•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Guerre en Ukraine : conseils pour éviter d’être la proie de la désinformation

L'ombre de soldats ukrainiens sur une ligne de crête.

Des militaires ukrainiens prennent position sur la base aérienne militaire de Vasylkiv, dans la région de Kiev, en Ukraine.

Photo : Reuters / Maksim Levin

Dans le contexte du conflit en Ukraine qui se déroule en direct sur nos écrans, toutes sortes d’informations circulent : des nouvelles crédibles, vérifiées, mais aussi de la désinformation, de la mésinformation et de la propagande, relayées notamment sur les médias sociaux. Comment y voir clair?

Radio-Canada s’est entretenue à ce sujet avec Simon Thibault, professeur au Département de science politique de l’Université de Montréal et spécialiste de la propagande, de la désinformation et de la manipulation en ligne.

Q. Dans un conflit, on associe souvent la désinformation à l’agresseur, dans ce cas-ci la Russie qui a envahi l’Ukraine. Est-ce qu’il y a lieu de croire que d’autres acteurs peuvent user de stratégies de désinformation ou de propagande?

R. Tous les protagonistes d’un conflit vont tenter à un moment ou à un autre d’en faire. Bien évidemment, il y a des protagonistes, des États plus puissants, qui ont beaucoup plus de moyens. Et la Russie est connue comme étant l’un de ces États qui a énormément de moyens pour mettre en scène, pour mener des opérations de propagande afin de désinformer les différents publics auxquels elle s’adresse.

C’est une expertise qui a sa source dans l’histoire du 20e siècle. Rappelons-nous le KGB, qui était le service de renseignement de l’Union soviétique. Il s’était démarqué par ses opérations de désinformation et c’est une expertise qui se poursuit, notamment dans le cadre des opérations menées par les propagandistes russes actuellement.

Dans le conflit ukrainien, il pourrait y avoir une volonté de tromper de la part de responsables ukrainiens qui voudraient, par exemple, utiliser de la fausse information pour tenter de remonter le moral des troupes sur le terrain et celui de la population, en célébrant, par exemple, l’héroïsme de soldats ukrainiens même si c'est faux.

Pour faire de la désinformation, il doit y avoir une volonté de tromper le public auquel on s’adresse, pour différents motifs.

Et, parfois, on peut relayer de bonne foi une information à son entourage, à ses réseaux, mais sans savoir qu’à l’origine elle était trompeuse. Dans ce cas-là, on va dire qu’on fait de la mésinformation, parce qu’on n’a pas eu la volonté de tromper.

Donc, c’est très difficile de déterminer, justement, quelle était la volonté à l’origine de cette information qui peut être trompeuse.

Q. Quelles sources d’informations sont à privilégier dans un conflit comme celui qui a lieu en Ukraine? Doit-on se tourner d'abord vers les médias traditionnels, malgré tout ce qui est disponible sur les réseaux sociaux?

R. Idéalement oui, les sources d’information à privilégier dans le contexte d’un conflit ou de tensions géopolitiques, ce sont des sources fiables, c'est-à-dire des médias, des journalistes ou des personnes qui ont fait leurs preuves dans la collecte et la vérification des données. Donc, les médias traditionnels, pour moi, ça reste vraiment une source privilégiée d’informations.

Et on peut le voir dans la façon dont l'information est présentée, la prudence avec laquelle c’est présenté, l'utilisation du conditionnel, l’admission par la personne qui partage l’information qu’elle n’a pas été capable de certifier ou de valider l’information. Donc, on dit telle personne ou tel groupe prétend ceci ou cette information provient de….

Quand il y a des précautions comme ça, on voit qu’il y a un souci de présenter l'information à son public de la façon la plus rigoureuse possible, même si ce n’est pas toujours possible d’être sur place et de valider, de certifier la véracité de l'information qui est communiquée.

Mais, bien évidemment, lorsqu'on est dans un contexte de conflit, on doit aussi s'informer auprès de journalistes citoyens qui documentent le conflit sur place, mais il faut être extrêmement prudent.

 Des chars russes.

Des blindés russes à la frontière ukrainienne

Photo : Radio-Canada / ALEXEY SERGEEV

Q. Justement, ces journalistes citoyens peuvent être une source d’information très précieuse; souvent, on n’a pas d’autre témoin des événements. Mais jusqu’à quel point peut-on s’y fier?

