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Les sinistrés de la vallée du Fraser encore hantés par les inondations de novembre

Quelques mois à peine après les inondations de novembre en Colombie Britannique, des voix s’élèvent pour réclamer des correctifs afin d’éviter qu’une telle catastrophe ne se répète.

Une ferme rouge au pied des montagnes.

Les producteurs de la prairie de Sumas ont été durement affectés par les inondations de l'automne 2021.

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

Dave Martens, éleveur et propriétaire de la ferme Bright Meadow située dans la prairie de Sumas, dans le sud d'Abbotsford, en Colombie-Britannique, se tient bien droit au milieu de son poulailler, qui aujourd'hui ne lui rend que l'écho de sa voix.

Il y a trois mois, les deux étages de sa ferme étaient remplis des caquètements de 80 000 poulets. Des poulets qu'il s'apprêtait à livrer le 18 novembre pour consommation.

Mais 12 heures plus tôt, sans prévenir, un torrent d'eau qui a atteint un mètre de hauteur en moins de 45 minutes a déferlé sur sa ferme, lui laissant à peine le temps de fuir avec sa famille sans pouvoir déplacer ses poulets en lieu sûr.

Vingt minutes après le début de l'inondation, il sait que ses poulets sont tous morts de froid, raconte-t-il, la gorge étreinte, l'eau ayant court-circuité le système de chauffage et l’air du poulailler ayant baissé rapidement de 25 à 8 degrés centigrades, température létale pour les volailles.

Une terre en friche au pied des montagnes.

Vue d'une ferme dans la prairie de Sumas, en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

Cette eau, dont le niveau maximal a atteint deux mètres, a stagné pendant trois semaines sur sa ferme. Outre ses poulets, le sinistre lui a fait perdre de l'équipement électronique, sa maison et sa grange.

Des dommages qu'il évalue à plus de 700 000 $, mais que son assureur refuse de lui payer. Il lui reste un prêt de la banque et l'espoir qu'il recevra sa part des quelque 228 millions de dollars que le gouvernement de la Colombie-Britannique s'apprête à distribuer aux sinistrés.

Un vignoble ravagé

À quelques kilomètres de là, sur la route Tolmie, Caroline Mosterman, propriétaire du vignoble Ripples, tient à montrer les marques encore visibles causées par l’eau à plus de trois mètres de hauteur sur les murs des édifices du vignoble.

Presque toute sa réserve de vins et de spiritueux a été contaminée par l'eau vaseuse qui s'est infiltrée dans les bouteilles à bouchon de liège. L'édifice de dégustation, qui contient la réserve, et la salle de réception sont à restaurer, sans compter les vignes qui risquent de ne pas produire autant cette année.

Depuis trois mois, même s'ils sont extrêmement reconnaissants à l'égard des bénévoles qui, tous les jours, se présentent au vignoble pour les aider, et pour les lunchs gratuits fournis par la communauté, Caroline et son mari vivent dans le chaos.

Une femme le bras levé devant une porte.

Caroline Mosterman montre jusqu'à quelle hauteur le niveau de l'eau est monté.

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

Après 41 ans d'agriculture dans la prairie de Sumas, Caroline se dit prête à jeter le torchon, plus que jamais incertaine de l'avenir.

« Ça a laissé sa marque sur nous : mentalement, financièrement, physiquement. Je ne me suis jamais sentie aussi vieille. Alors, il faut faire quelque chose. Les fermiers, ici, ont besoin de protection s'ils veulent continuer. »

— Une citation de  Caroline Mosterman, propriétaire du vignoble Ripples

La possibilité d'une autre inondation catastrophique n'est pas loin dans l'esprit des résidents et des fermiers de la prairie. À l’instar de Caroline Mosterman et Dave Martens, ils sont nombreux à demander une meilleure protection contre des inondations que les environnementalistes prédisent plus fréquentes à l'avenir.

Ces inondations n'auraient jamais dû se produire. On aurait dû apprendre des inondations de 1990 et prendre les mesures qu'il fallait pour nous protéger. On ne peut pas sans cesse se plaindre des changements climatiques et manquer d'investir dans les infrastructures qui nous en protégeraient. Il faut absolument construire une digue le long de la frontière canado-américaine, affirme Dave Martens.

Un homme dans un bâtiment vide.

L'éleveur Dave Martens, 61 ans, dans le poulailler de sa ferme Bright Meadow, aujourd’hui vide après les inondations de novembre 2021.

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

M. Martens blâme le débordement de la rivière Nooksack, à 10 kilomètres au sud de la frontière canado-américaine dans l'État de Washington, pour l'ampleur des inondations de novembre à Abbotsford.

Il ne demande rien de moins que la construction d'une digue de neuf mètres de hauteur le long de la frontière pour protéger la vallée du Fraser des débordements de la rivière américaine.

