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L’offensive russe en Ukraine progresse

Malgré la condamnation de l'ONU, la Russie continue son offensive contre plusieurs grandes villes d'Ukraine, dont Marioupol et Kharkiv, et fait des victimes parmi les civils.

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Des civils récupèrent des effets personnels après le bombardement d'un immeuble résidentiel à Irpin, dans la banlieue nord-ouest de Kiev, le 2 mars 2022.

Photo : Reuters / Serhii Nuzhnenko

Radio-Canada

Au septième jour de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, la ville stratégique de Kherson est tombée mercredi aux mains des forces russes, ont confirmé des responsables ukrainiens, ce qui pourrait constituer une étape décisive dans la bataille pour le sud du pays. La Russie poursuit son offensive, notamment à Kharkiv et à Mariopoul.

Kherson est la première ville d'importance à basculer depuis le début de l'invasion russe, jeudi dernier.

Le chef de l'administration régionale, Guennadi Lakhouta, a indiqué sur Telegram que les occupants [russes] sont dans tous les quartiers de la ville et sont très dangereux.

Le ministère de la Défense russe avait affirmé en matinée avoir pris le contrôle total de cette ville portuaire de 300 000 habitants, située au nord-ouest de la péninsule de Crimée, après des heures de combats de rue acharnés.

Le maire de Kherson, Igor Kolykhaïev, a lui annoncé avoir discuté avec des invités armés, sous-entendant, sans les nommer, des troupes russes.

Les Ukrainiens continuent, ce soir, de subir les assauts des forces russes. Une première ville est tombée aux mains des Russes, la ville portuaire de Kherson. Les troupes de Vladimir Poutine ont intensifié leurs attaques contre les principales villes ukrainiennes. Le reportage de Marie-Eve Bédard.

Selon le New York Times, les forces ukrainiennes ont désormais battu en retraite vers la ville voisine de Mykolaiv, à l'issue de plusieurs jours d'intenses combats.

Selon le quotidien, le maire Kolykhaïev a indiqué en entrevue qu'une dizaine d'officiers russes armés, dont le commandant, avaient pénétré dans l'hôtel de ville et prévoyaient y établir un centre administratif.

Dans un message publié mercredi sur Facebook cité par la BBC, M. Kolykhaïev a écrit que les forces de Moscou avaient imposé un couvre-feu en vigueur de 20 h à 6 h (heure locale) et que seules les voitures transportant de la nourriture, des médicaments et quelques autres produits étaient autorisées à entrer dans la ville.

Les voitures à l'intérieur de la ville doivent en outre rouler à une vitesse minimale, et les piétons se sont vu interdire de circuler en groupes de trois personnes ou plus.

« Pour l'instant, c'est comme ça. Le drapeau ukrainien [reste] au-dessus de nous. Et pour que cela continue, il faut respecter ces conditions. Je ne peux rien dire de plus pour le moment. »

— Une citation de  Igor Kolykhaïev, maire de Kherson sur Facebook

M. Kolykhaïev a dit avoir exhorté les soldats russes à ne pas ouvrir le feu contre les civils, leur précisant qu'il n'y avait pas de forces armées ukrainiennes dans la ville, seulement des civils et des gens qui veulent VIVRE ici.

En matinée, il avait écrit que les citoyens de la ville espéraient un miracle.

Aujourd'hui, je vais m'efforcer de trouver un moyen de rassembler les morts, de rétablir la lumière, le gaz, l'eau et le chauffage là où [les structures] sont endommagées, avait-il déclaré.

Il avait aussi évoqué une catastrophe humanitaire, demandant l'aide des médias pour obtenir un couloir humanitaire afin d'évacuer les victimes et d'acheminer médicaments et nourriture. Sinon, la ville mourra, avait-il écrit.

La ville et sa périphérie, situées là où le fleuve Dniepr se jette dans la mer Noire, ont subi d'intenses bombardements.

Kharkiv et Marioupol pilonnées

Marioupol, autre ville stratégique et portuaire du sud, était elle aussi toujours la cible mercredi de bombardements incessants. Nous nous battons, nous n'abandonnerons pas la défense de notre patrie, a déclaré le maire de Marioupol, Vadim Boïtchenko, en direct à la télévision ukrainienne.

La veille, plus d'une centaine de personnes avaient été blessées dans des tirs de l'armée russe, selon M. Boïtchenko.

Le ministère de la Défense russe a affirmé à la mi-journée mercredi que les forces séparatistes du Donbass étaient parvenues à encercler Marioupol.

Le contrôle de cette ville de 445 000 habitants pourrait justement permettre aux troupes russes de rejoindre celles des séparatistes, créant un pont depuis la Crimée annexée jusqu'à la frontière russe. Ce gain stratégique permettrait aussi à Vladimir Poutine de bloquer à l'Ukraine l'accès à la mer d'Azov.

