échos dans le milieu sur des yachts russes s'apprêtant à quitter la Côte d'Azur, par peur des sanctions, a indiqué à l'AFP une source connaissant bien ce secteur, qui évoque Dubaï comme l'une des destinations potentielles.

Les autorités allemandes ont, elles, démenti jeudi avoir saisi le mégayacht de l'oligarque russe Alicher Ousmanov, proche de Vladimir Poutine visé par les sanctions occidentales.

Plusieurs médias avaient fait état de la saisie de ce bateau en maintenance dans le port de Hambourg. Mais une porte-parole du département chargé des questions économiques dans la cité-État l'a démenti auprès de l'AFP.

Le yacht de 156 mètres devrait cependant rester immobilisé du fait de l'interdiction de transférer des biens vers la Russie sans autorisation spéciale.

Londres sanctionne les oligarques Usmanov et Chouvalov

Le gouvernement britannique a annoncé de son côté des sanctions contre le milliardaire russe né en Ouzbékistan Alisher Usmanov, déjà mis à l'écart par le club de football d'Everton, et l'ancien vice-premier ministre russe Igor Chouvalov.

Sanctionner Usmanov et Chouvalov envoie le message clair que nous frapperons les oligarques et les individus étroitement associés au régime de Poutine et à sa guerre barbare. Nous ne nous arrêterons pas là. Notre objectif est de paralyser l'économie russe et d'affamer la machine de guerre de Poutine, a déclaré la ministre des Affaires étrangères Liz Truss dans un communiqué.

Le gouvernement britannique impose aux deux hommes, qui figurent parmi les oligarques ayant les plus forts intérêts au Royaume-Uni, un gel de leurs avoirs et des interdictions de voyager.

Alisher Usmanov.

L'oligarque russe Alisher Usmanov à Londres (archives)

Photo : Getty Images / Oli Scarff

Avec Usmanov et Chougalov, le Royaume-Uni a sanctionné au total 13 oligarques russes et plus de 220 personnes et entités depuis l'invasion de l'Ukraine.

En plus de viser les oligarques, le gouvernement a placé mardi la plus grande banque russe, le géant public Sberbank, ainsi que le Fonds souverain russe (RDIF) sur la liste des entités soumises à des sanctions du Royaume-Uni.

Après avoir déjà visé plusieurs institutions financières la semaine dernière, puis la banque centrale et le ministère des Finances russes, le gouvernement avait annoncé lundi de nouvelles mesures visant les banques russes ainsi que la fermeture de ses ports aux navires russes.

M. Usmanov, 68 ans, était classé sixième dans la liste des personnes les plus riches du Royaume-Uni, établie par le Sunday Times en 2021.

Il fait partie des dizaines d'oligarques russes frappés par les sanctions occidentales qui ont suivi l'invasion de l'Ukraine.

Mercredi, le club de football Everton, qui évolue en Premier League anglaise, a suspendu ses accords de parrainage avec plusieurs entreprises dans lesquelles M. Usmanov détenait des parts.

Igor Chouvalov a occupé quant à lui plusieurs postes au sein du gouvernement russe, dont celui de premier vice-premier ministre, chef de cabinet du gouvernement, et il a travaillé deux fois comme assistant de Vladimir Poutine. Il préside depuis 2018 le conseil d'administration de VEB, l'une des banques récemment soumises à un gel total des avoirs.

Washington veut étouffer les milliardaires Usmanov et Peskov

Aux États-Unis aussi les sanctions ont continué à pleuvoir contre les proches du président russe, dont le milliardaire Alisher Usmanov et le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov.

Leurs avoirs aux États-Unis sont gelés et leur accès au système financier américain est bloqué.

Dmitri Peskov.

Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, s'adresse aux journalistes avant la conférence de presse annuelle du président russe Vladimir Poutine à Moscou en décembre dernier.

Photo : Associated Press / Alexander Zemlianichenko

Les autres sont Nikolaï Tokarev, PDG de Transneft, poids lourd du secteur du pétrole et du gaz, Boris et Arkadi Rotenberg, deux frères d'une famille considérée comme très proche du président Poutine, Sergueï Tchemezov, patron du conglomérat de l'industrie de défense Rostec, Igor Shuvalov, dirigeant de VEB, la banque de développement russe, et Evgueni Prigojine, autre proche du Kremlin.

Ils s'ajoutent aux personnalités russes déjà sanctionnées la semaine dernière par les États-Unis, pour aligner la liste américaine sur les sanctions de l'Union européenne, qui incluent depuis lundi plusieurs de ces noms, a dit à l'AFP une source proche du dossier.

Washington avait déjà sanctionné la semaine dernière des hommes d'affaires russes, des proches du Kremlin et jusqu'au président russe Vladimir Poutine lui-même.

Les nouvelles mesures américaines incluent les membres des familles des personnes visées pour les empêcher de transférer leurs biens à leurs proches.

Parallèlement, 19 oligarques russes et 47 membres de leurs familles sont interdits d'entrée aux États-Unis, précise la Maison-Blanche sans publier leurs noms.

Cette nouvelle vague de mesures punitives américaines intervient alors que plusieurs de ces milliardaires sont sous pression ou commencent à prendre leur distance avec la guerre engagée par Vladimir Poutine en Ukraine.

Le président américain Joe Biden a promis, mardi soir lors d'un discours au Congrès, de traquer les biens mal acquis des oligarques russes et de saisir leurs yachts, appartements de luxe et jets privés.

En coordination avec les Européens, Washington a ainsi créé mercredi une cellule d'enquêteurs chargés de les poursuivre et, finalement, de saisir ces biens de luxe.

Ces individus se sont enrichis sur le dos des Russes et sont responsables de fournir les ressources nécessaires pour soutenir l'invasion de l'Ukraine par Poutine, estime l'exécutif américain.

Le Trésor partagera ses renseignements financiers et d'autres preuves, lorsque cela s'impose, avec le département de la Justice pour alimenter des poursuites pénales et la saisie d'avoirs.

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