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Internet haute vitesse : Québec cherche les « orphelins » et les « tricheurs »

La CAQ accuse un retard difficile à rattraper dans sa promesse de brancher tous les Québécois avant les élections d’octobre.

Gilles Bélanger en conférence de presse

Gilles Bélanger, adjoint parlementaire du premier ministre François Legault pour le dossier du déploiement d'Internet haute vitesse sur le territoire du Québec

Photo : Radio-Canada

À sept mois des élections, le gouvernement Legault s'apprête à publier une carte interactive avec toutes les adresses des Québécois branchés ou non à Internet haute vitesse. Chaque foyer en attente, considéré comme « orphelin », pourra ainsi savoir quand et par quelle compagnie il sera connecté d'ici le 30 septembre 2022.

Par ailleurs, les citoyens pourront signaler aux autorités les « tricheurs », soit des fournisseurs Internet qui affirment offrir le service à un village ou à un rang alors que ce n'est pas encore le cas.

À Saint-Bernard-de-Michaudville, à moins de 45 minutes de Montréal, le maire Guy Robert trouve le temps long. On devrait être desservis depuis longtemps. C'est déplorable, dit-il.

Le fournisseur Internet avait promis un branchement de toute la municipalité en septembre 2021, mais il n'a toujours pas vu de fibre déroulée sur son rang.

En attendant, la vitesse de son Internet à domicile est de 3 mégabits (Mb), bien loin des 50 Mb considérés par l'État comme service essentiel. Le maire perd régulièrement la connexion lors de rencontres virtuelles.

Je m'en viens un peu irrité avec ce dossier-là, explique-t-il. On me donne des dates et on ne les respecte pas.

« Le premier ministre nous a fait une promesse, j'espère qu'elle va être respectée pour qu'on soit branchés. Ça va venir vite les élections. »

— Une citation de  Guy Robert, maire de Saint-Bernard-de-Michaudville

Avec la nouvelle carte, qui sera dévoilée avant la fin mars, M. Robert aura une meilleure idée de l'échéance de son branchement. Il pourra même communiquer directement avec le gouvernement pour signaler un retard.

Cette carte, c'est l'assurance de n'oublier personne, affirme Gilles Bélanger, l'adjoint parlementaire du premier ministre du Québec responsable du dossier de déploiement d'Internet haute vitesse.

Pour réaliser sa carte interactive, le gouvernement a utilisé la base de données d'Hydro-Québec (adresses des compteurs électriques) et l'a croisée avec les bases de données des fournisseurs d'Internet.

Des « tricheurs » faussent le portrait

Gilles Bélanger explique que des compagnies affirment fournir 50 Mb dans des secteurs, mais des citoyens ou des municipalités constatent que ce n'est pas le cas en réalisant des tests de vitesse.

Sur la carte, ces foyers apparaîtront comme branchés et devront signaler le problème pour que le gouvernement fasse respecter les ententes avec les compagnies.

Certains fournisseurs partagent plus ou moins l'information sur le délai, reconnaît Gilles Bélanger.

Par ailleurs, des services clientèle répondent aux citoyens qu'aucun branchement n'est prévu dans leur secteur en 2022, raconte-t-il.

« Deux ou trois fournisseurs sont un peu en retard. On les a à l’œil. »

— Une citation de  Gilles Bélanger, adjoint parlementaire du premier ministre du Québec pour le dossier du déploiement d'Internet haute vitesse

Dans les ententes signées entre Québec et les compagnies, une clause exige que le branchement se fasse avant la fin septembre. Sinon, des pénalités sont prévues, allant jusqu’à 10 % de la valeur du contrat.

Les petits joueurs ne veulent pas de pénalités, dit Gilles Bélanger.

Le gouvernement a même prévu dans les ententes la possibilité de retirer un contrat à une compagnie et de le donner à une autre en utilisant les pénalités pour la financer.

Les branchements « pas rentables » sont garantis par le gouvernement

Québec finance maintenant 100 % du capital de ces raccordements dans des secteurs éloignés. Avant, c'était 50-60 %, rappelle Gilles Bélanger. Et ça change la donne.

Le gouvernement a ainsi pu fixer dans les ententes des conditions très exigeantes. Aussi, ça permet de brancher les foyers qui ne sont pas rentables [pour les compagnies], explique-t-il.

Il en coûterait jusqu'à 12 000 $ pour raccorder à la haute vitesse certaines résidences isolées en régions éloignées.

« C'est comme mettre du bitume sur des petits rangs. »

— Une citation de  Gilles Bélanger, adjoint parlementaire du premier ministre du Québec pour le dossier du déploiement d'Internet haute vitesse

Le gouvernement du Québec a prévu à son budget 1,3 milliard de dollars pour assurer le branchement de tous. En janvier 2021, un total de 250 000 résidences n'avaient toujours pas accès à Internet haute vitesse.

L'an dernier, un investissement supplémentaire en partenariat avec le fédéral a permis d'accélérer la connexion de foyers particulièrement difficiles d’accès et dans des régions très peu peuplées.

20 000 résidences « orphelines » devront être branchées autrement

Le gouvernement estime que 20 000 foyers « orphelins » ne sont actuellement concernés par aucun contrat passé entre Québec et des fournisseurs de services. Ils seront branchés sans fil pour compléter la promesse électorale, affirme Gilles Bélanger.

L'adjoint de François Legault admet par ailleurs que tout le territoire du Québec n'aura pas la haute vitesse au moment des élections. Le raccordement à la fibre prendra plus de temps dans le nord de la province. Ils ne veulent pas du satellite, explique-t-il.

Une promesse semée d'embûches

En 2020, ça n'allait pas très bien, reconnaît Gilles Bélanger. Radio-Canada avait alors révélé que l'engagement de brancher tous les Québécois s'en allait droit dans le mur.

Des documents internes de la CAQ obtenus par Radio-Canada démontraient que le gouvernement savait dès 2019 que sa promesse n'allait pas être réalisée. Et dès la campagne électorale de 2018, des fonctionnaires jugeaient l'engagement irréaliste.

Malgré tout, le premier ministre François Legault a maintenu sa promesse et a insisté, même quand il a été contredit par son ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon et son ex-ministre responsable du développement économique régional, Marie-Ève Proulx.

À la suite de cette controverse, le premier ministre a rapatrié le dossier dans son propre ministère, le Conseil exécutif, et a confié son pilotage à l'un de ses proches, l'ancien député Stéphane Le Bouyonnec (Nouvelle fenêtre).

Le retard sera-t-il rattrapé? La compagnie Bell a soulevé des préoccupations, à cet égard, cet automne. Réponse finale début octobre.

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