Selon Moscou, cette jonction entre les deux groupes serait déjà faite depuis mardi, mais cette information n'a pas été confirmée par les autorités ukrainiennes.

Le port clé de Berdiansk, lui aussi dans le sud de l'Ukraine, est officiellement aux mains de l'armée russe.

Une nouvelle salve de bombes s'est en outre abattue en matinée sur Kharkiv, deuxième ville du pays, visant les sièges régionaux des forces de sécurité et de police, de même que l'université.

Selon une estimation des services d'urgence, les attaques sur cette métropole située à 50 km de la frontière russe ont fait au moins quatre morts et neuf blessés. Les secours précisent aussi avoir déployé 21 véhicules et 90 personnes pour éteindre des incendies en cours et prendre en charge les victimes.

« Il ne reste plus aucune zone à Kharkiv qui n'a pas été frappée par un obus d'artillerie. »

— Une citation de  Anton Guerachtchenko, conseiller du ministre de l'Intérieur ukrainien

Des troupes aéroportées russes ont aussi débarqué à Kharkiv, a annoncé à l'aube l'armée ukrainienne, qui n'a toutefois pas donné une idée de leur nombre.

Ces troupes ont attaqué un hôpital local, peut-on lire dans une publication de l'état-major ukrainien parue tôt mercredi matin sur Telegram. Les forces armées ukrainiennes ont en outre fait état d'un combat [...] en cours entre les envahisseurs et les Ukrainiens.

Le gouverneur de la région, Oleg Synegubov, a estimé que les tirs de missiles et les barrages d’artillerie de la veille avaient tué au moins 21 personnes, en plus d’en blesser 112.

Dans la journée, la place de l'Indépendance a été la cible d'une frappe aérienne qui a fait voler en éclats les vitres de la mairie et détruit les commerces, a constaté un journaliste de l'AFP.

Des pompiers éteignent les restes d'un incendie dans un grand bâtiment presque entièrement démoli.

Les tirs russes ont détruit des infrastructures sur le campus de l'Université nationale de Kharkiv le 2 mars 2022.

Photo : Reuters / Oleksandr Laphyn

Kharkiv, ville de 1,4 million d'habitants, avait déjà été bombardée au cours des derniers jours, les raids faisant plusieurs dizaines de victimes parmi les civils.

Une membre ukrainienne de la mission à Kharkiv de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Maryna Fenina, a été tuée dans un bombardement mardi, a annoncé mercredi soir l'OSCE. Selon l'organisation, elle est morte au moment où elle allait chercher des provisions pour sa famille dans une ville qui est devenue une zone de guerre.

Calme relatif à Kiev, sa banlieue bombardée

Une explosion est survenue en début de soirée près de la gare centrale de Kiev. Un responsable du ministère ukrainien de l'Intérieur a cependant affirmé qu'elle avait été provoquée par les débris d'un missile de croisière russe abattu par les défenses aériennes du pays.

Il n'a pas précisé si l'explosion avait fait des blessés.

Dans la capitale, où les habitants qui n'ont pas fui se préparent depuis des jours à un assaut, un calme relatif régnait dans la journée, après des frappes sur la tour de télévision qui ont fait cinq morts, la veille.

La tour domine le quartier du parc-mémorial de Babi Yar, où avaient été abattus plus de 33 000 juifs en septembre 1941, sous l'occupation nazie.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, d'ascendance juive, a accusé Moscou de chercher à effacer l'Ukraine et son histoire, appelant les juifs du monde à ne pas rester silencieux.

Le ministère ukrainien de la Défense avait dit dans la nuit redouter une offensive à Kiev depuis le Bélarus, au nord, pays limitrophe de l'Ukraine qui sert de base arrière aux troupes de Vladimir Poutine.

Des photos de la société américaine d'imagerie satellitaire Maxar diffusées dans la nuit de lundi à mardi montraient un long convoi russe, composé de chars et de blindés, mais aussi de camions-citernes, à environ 25 kilomètres au nord de Kiev.

Un responsable du Pentagone a cependant indiqué que la progression de ce convoi d'une soixantaine de kilomètres semblait au point mort.

À l'instar de responsables ukrainiens et d'analystes, il a évoqué de possibles problèmes d'approvisionnement en nourriture et en carburant.

Le maire de Kiev, l'ex-boxeur Vitaly Klitschko, a fait état de combats dans la banlieue de la ville et a appelé tous les résidents de Kiev à faire preuve de résilience.

Kiev tient et va tenir, a-t-il soutenu.

