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Devant la chute du rouble, les Russes inquiets du sort de leur épargne

Une femme dans un bureau de change à Saint-Pétersbourg vendredi dernier.

Les Russes se sont rués à leurs banques, aux guichets et dans les bureaux de change pour sauver leur épargne.

Photo : AP / Dmitri Lovetsky

Agence France-Presse

Quand elle a vu le rouble chuter, Natalia Prochina s'est précipitée à la banque. Comme elle, de nombreux Russes redoutent une crise et l'évaporation de leurs économies après les sanctions occidentales contre Moscou, liées à l'invasion de l'Ukraine.

Lundi, la devise russe a battu des records historiques de faiblesse et s'échangeait dans la matinée à 100 contre un dollar et 109,4 contre un euro.

Le mauvais souvenir des années 1990

Ce plongeon a réveillé chez de nombreux Russes, déjà stressés par le conflit, le souvenir de l'instabilité financière des années 1990, quand des millions de personnes ont vu leur épargne bancaire se volatiliser sous l'effet de la dévaluation du rouble et de l'inflation.

Dès que j'ai appris que le rouble s'était effondré, j'ai couru à ma banque, évidemment, raconte Mme Prochina, cliente de la banque VTB, deuxième établissement de Russie après Sberbank, tous deux ciblés dans le cadre des sanctions annoncées par les pays occidentaux ces derniers jours.

Ancienne journaliste à la télévision soviétique, Natalia, 75 ans, s'apprêtait à retirer [ses] sous pour ne pas perdre de nouveau toute sa fortune, comme cela lui était déjà arrivé pendant la crise financière de 1998.

Nous avions alors perdu tout notre argent, y compris tout ce que mon mari avait gagné pendant [une mission] à l'étranger, se souvient-elle.

« Je n'ai plus envie de jouer à ces jeux avec l'État […] qui peut facilement décréter la loi martiale à tout moment et confisquer mon épargne. »

— Une citation de  Natalia Prochina, cliente de la banque VTB

Devant l'entrée de cette même banque située dans le centre de Moscou, Alexandre Zouïev, 40 ans, attend son tour pour être reçu par sa conseillère.

Je pense que retirer du liquide serait bien raisonnable dans le contexte actuel, énonce ce gestionnaire en culture.

« Chacun doit subvenir à ses besoins, vu que personne ne sait ce qu'il adviendra au pays. »

— Une citation de  Alexandre Zouïev, client de la banque VTB

Derrière lui, Edouard Syssoïev, un militaire à la retraite de 51 ans, est en train de perdre patience. Il dit ne pas avoir pu retirer d'argent liquide dans une autre filiale de la banque.

Il pense que 90 % des Russes vont se dépêcher de retirer leurs roubles pour les convertir en dollars, en biens immobiliers ou carrément en or, même si aucun mouvement de panique massif n'a été constaté lundi.

« C'est la population qui paiera ce banquet des militaires. »

— Une citation de  Edouard Syssoïev, un militaire à la retraite

Un autre Moscovite, Roustam Iakovlev, s'attend lui aussi à la panique générale.

Même si la Banque centrale [de Russie] assure que tout ira bien, les gens vont paniquer et retirer leur argent, anticipe cet ingénieur de 50 ans. Moi-même, si j'en avais, j'aurais tout retiré, dit-il.

La Banque centrale a annoncé lundi relever très fortement son taux directeur de 10,5 points, à 20 %, après avoir essayé depuis jeudi de stabiliser la situation par des interventions sur le marché des changes.

À Moscou, des personnes qui tentaient de régler leurs achats avec une carte de crédit liée à une institution étrangère, comme Visa ou Mastercard, ou avec les services de paiement mobile Apple Pay ou Google Pay n’ont pas réussi à le faire.

Même scénario à Saint-Pétersbourg

À Saint-Pétersbourg, une quinzaine de personnes attendaient lundi matin l'ouverture d'une agence de la filiale russe de la banque autrichienne Raiffeisen.

Parmi elles, Svetlana Paramonova, 58 ans, dit vouloir retirer son argent pour le garder chez elle. C'est plus sûr, vu qu'on ne comprend plus rien à ce qui se passe, résume-t-elle.

À côté d'elle, Anton Zakharov, 45 ans, veut faire pareil, car elle n'a plus aucune confiance ni dans le pouvoir ni dans les banques.

Les conséquences se multiplient en Russie

L'instabilité du taux de la monnaie nationale provoquée par de lourdes sanctions occidentales conduira à baisser le niveau de vie des Russes d'ici un an, selon Alexeï Vedev, analyste de l'institut économique Gaïdar.

Ce record de faiblesse sur le rouble, la fermeture de la Bourse de Moscou et la hausse draconienne des taux d'intérêt sont autant de conséquences lundi des sanctions sur l'économie et la finance russes.

Elles découlent notamment de l'une des dernières mesures mises en place, le blocage d'une partie des réserves de change détenues par la banque centrale russe à l'étranger. Ces réserves sont normalement utiles lorsqu'elle souhaite soutenir sa devise, ce qui sera rendu beaucoup plus difficile par les sanctions.

La taille de vos réserves détermine votre crédibilité à défendre votre taux de change, rappelle Niclas Poitiers, chercheur à l'institut bruxellois Bruegel. Les gens ont perdu la confiance dans leur système financier, ajoute-t-il, ce qui explique le plongeon de la devise russe ainsi que les mouvements de retraits importants dans les banques.

Pour endiguer l'hémorragie, Moscou a interdit lundi à ses résidents de transférer des devises à l'étranger et oblige ses exportateurs à convertir une majeure partie de leurs revenus en roubles.

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