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Les préjugés, un obstacle à la participation des femmes aux courses à la direction

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Aucune femme n'a été cheffe permanente du Parti libéral du Nouveau-Brunswick depuis sa création (archives)

Photo : Radio-Canada / Alain Arseneau

Au Nouveau-Brunswick, aucune femme n’a été cheffe du Parti libéral ou du Parti progressiste-conservateur depuis plus de trente ans. Selon trois ex-politiciennes, les préjugés y sont pour quelque chose.

Susan Holt – qui a notamment été une conseillère de Brian Gallant – est devenue mardi soir la première femme de l'histoire à briguer la chefferie permanente du Parti libéral du Nouveau-Brunswick.

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Susan Holt a officiellement annoncé sa candidature mardi.

Photo : Joe McDonald/CBC

Elle souhaite faire partie d'un club très sélect. Seules deux femmes ont dirigé l’un des deux partis traditionnels provinciaux; Shirley Dysart et Barbara Baird.

La première a été cheffe par intérim du Parti libéral pendant deux mois, en 1985. La seconde a été cheffe permanente du Parti progressiste-conservateur, de 1989 à 1991.

« On ne poserait jamais cette question-là à un homme »

Deux femmes ont donc été cheffes d’un parti traditionnel. Et quelques autres ont dirigé des partis plus marginaux – comme le Parti vert, le Nouveau Parti démocratique et le Parti acadien – qui n’ont jamais été au pouvoir ou formé l'opposition officielle.

On constate aussi que très peu de femmes ont été candidates à la direction du Parti libéral et du Parti progressiste-conservateur. Aucune chez les libéraux et seulement quatre chez les progressistes-conservateurs.

Monica Barley est l’une d’elles. Cette avocate de Moncton a brigué la direction du Parti progressiste-conservateur en 2016. La course s’est conclue par l’élection de Blaine Higgs.

Elle se souvient d’avoir été surprise de voir combien souvent des gens s’arrêtaient au fait qu’elle était une femme et analysaient sa candidature à travers le prisme du genre.

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Monica Barley est l'une des quatre femmes à avoir brigué la direction du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick

Photo : CBC/Paul Hantiuk

Des fois, c’était sur des sujets qui étaient absolument incroyables. L’habillement, la façon de s’exprimer, la perspective, si j’avais une perspective différente. Souvent, on parlait trop du fait que c’était peut-être lié au fait que je suis une femme. Et moi je trouvais ce discours-là intéressant, sinon inacceptable. Mais c’est une réalité. Ça a fait partie de ma réalité durant la course, certainement.

Monica Barley croit que plusieurs autres facteurs expliquent la sous-représentation des femmes à l’Assemblée et lors des courses à la direction. L’image négative de la politique, par exemple. Et les structures archaïques que l'on y retrouve.

Mais il est clair selon elle que dans un milieu comme la politique, où la perception est si importante, l’impact des préjugés – qui sont souvent inconscients selon elle – n’est pas négligeable.

C’est vraiment essayer de convaincre les gens que notre personnalité ou que notre personne ou nos idées peuvent remplir un rôle futur. Ça fait que c’est vraiment difficile, comme femme. C’est malheureux de dire ça quand on est dans un pays comme le Canada, au jour d’aujourd’hui. Mais je pense qu’on aurait tort de ne pas l’avouer.

Partis provinciaux ayant été dirigés par une femme

Nouveau Parti démocratique

Elizabeth Weir – 1988-2005

Allison Brewer – 2005-2006

Jennifer McKenzie – 2017-2019

Parti vert

Greta Doucet (par intérim) – 2011-2012

Parti acadien

Louise Blanchard – 1981-1982

Deux poids, deux mesures

Cathy Rogers n’a jamais été candidate à la direction du Parti libéral du Nouveau-Brunswick. Mais cette ancienne députée et ministre provinciale connaît bien les rouages de sa formation et de la capitale.

Selon elle, plusieurs choses expliquent la sous-représentation des femmes lors des courses à la direction, dont les stéréotypes et les doubles standards.

Une femme peut avoir la confiance, les idées, être forte. Mais peut-être que ça va être interprété, parce qu’elle est une femme, comme agressive, arrogante, naïve. Mais les mêmes choses entre les femmes et les hommes peuvent être encore interprétées différemment. On voit encore ça tout le temps.

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Cathy Rogers lors d'une conférence de presse en 2018 (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Cathy Rogers – qui a longtemps été professeure universitaire et qui est aujourd’hui responsable de la recherche au Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick – a été témoin de ces doubles standards à plus d'une reprise.

En 2016, elle est devenue la première femme à occuper le poste de ministre des Finances. Elle se souvient que peu après sa nomination, les médias lui ont demandé pourquoi elle avait été nommée.

J’ai un doctorat en sociologie. J’ai travaillé pour les gouvernements fédéral et provincial, en développement économique, dans l’industrie, en communications. J'ai été professeure de sociologie dans deux universités pendant quatorze ans. Pourquoi pas? Pourquoi était-ce une question? Pensez-vous que l’on a posé cette question au ministre des finances actuel?

« Si on s’affirme, on est considérées comme agressives »

Mais pourquoi les femmes sont-elles si peu nombreuses à avoir été candidates à la direction? L’ex-politicienne libérale Aldéa Landry – qui a notamment été vice-première ministre de 1987 à 1991 – propose quelques pistes de réflexion.

Des décennies passées, je pense que les structures du parti ne favorisaient pas la candidature des femmes. On avait un régime où les congrès à la chefferie n’étaient pas ouverts. On votait par délégués. [...] Et je pense que les partis n’ont pas été assez proactifs pour encourager les femmes à se présenter à la chefferie, explique-t-elle.

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Aldéa Landry a notamment été vice-première ministre du Nouveau-Brunswick (archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

S’ajoute à cela le fait que le partage des tâches domestiques défavorise toujours les femmes, ce qui est une barrière à l’entrée en politique (et aux candidatures à la direction).

Je pense…j’espère en tout cas que ça va changer. C’est à peu près le temps, dit Aldéa Landry.

Comme Cathy Rogers, elle croit que les rares femmes qui se lancent doivent faire face à de doubles standards.

Ce n’est pas une caractéristique qui est seulement dans le cas de la politique. Ça se passe sur les conseils d’administration. Ça se passe dans toutes les occupations, finalement. Les femmes, si on s’affirme, on est considérées comme agressives. C’est vrai. La perception n’est pas la même.

Aldéa Landry note toutefois que des progrès ont été réalisés au cours des dernières années à ce chapitre. Les membres des partis sont de plus en plus conscientisés.

Ça commence à changer. Il faut pousser pour que ça change un peu plus rapidement. Mais je ne pense pas que ce serait un facteur qui devrait empêcher les femmes d’aller en politique.

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