La survie s'organise dans le métro de la capitale ukrainienne, transformé en abri antiaérien. Selon ce qu'a constaté l'AFP, plusieurs dizaines de familles ont trouvé refuge dans la station Dorohozhychi, proche de la tour de télévision. Bon nombre de citoyens ont passé les six dernières nuits par terre, allongés sur des draps et des serviettes.

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Une femme pleure après une frappe qui a détruit des maisons dans un quartier résidentiel de Gorenka, en banlieue nord-ouest de Kiev, le 2 mars 2022.

Photo : Associated Press / Vadim Ghirda

Plusieurs localités au nord-ouest de la capitale, dont Gorenka et Irpin, tout juste au nord-ouest de Kiev, non loin de l'endroit où est stationnée la tête du convoi de l'armée russe, ont été bombardées, ont déploré les autorités régionales.

Des bombardements ont également frappé Jitomir, à 150 km à l'ouest de Kiev. L'AFP rapporte avoir vu mercredi des habitants fouiller les décombres d'un petit marché. Au moins trois personnes y ont été tuées et une dizaine blessées, selon des habitants de la ville.

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Des ambulanciers paramédicaux prennent en charge un homme blessé par un bombardement dans un quartier résidentiel de Marioupol, dans le sud-est du pays, où un hôpital de maternité a été converti pour soigner les blessés.

Photo : Associated Press / Evgeniy Maloletka

Dans ce contexte, le ministère russe de la Défense a affirmé qu'il mettait en place des couloirs humanitaires pour permettre la sortie des civils des villes ukrainiennes les plus exposées, notamment Kiev, Kharkiv et Marioupol.

Le ministère ukrainien de la Défense a par ailleurs publié une mise à jour de la situation sur le terrain sur sa page Facebook mercredi midi. Il y affirme que les occupants russes continuent leurs préparatifs pour l'opération de parachutage marin sur la côte de la mer Noire. Le ministère dit avoir noté le déploiement de navires en haute mer pouvant accueillir ces parachutistes à Zatoka, dans la région d'Odessa.

Par ailleurs, la Suède a fait état d'une violation de son espace aérien par quatre avions de combat russes, près de l'île du Gotland.

Un bilan qui s'alourdit

Le dernier décompte provisoire des Nations unies affirme qu'au moins 227 civils ont été tués et que 525 autres ont été blessés depuis le début de l'assaut russe. Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU a toutefois averti que le bilan réel risque d'être nettement plus élevé.

La majeure partie des morts est attribuable à l'utilisation d'armes explosives ayant une large zone d'impact, y compris des tirs d'artillerie lourde et de systèmes de roquettes à lanceurs multiples, ainsi que des frappes aériennes, a précisé le Haut-Commissariat par communiqué.

Les autorités ukrainiennes, elles, rapportent plus de 350 morts parmi les civils, dont 14 enfants.

Selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés, le nombre de réfugiés fuyant l'Ukraine pour les pays voisins a encore bondi pour atteindre près de 900 000 personnes depuis le 24 février, date du début de l'invasion russe.

La campagne militaire russe a suscité une vive émotion dans le monde, où manifestations antiguerre et gestes de solidarité avec l'Ukraine se sont multipliés au cours des derniers jours.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'est pour sa part dite préoccupée par les informations signalant des attaques contre des hôpitaux et des cibles sanitaires.

La Russie a par ailleurs communiqué un bilan de ses pertes pour la première fois depuis le début de l'invasion : 498 soldats morts et 1597 blessés. Elle estime aussi les pertes des militaires et des nationalistes ukrainiens à 2870 tués et environ 3700 blessés.

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Trois prisonniers de guerre russes, le sergent Yevgeniy Plotnikov, le lieutenant-colonel Dmitriy Astakhov et le capitaine Yevgeniy Spiridonov, ont été présentés à la presse par les autorités ukrainiennes, à Kiev, le 2 mars 2022.

Photo : afp via getty images / Sergei Supinsky

Sur Facebook – dans un message adressé aux soldats russes eux-mêmes afin de les décourager de prendre part à la guerre –, le ministère de la Défense ukrainien a pour sa part affirmé que plus de 5840 soldats russes ont été tués jusqu'à présent. La veille, il établissait ce bilan à un peu plus de 5700.

Affirmant aussi avoir capturé des dizaines de soldats russes, le ministère de la Défense ukrainien a invité mercredi leurs mères à venir les chercher sur son territoire, à Kiev, plus précisément.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, le président ukrainien s'est dit fier de la résistance héroïque de son peuple. Nous sommes une nation qui a cassé les plans de l'ennemi en une semaine. Des plans écrits depuis des années : sournois, pleins de haine pour notre pays, notre peuple, a déclaré Volodymyr Zelensky dans une vidéo publiée sur Telegram.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, Associated Press, BBC News, et New York Times

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