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De l’héroïne pour traiter la dépendance aux opioïdes, en toute légalité

Une seringue et de l'héroïne.

Une seringue et de l'héroïne.

Photo : IS/iStockPhoto

Le gouvernement du Canada a autorisé le 16 février l’héroïne injectable comme traitement supervisé chez les adultes atteints d’un trouble grave de consommation d’opioïdes.

Le chlorhydrate de diacétylmorphine, l’agent actif de l’héroïne, pourra être administré à des usagers pour qui d'autres traitements comme la méthadone ou la suboxone ont échoué.

Cette approche vise à réduire les risques, à sauver des vies et à offrir aux gens le soutien dont ils ont besoin, indique par courriel la porte-parole de Santé Canada, Charlaine Sleiman.

Selon les données probantes, le chlorhydrate de diacétylmorphine est un traitement efficace contre les troubles graves de consommation d’opioïdes et peut aider à stabiliser et à améliorer la santé de certains patients, notamment en augmentant leur rétention dans les programmes de traitement, fait-il valoir.

Le médicament est strictement délivré sur ordonnance et doit être administré sous supervision médicale.

Un premier pas dans la bonne direction

Pharmascience, inc., une compagnie pharmaceutique établie à Montréal, est le premier fabricant canadien à recevoir un avis de conformité pour la diacétylmorphine dans le traitement des désordres sévères de la consommation d’opioïdes.

Le médicament est commercialisé sous forme de poudre pour en faire une solution administrée par voie intraveineuse. Toutefois, le produit n’est actuellement disponible qu’en Colombie-Britannique.

La distribution dans d’autres provinces sera contingente à la mise en place d’un système de distribution sécuritaire analogue à celui mis en place par la Colombie-Britannique, avance le directeur, affaires gouvernementales et publiques chez Pharmascience, Alain Boisvert. Il n’y a eu à ce jour aucune discussion avec le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

Au Québec, le fabricant d’un médicament doit présenter une demande à l’Institut national d'excellence en santé et en services sociaux afin de l'ajouter à la liste des médicaments remboursés par le gouvernement. On nous confirme qu’aucune requête n’a été présentée jusqu’à présent.

Directeur général de Cactus Montréal, un organisme qui intervient auprès des personnes utilisatrices de drogues, Jean-François Mary estime que c’est un premier pas dans la bonne direction, même s'il y a loin de la coupe aux lèvres. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement du Québec, dit-il.

Il ajoute qu’un changement de mentalité doit s’opérer dans le corps médical pour permettre des approches plus compassionnelles comme celle-ci.

« On hésite encore à prescrire du cannabis au Québec. Il faudrait que les médecins généralistes soient prêts à proposer de la diacétylmorphine à leurs patients pour que ça fonctionne. »

— Une citation de  Jean-François Mary, de Cactus Montréal

La Suisse pionnière

La Suisse prescrit de l’héroïne à certains usagers depuis 1994. Aujourd’hui, environ 8 % des personnes dépendantes aux opioïdes (Nouvelle fenêtre) bénéficient ainsi d’un traitement basé sur la substitution par la diacétylmorphine. Le but du programme est notamment de favoriser l’intégration sociale des utilisateurs, de les éloigner du milieu illicite et de prévenir la criminalité liée à l’approvisionnement en substances.

Et ça fonctionne. Depuis l’implantation du programme, le taux de nouveaux consommateurs d'héroïne a diminué, ainsi que les décès par surdose, les taux de VIH et la criminalité. Depuis, des initiatives similaires ont vu le jour aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne et au Royaume-Uni.

Le Canada a aussi connu son projet pilote nommé NAOMI (Initiative nord-américaine pour les médicaments opiacés) à Vancouver et à Montréal, entre 2005 et 2008, avant d’être aboli par le gouvernement conservateur. L'expérience a néanmoins démontré une baisse de moitié de la proportion de participants impliqués dans des activités illégales.

Après des années d’études, partout dans le monde, il ne fait plus aucun doute pour le directeur de Cactus Montréal, Jean-François Mary, que c’est avec l’héroïne que l’on soigne l’héroïne.

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