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Fuir ou rester? Des Ukrainiens témoignent

Un homme dont le véhicule est coincé dans un bouchon fume sur un terre-plein d'une autoroute.

Des Ukrainiens voulant quitter Kiev se sont retrouvés coincés dans des bouchons de circulation.

Photo : Getty Images / AFP/GENYA SAVILOV

L’une a affronté les embouteillages monstres à la frontière roumaine. L’autre a décidé de faire acte de résistance en restant à Kiev, sa ville. Des Ukrainiens témoignent de leur quotidien alors que se poursuit l’invasion russe.


YANA ZYMA, 26 ans 

Yana Zyma a fui la ville de Kiev, en Ukraine, pour traverser la frontière roumaine.

Yana Zyma a fui la ville de Kiev, en Ukraine, pour traverser la frontière roumaine.

Photo : Gracieuseté

Quand nous avons d’abord parlé à Yana, au début de la semaine, elle était sur la route de l’exode dans un embouteillage géant, en route vers la frontière roumaine, puis, espérait-elle, vers la Pologne.

Depuis 30 heures dans sa voiture avec des centaines de véhicules pressés pare-chocs contre pare-chocs, Yana tentait de ne pas se laisser abattre. Certains font la route à pied, soulignait-elle. 

La vingtenaire, qui travaille pour une compagnie agroalimentaire, fuit en compagnie de membres de sa famille et d’un collègue. Elle n’avance pas très vite. Cette nuit, nous avons conduit peut-être 200 mètres. Elle se trouvait alors à deux kilomètres à peine du poste de frontière de Siret, point de passage entre l’Ukraine et le nord-est de la Roumanie.

Malgré le choc, la jeune femme décrit une ambiance solidaire, avec des personnes qui offrent des sandwichs et des repas chauds gratuitement aux conducteurs.

Au premier jour de l’invasion russe jeudi dernier, Yana n’a pas hésité. Le matin à cinq heures, des collègues m’ont appelée pour me dire que la guerre avait commencé. J’ai fait mes bagages et je suis partie.

Ses amis qui sont restés ont dû passer des nuits dans des abris anti-bombes.

« J’ai peur pour ma famille et je suis toute la journée sur mon téléphone avec des amis, des collègues »

— Une citation de  Yana Zyma

Heureusement, son quartier n’a pas trop été touché par la guerre, souligne-t-elle, mais des amis à elle n’ont pas eu cette chance. La Russie a dit qu’elle ne tirerait que sur des cibles militaires, mais c’est faux. Ils tirent sur des garderies, des maisons, des centres médicaux… Des gens ont perdu leur maison.

Quand nous lui avons reparlé deux jours plus tard, Yana avait enfin traversé la frontière roumaine et était en route vers la Hongrie. Elle aura passé au total 48 heures, coincée dans cet embouteillage près de la frontière. Et elle roule encore, toujours vers l’ouest.


ANDRY MALIUK, 38 ans

Andry Maliuk a décidé de rester à Kiev, sa ville.

Andry Maliuk a décidé de rester à Kiev, sa ville, pendant l'invasion russe.

Photo : Radio-Canada

Andry a décidé de rester à Kiev. Chaque jour, tout va en crescendo, nous dit l’enseignant en français à l’Institut rive gauche. Il nous parle depuis l’appartement d’amis où il s’est installé au premier jour de la guerre.

« Je ne pensais pas qu'un jour je puisse vivre tout ça, m'habituer petit à petit aux alertes antiaériennes, ne pas être choqué par les bruits de fusillades, mais aussi voir les exemples de la vraie solidarité. »

— Une citation de  Andry Maliuk

Andry Maliuk a appris à remplir de sable des sacs blancs pour dresser des barricades. Il sait maintenant ce que c’est, se trouver à quelques mètres d’une fusillade alors qu’il attend en file, depuis cinq heures, pour entrer dans un supermarché. Il a dû se réfugier sous un mur porteur pour se mettre à l’abri des bombes… Tous des moments qu’il qualifie de surréalistes.

On vit au rythme des alertes et des accalmies. Mais on est très inquiets en voyant comment les occupants bombardent les alentours de Kyiv, nous écrit-il encore mercredi, au lendemain de notre première entrevue, alors que la capitale est encerclée par les forces russes.

Au moment où des milliers de civils ukrainiens ont fui l’invasion russe pour tenter de rejoindre la Pologne ou la Roumanie, Andry a fait le choix de rester et ne le regrette pas. C’est ma ville, c’est mon pays. Moi, j'ai fait mes études en France, mais je suis retourné en Ukraine. Si tout le monde quitte, ce sera plus facile pour les Russes de prendre [la ville]. Ils veulent nous prendre notre pays, notre ville.

La résistance, c’est de rester.

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