R. On ne peut pas s’y fier de façon aveugle, mais, des fois, on n’a pas le choix de s’y fier. Prenons l’exemple de la Syrie, où il y avait une réticence à envoyer des journalistes sur place parce que le groupe armé État islamique, Daech, utilisait les journalistes qu’il capturait dans ses opérations de propagande qui étaient très macabres. On a même vu comment la décapitation de journalistes avait été mise en scène pour terroriser les médias, l’Occident en général ou les États qui s’attaquaient à Daech.

Certains médias vont faire des enquêtes – pensons aux attaques chimiques en Syrie, par exemple. Ils vont recouper différentes informations pour essayer d’avoir l’éclairage le plus précis possible et de déterminer ce qui s’est véritablement passé.

On peut penser, par exemple, au New York Times, à ses enquêtes visuelles. On peut penser aussi à des médias comme Bellingcat, un site de journalisme d’enquête qui permet de recouper l'information qui est produite par des journalistes professionnels sur le terrain dans le cadre de conflits, mais aussi par des journalistes citoyens qui sont sensibilisés à la nécessité d’être rigoureux dans le traitement des informations.

Donc, on ne peut pas se fier totalement [à l’information provenant de journalistes citoyens]. Bien évidemment, on va être exposé à des histoires qui sont fausses ou qui sont mal documentées.

Il faut essayer de développer ses réflexes pour s’assurer, le plus possible, de suivre des gens en ligne qui rapportent cette information-là et qui font preuve de rigueur. Mais ce n’est pas toujours possible.

Q. Est-ce qu’une diffusion en direct du terrain est nécessairement un gage de véracité, d’authenticité ou est-ce qu’il faut s’en méfier parfois?

R. Le fait de voir des directs qui proviennent de personnes en ligne, sur les médias sociaux, ce n’est pas un gage de véracité, de fiabilité, d’authenticité. Encore une fois, ça dépend vraiment de notre expérience avec les gens qui font ce genre de direct.

Il y a des personnes qui vont établir, d’une certaine façon, leur légitimité, leur crédibilité à force de le faire avec sérieux, et on peut finir par voir que, dans une certaine mesure, il y a un souci de rigueur. Mais il y a aussi beaucoup d’amateurisme, de désinformation qui peuvent circuler et être relayés par ce genre de personnes qui témoignent. Parfois, il y a une volonté de tromper le public auquel on s’adresse.

Et Dieu sait que l'histoire du 20e siècle est truffée de mises en scène qui ont été faites, notamment par des médias, pour tenter de tromper le public auquel on s’adressait afin de réaliser des objectifs militaires ou politiques. Parfois, ces médias-là ont été des acteurs consentants de ces mises en scène. Parfois non.

Donc, il faut vraiment, encore une fois, être prudent, il faut faire preuve d’un scepticisme sain et toujours s’assurer qu’il y a une certaine rigueur, surtout quand on est en présence de journalistes citoyens, des personnes qui sont sur place, qui n’ont pas de formation professionnelle en journalisme, mais qui transmettent de l’information.

Trucs et astuces pour déterminer la véracité d’une nouvelle en photos ou en vidéos :

  • Vous avez des doutes sur la provenance d’une image? Vous pouvez effectuer une recherche par image inversée – en utilisant, par exemple, Google Images (Nouvelle fenêtre). Cela permet de déterminer l'origine de l'image en la comparant en ligne à d'autres plus ou moins similaires.

  • On peut aussi utiliser ce procédé pour rechercher l’origine d’une vidéo, en effectuant une capture d’écran que l’on soumet au même moteur de recherche. Amnistie internationale propose également un site (Nouvelle fenêtre) pour aider à vérifier la provenance d'une vidéo YouTube.

  • Il existe des outils d’analyse d’images comme Forensically (Nouvelle fenêtre), qui permettent d’en décortiquer les éléments et de déterminer s’il y a eu manipulations de la photo.

  • « On peut aussi s'attarder aux détails de la photo qui peuvent laisser une impression de montage ou vérifier des éléments visuels, comme les vêtements portés par les individus pour savoir si cela correspond à la saison prétendue, ou des indices sur le lieu, un nom de rue, une plaque d’immatriculation, un carrefour allégué, à l’aide de Google Maps et de Google Street View, etc. », explique Simon Thibault.

  • On peut vérifier si l’histoire a déjà fait l’objet d’une vérification des faits par un média reconnu.

  • Des médias sociaux vérifient l’origine de certaines vidéos et affichent une étiquette correspondante sur les contenus vérifiés.

  • Il est recommandé de consulter plusieurs sources sur une même nouvelle.

  • En cas de doute sur la véracité d’une information, mieux vaut ne pas relayer cette dernière.

Les propos recueillis ont été édités pour des raisons de clarté et de concision.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !