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Émilien Charlebois, barbier du village depuis 1963

Un homme se fait couper les cheveux.

Roger Gélinas est le plus ancien client d'Émilien Charlebois. Il profite des talents capillaires de son vieil ami depuis 1963.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

À la veille de son 80e anniversaire, Émilien Charlebois pourrait incarner chacun des personnages d’un conte de Fred Pellerin. Son franc-parler et son peigne l'ont amené à être propriétaire du magasin général, à coiffer des militaires sur une ancienne base et à siéger au conseil municipal pendant un quart de siècle.

La chaise de barbier d’Émilien Charlebois est devenue un véritable parloir pour ses clients et électeurs de la municipalité de Black River-Matheson, où se trouve le village de Ramore, dans le Nord de l'Ontario.

« Je n’ai jamais fait de miracle. J’ai été là 27 ans. L’Oratoire Saint-Joseph ne m'a pas téléphoné pour un job.  »

— Une citation de  Émilien Charlebois, barbier de Ramore

Les miracles n’ont certes jamais existé, mais les idées pour redynamiser son village germaient dans son salon.

C’est le public qui me donnait l’idée. Le salon de barbier était parfait pour ça. Tu jases de toutes choses. Si quelqu’un a de quoi à se plaindre en jasant avec le barbier, il va conter son histoire. Des fois, il a raison, des fois, il ne l’a pas.

Le conseil municipal de Black River Matheson.

Émilien Charlebois (au centre) a siégé au conseil municipal de Black River-Matheson de 1978 et 2005

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Derrière la caméra, sa femme Ghislaine ne tarit pas d’éloges sur la carrière politique de son mari. Elle s’occupait des deux enfants quand son mari partait représenter les citoyens.

On pouvait compter qu’à tous les lundi soirs, il n’était pas à la maison, c’était l'assemblée de conseil. Qu’il y ait ce qu'il voudra, il aurait fallu que ce soit pas mal majeur pour qu’il manque son assemblée. Il n'en a jamais manqué une, avoue-t-elle.

M. Charlebois avait bien beau avoir les confidences des hommes sur sa chaise : ce n’était pas assez. Ghislaine et lui ont été propriétaires du magasin général de 1968 à 2005.

« Je ne suis pas plus fin qu’un autre. J’avais le contact personnel de tout le monde. Tout le monde passait, il venait à la malle au magasin, ça fait que je voyais tout le monde de la paroisse tous les jours. S’il y en avait qui avait un problème, il me le disait. Ça ne s’accumulait pas. »

— Une citation de  Émilien Charlebois, barbier de Ramore
Une peinture d'un magasin général.

Émilien et sa femme ont été propriétaires du magasin général de 1968 à 2005. Le salon de barbier était à l'arrière du commerce situé sur l'avenue McIntyre.

Photo : Avec la permission d'Émilien Charlebois

J’apprenais du monde, des travaux publics ou de l’entretien des routes. Il y a beaucoup d’experts sur la rue qui ont fait ce métier-là. C’est d’eux autres que tu prends ton information. Il y a du bon dans chaque.

La retraite ? Non, merci !

À l’époque de la guerre froide, une base des Forces armées canadiennes se trouve à Ramore pour surveiller les satellites soviétiques, un morceau du réseau du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD). Chaque mercredi, des militaires canadiens avaient droit à une coupe de cheveux de M. Charlebois pour 1 $.

Aujourd’hui, on ne trouve que des ruines de l'ancien radar et 124 âmes dans le village. Roger Gélinas a déjà vu son village natal sous un meilleur jour alors qu’il y avait une station-service, trois garages et quatre magasins.

Un jeune homme coupe les cheveux de son père appuyé de son grand-père.

Émilien Charlebois coupe les cheveux de son fils Luc avec l'aide de son petit-fils Patrick.

Photo : Radio-Canada / Avec la permission d'Émilien Charlebois

Le village vieillit, sa clientèle aussi. M. Charlebois s’adapte donc à ses clients.

Je vais faire des cheveux à la maison des vieux. Je prends ma petite valise, je saute dans la van et je vais leur couper les cheveux chez eux, dit l’homme qui est presque le service d’urgence des cheveux au village.

À 79 ans, M. Charlebois pourrait bien prendre sa retraite, mais les conversations sur sa chaise le passionnent encore. Les gars viennent. Des fois, ça s'assoit, ça jase une demi-heure, une heure. C'est le fun de jaser des nouvelles locales.

Un homme coupe des cheveux.

Émilien Charlebois est allé parfaire sa technique dans une école à Moncton au Nouveau-Brunswick en 1963.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Sa femme le supplie souvent de prendre sa retraite, mais l’entrepreneur s'entête à continuer.

Tant que je vais être capable de tenir debout alentour de la chaise, je n’arrêterai pas, conclut l'homme qui soufflera 80 bougies en avril.

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