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Budget 2022 C.-B. : pas de nouveaux investissements pour lutter contre les surdoses

Une rose à la mémoire des personnes mortes d'une surdose dans le quartier Downtown Eastside à Vancouver.

En 2021, les surdoses ont fait en moyenne plus de 6 victimes par jour en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Radio-Canada

Des militants et des experts demandent à la Colombie-Britannique plus de flexibilité pour faciliter l'accès aux traitements et aux programmes d'approvisionnement sécuritaire. Toutefois, le budget 2022 de la Colombie-Britannique n'inclut pas de nouveaux investissements pour lutter directement contre la crise des surdoses.

Depuis la déclaration d’un état d’urgence sanitaire en 2016, plus de 8500 Britanno-Colombiens sont morts après avoir consommé une substance illicite.

En 2021, la province a recensé 2224 décès liés aux surdoses, soit une moyenne de six morts par jour.

Le nombre de personnes mortes en raison des drogues toxiques l’an dernier est inacceptable. Nous devons en faire plus pour prévenir ces pertes de vie tragiques, ont déclaré la ministre responsable de la Santé mentale et des Dépendances, Sheila Malcolmson, et la médecin hygiéniste en chef, Bonnie Henry, le 9 février dernier.

Pourtant, dans son budget 2022 le gouvernement néo-démocrate n’a pas alloué de nouveaux investissements pour répondre à cet enjeu de santé publique.

Selina Robinson, la ministre des Finances, a cependant indiqué que des fonds de fonctionnement supplémentaires seraient accordés au ministère de la Santé mentale et des Dépendances afin d'augmenter le personnel.

La province accorde par ailleurs 663 millions de dollars pour lutter contre l'itinérance, dont 124 millions de dollars pour un programme de logement avec des services de soutien. Ce dernier devrait bénéficier aux personnes souffrant de graves problèmes de santé mentale, de toxicomanie et de lésions cérébrales.

Pour le nouveau chef du Parti libéral de la Colombie-Britannique, Kevin Falcon, cela demeure insuffisant. Nous les laissons tomber en les laissant livrés à eux-mêmes dans les rues, pour qu'ils soient exploités et abusés, souvent par des trafiquants de drogue, a-t-il déclaré au sujet des personnes souffrant de toxicomanie.

Approvisionnement sécuritaire : des difficultés structurelles

La province a pourtant lancé ou consolidé quelques initiatives l’an dernier. Elle a investi 305 000 $ dans un nouvel outil de dépistage qui permet aux consommateurs de Victoria de savoir quelles substances se trouvent dans la drogue qu'ils veulent prendre et en quelle quantité.

Le gouvernement a aussi élargi son programme d’approvisionnement pharmaceutique sûr d'opioïdes, et déployé des sites de consommations supervisées.

Un homme se repose après s'être injecté de l'héroïne dans les locaux d'InSite.

InSite offre une trousse d'injection propre, un endroit où les toxicomanes peuvent s'injecter leur drogue sous la supervision du personnel médical, et un endroit où jeter les articles d'injection souillées. (archives 2018)

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Mais selon Mark Lysyshyn, médecin hygiéniste en chef adjoint de la régie de santé Vancouver Coastal, l’accès à un approvisionnement sécurisé se heurte toujours à des obstacles structurels.

On a des programmes qui commencent pour donner les médicaments au lieu des drogues aux gens, mais ce sont des programmes assez petits, et il n’y a pas de médicaments pour toutes les drogues que les gens prennent et ça doit être donné par ordonnance, alors c’est une barrière pour les gens qui ne veulent pas voir les médecins, explique Mark Lysyshyn.

« Pour créer des programmes d'approvisionnement sécuritaire, on doit vraiment changer le système, enlever ou changer les réglementations, pour que l’on puisse donner ces médicaments aux gens qui en ont besoin sans ordonnance. »

— Une citation de  Mark Lysyshyn, médecin hygiéniste en chef adjoint, régie de santé Vancouver Coastal

Il souligne aussi que les médecins ne sont pas formés pour faire face à la crise des opioïdes, et qu’il est difficile pour certains de prescrire des drogues sures : ils ne voient pas cela comme leur rôle. Leur rôle c’est de donner des traitements, pas simplement des médicaments. Alors on voit que ce n’est pas un système qui marche. Ni pour les gens ni pour les médecins.

Il indique aussi que la toxicité des drogues illicites est de plus en plus élevée, car la concentration de Fentanyl et de ses analogues qui s'y trouve est très élevée.

Guy Felicella connaît bien cette réalité. Ce Britanno-Colombien a vécu pendant 20 ans dans les rues du quartier Downtown Eastside de Vancouver.

Un homme debout devant une maison.

Guy Felicella a vécu pendant 20 ans dans les rues du quartier Downtown Eastside. Après avoir subi une surdose en 2013, il a pu bénéficier d’un suivi et de traitement. Il souhaite que la façon d'obtenir de l'approvisionnement en drogues sures change en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Amélia MachHour

La seule façon d'obtenir de l'approvisionnement plus sûr en Colombie-Britannique, c'est d'avoir un trouble de consommation diagnostiqué, ce qui ne reflète pas la réalité des personnes qui consomment des substances, indique Guy Felicella.

Il regrette que beaucoup de consommateurs soient exclus de facto de ses programmes, lui qui a pu en bénéficier. Après sa dernière surdose en 2013, il a eu accès aux traitements appropriés et à une maison de transition.

Ça me fait mal de voir les gens continuer à se battre comme je l'ai fait. Je veux simplement faciliter l'accès des gens au soutien nécessaire pour qu'ils puissent avoir la même chance que j'ai eue, dit-il.

Déçu par le manque de financement dans ce budget provincial, Guy Felicella assure qu'il continuera à se battre pour le bien-être des plus vulnérables et la décriminalisation des drogues au Canada.

Avec les informations d’Amélia MachHour et de Kenza Chatar

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