La bataille du maire d'Abbotsford

Un sentiment qui trouve écho auprès du maire d'Abbotsford, Henry Braun.

La première chose que je veux, c'est de voir les Américains prendre soin de leur rivière de leur côté de la frontière. Parce que s'ils l'avaient fait, on n'aurait pas dû faire face à cette catastrophe. Notre système aurait pu composer avec des précipitations records, mais pas avec, en plus, 20 % de l'eau de la rivière Nooksack qui s'est répandue dans la prairie de Sumas!, déclare le maire Braun.

Une digue le long de la frontière? Peut-être pas. Le projet est controversé et les Américains ne semblent pas très chauds à l'idée d'une digue qui refoulerait chez eux les reflux de la rivière Nooksack. Des pourparlers en cours avec les autorités américaines évoquent par contre la possibilité de rediriger et de stocker les débordements de la rivière Nooksack dans les terres de l'État de Washington, plutôt que vers le Canada.

Une ferme au pied des montagnes enneigées.

Vue d’une partie de la prairie de Sumas, en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

Et si l'idée d'exproprier quelques propriétés de la prairie de Sumas avait été très rapidement soulevée au début des inondations, elle est aujourd'hui reçue avec incrédulité par le maire d'Abbotsford. Il voit mal comment renoncer à des terres qui sont parmi les plus fertiles au pays, produisant près d'un milliard de dollars de produits de la ferme chaque année, des revenus en croissance.

Bien que d'autres municipalités comme Grand Forks dans les Kootenays, dans le sud-est de la Colombie-Britannique, aient choisi de détruire des quartiers inondés en 2018 et de déménager tous leurs résidents, la Ville d'Abbotsford, elle, se doit de préserver une région produisant plus de la moitié des volailles et des produits laitiers de la Colombie-Britannique, explique le maire Braun.

Il veut fortifier et élever les trois digues existantes de la vallée du Fraser. Un vaste projet qui pourrait coûter plus de 2 milliards de dollars.

La Colombie-Britannique et Ottawa verseront près de 7 milliards de dollars aux efforts de réparation et de reconstruction des infrastructures dans la province. Henry Braun espère qu'une partie de ces montants serviront à la vallée du Fraser.

Une femme pose devant des serres.

Caroline Mosterman, copropriétaire du vignoble Ripples, montre les dégâts causés par les inondations de novembre.

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

Cartographier les zones inondables

Des montants astronomiques pour des municipalités en mal de revenus, fait remarquer Julien Bourque, assistant de recherche à l'Institut canadien pour les choix climatiques (ICCC). Ces coûts incombent de plus en plus aux municipalités, qui sont responsables de plus de 60 % des infrastructures au Canada, constate-t-il.

Les provinces, en plus d'assumer la majeure partie des frais d'entretien des digues, devraient créer de nouvelles cartes des plaines inondables, estime-t-il.

« Il n'y en a pas partout et ces cartes sont souvent désuètes. Elles datent en moyenne des années 70 et 80. Donc, il faut prendre en considération que les changements climatiques vont amener de nouvelles plaines inondables. »

— Une citation de  Julien Bourque, assistant de recherche à l'ICCC

Cette information est primordiale pour aider les particuliers qui achètent une nouvelle propriété ainsi que les fonds de pension à prendre de bonnes décisions et à mieux connaître les risques avant d'investir, enchaîne-t-il.

M. Bourque aimerait également voir la création d'un programme national d'assurances au Canada, à l'instar des États-Unis, programme qui fait déjà l'objet de pourparlers entre différents ordres de gouvernement au pays.

Il plaide aussi pour la création d'un score environnemental publié obligatoirement sur les fiches immobilières des propriétés mises en vente, une mesure présentement en vigueur aux États-Unis.

Entre-temps, la Ville d'Abbotsford devrait rendre public son plan de restauration dans moins d'un mois.

Erin Parkes pose devant des conteneurs verts.

Erin Parkes, propriétaire de Klassens Landscape and Supplies, devant la construction de sa nouvelle pépinière.

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

De son côté, Erin Parkes, qui a perdu toutes les plantes de sa pépinière Klassens Landscape and Supplies lors des inondations de novembre, a préféré ne pas attendre le rapport de la Ville ni que les Américains contrôlent la rivière Nooksack ou encore que les digues soient fortifiées.

Contrairement à d'autres, elle a eu le choix de pouvoir reconstruire sa pépinière à l'extérieur de la plaine inondable, ce qu'elle a fait.

Nous, on a décidé de ne pas rester dans la plaine d'inondation. On avait la chance d'avoir un terrain loin de la plaine. Alors, on reconstruit ici, hors du danger, dit-elle.

Un luxe que la majorité des résidents et des fermiers de la prairie de Sumas ne peuvent se permettre.

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