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Médecins de famille : la prise en charge chute sous les 80 %

Le taux de prise en charge par un médecin de famille a chuté au mois de janvier à son plus bas niveau en quatre ans. La pression augmente pour partager la prise en charge avec des infirmières.

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Une infirmière vue de profil observe une seringue qu'elle remplit d'une dose de vaccin.

Photo : Reuters / Octavio Jones

Lors de notre passage à la Clinique d'accès intégré de Magog la semaine dernière, un couple de l’Estrie était pris en charge par une infirmière clinicienne.

Ça fait deux ans qu'on cherche un médecin de famille, et là, on est sur une liste qui est supposée être dans quatre ans, nous disait Richard Danis.

Les trois infirmières cliniciennes et l’infirmier praticien spécialisé qui y travaillent bénéficient d’une certaine autonomie clinique que leur ont accordée les médecins de la région.

Elles peuvent notamment prescrire un bilan sanguin, une mammographie, une coloscopie, ou encore ajuster la médication et faire de la prévention contre l'ostéoporose.

Il faut dire que la population ne cesse d’augmenter en Estrie, et le recrutement de nouveaux médecins suffit à peine à combler les départs à la retraite ces deux dernières années.

Selon les données obtenues par Radio-Canada auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), le taux de prise en charge par un médecin de famille a baissé au Québec à 78,9 % à la fin du mois de janvier.

Le taux oscillait entre 80 % et 81 % depuis l’arrivée de la Coalition Avenir Québec (CAQ) au pouvoir en novembre 2018. L’objectif du ministère était d’atteindre 85 % d’ici 2023.

La diminution s’explique notamment par l’ajustement à la hausse de la population admissible, nous a écrit une porte-parole du MSSS.

Des centaines de milliers de Québécois ont été pris en charge depuis la signature d’une entente avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) en avril 2015.

Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Marc-André Amyot, rappelle que la pandémie a ralenti la prise en charge des patients.

Les omnipraticiens ont dû travailler hors de leurs cliniques et bien des infirmières ont été délestées, souligne-t-il.

Mais il reconnaît que, malgré la pandémie, les omnipraticiens ne pourront pas en faire beaucoup plus. Et qu’ils sont maintenant prêts à déléguer des tâches à d’autres professionnels.

« 98 % des médecins sont prêts à déléguer. Il n’y a plus d’équivoque là-dessus. On n’a pas le choix. »

— Une citation de  Dr Marc-André Amyot, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

Le médecin de famille Simon-Pierre Landry n’est pas étonné de cette baisse du taux d’inscription. Les médecins plus âgés qui partent à la retraite sont, selon lui, difficiles à remplacer.

Ce qui fait le plus mal, c’est la retraite d’un médecin de 70 ans qui avait 3000 patients. Rares sont les nouveaux médecins, qui sont souvent parents de jeunes enfants, qui vont pouvoir prendre plus de 1000 patients dès le départ.

Il pense que la profession médicale est prête à déléguer des actes aux autres professionnels de la santé, comme les physiothérapeutes, les infirmières et les psychologues.

Pourquoi un patient suivi par une psychologue doit être revu par un médecin pour prolonger un arrêt de travail? C’est le genre de choses qui prend beaucoup de temps et que l’on doit changer, estime le médecin qui pratique dans les Laurentides au nord de Montréal.

Il évalue que 40 % de sa tâche pourrait être déléguée à d’autres professionnels. Ce qui lui laisserait plus de temps pour inscrire des patients et voir ceux qui ont des problèmes complexes.

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Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le ministre Dubé veut un virage

En entrevue avec Patrice Roy mardi, le ministre Christian Dubé a salué l’initiative des médecins et des infirmières de la région de Magog qui ont décidé de se mettre ensemble, de se parler.

C’est, plus besoin d’être nécessairement un médecin qui fait la prise en charge. Nous, on veut aller plus loin, on veut le faire au niveau du GMF [groupe de médecine familiale] et aller chercher les autres professionnels, que ce soit des infirmières, que ce soit des pharmaciens, a affirmé le ministre Dubé.

« Alors oui, il y a un changement, un virage, et c’est pas qu’on veut que les médecins arrêtent de faire de la prise en charge. »

— Une citation de  Christian Dubé, ministre de la Santé

Le président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), Luc Mathieu, ne cache pas l’intérêt de ses membres pour participer à la prise en charge de patients.

En 2022, la force d’une première ligne ne peut reposer sur les épaules d’un seul professionnel, en l’occurrence le médecin omnipraticien, déclarait récemment M. Mathieu lors d’audiences tenues au début de février pour l’étude du projet de loi 11 (Loi visant à augmenter l’offre de services de première ligne par les médecins omnipraticiens et à améliorer la gestion de cette offre).

« Les modèles d’organisation des soins et services doivent être repensés pour permettre l’intégration d’une expertise interprofessionnelle forte, dont celle des infirmières et infirmiers, ne reposant pas uniquement sur l’expertise médicale. »

— Une citation de  Luc Mathieu, président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

Les infirmières et infirmiers ont un champ d’exercice très vaste et ont les compétences requises pour offrir des services de première ligne à la population, a-t-il mentionné.

D'après Vincent Marissal, le porte-parole en santé de Québec solidaire, la CAQ s’est peinturée dans le coin avec cette promesse de donner un médecin à chaque Québécois.

Québec solidaire pense que les autres professionnels de la santé peuvent effectuer une partie de la prise en charge.

Pour faire ce virage, il faut revoir le mode de rémunération. Passer de la rémunération à l’acte à une rémunération par capitation, estime le député de Rosemont.

Déjà instaurée en Ontario, la rémunération par capitation consiste à payer le médecin en fonction du nombre de patients qui sont inscrits auprès de lui. Et ce, même si les patients sont parfois vus par d’autres professionnels de la clinique du médecin, comme les infirmières.

Ce mode de rémunération inciterait les médecins à partager le travail avec d’autres professionnels pour ainsi faciliter l’accès aux soins aux patients.

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