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Orphelin de médecin, pris en charge par une infirmière

L’accès à un médecin de famille stagne autour de 80 % au Québec depuis près de trois ans et la liste d’attente dépasse les 900 000 personnes. Des solutions fleurissent sur le terrain pour répondre aux besoins des patients orphelins.

Dans la salle d'attente de la  Clinique d'accès intégré de Magog.

Richard Danis et Diane Matejic

Photo : Radio-Canada

Un couple de l’Estrie a eu la frousse il y a deux ans lorsqu’il a appris que son médecin de famille prenait sa retraite.

On est devenus des gens orphelins [...], on n’était pas capables d'avoir un examen annuel, se rappelle Richard Danis.

Je me demandais [...] qui allait s'occuper de nous pour nos prises de sang, les renouvellements de nos prescriptions, renchérit Diane Matejic.

Une ligne téléphonique régionale mise en place pour les patients orphelins les a dirigés vers la Clinique d'accès intégré de Magog.

Lors de notre passage à cette clinique située dans les locaux du Centre hospitalier de Memphrémagog, l’infirmière clinicienne Véronique Gagnon s’occupait du couple.

J’ai le droit de vous prescrire un bilan sanguin, de prescrire une analyse de laboratoire complète, d'ajuster la médication, explique Mme Gagnon.

Elle et ses collègues peuvent prescrire tout autant une mammographie ou une coloscopie que faire de la prévention pour l’ostéoporose.

On ne consulte les médecins que lorsque l'on a besoin d'ajouter un médicament ou s’il y a maladie, précise l’infirmière qui a plus de 15 ans d’expérience.

 Véronique Gagnon, infirmière clinicienne, et Johanne Desforges, médecin pivot pour la clinique.

Véronique Gagnon, infirmière clinicienne, et Johanne Desforges, médecin pivot pour la clinique

Photo : Radio-Canada

Les trois infirmières cliniciennes et l’infirmier praticien spécialisé qui y travaillent bénéficient en effet d’une certaine autonomie clinique que leur ont accordée les médecins de la région.

« C'est la beauté de la chose : elles sont autonomes et elles n'ont pas besoin d'approbation médicale pour poser ces gestes-là. Je pense que ça peut être une solution fort intéressante entre la quantité de besoin et les ressources que l'on a. »

— Une citation de  Johanne Desforges, médecin pivot pour la clinique

On compte quelques projets similaires ailleurs au Québec.

Un taux qui plafonne

En Estrie, comme ailleurs au Québec, la liste d’attente pour un médecin de famille a explosé ces dernières années.

Elle dépasse aujourd’hui les 75 000, tandis qu’elle approche le million pour l’ensemble du Québec.

Le taux d’inscription à un médecin de famille est passé en Estrie de 86,3 % en novembre 2018 à 82 % 3 ans plus tard.

Au Québec, le taux a légèrement diminué durant cette période à 80,1 %. L’objectif du ministère de la Santé était d’atteindre 85 % d’ici 2023.

Aucune pénalité depuis 2 ans aux médecins qui ne voient pas leurs patients rapidement

Dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire décrété par le gouvernement, des mesures exceptionnelles ont été mises en place. Parmi celles-ci, la suspension du calcul du taux d’assiduité depuis le 28 février 2020. 

Depuis cette date, la RAMQ considère que chaque médecin de famille atteint un taux d’assiduité de 80 % ou plus.

  • Le taux d’assiduité est un indicateur qui permet de mesurer le niveau d’accessibilité offert par les médecins de famille à l’égard des patients inscrits à leur nom.

  • Un taux d’assiduité de 80 % ou plus permet au médecin d’encaisser 100 % des suppléments prévus.

  • Jusqu’à la fin de 2019, plus de 5000 médecins se partageaient environ 37 M$ en suppléments liés au taux d’assiduité.

  • Selon les données compilées par Radio-Canada, jusqu’à 16 % des médecins (811) affichaient avant la pandémie un taux inférieur à 80 % et n’obtenaient pas 100 % des suppléments.

  • Ces derniers obtiennent donc depuis 2 ans un montant supplémentaire de 2500 $ à 3000 $ par année.

Le reportage de Davide Gentile

Un nouveau guichet d’accès

Plusieurs réformes et innovations ont été mises en place au fil des ans pour améliorer l’accès aux soins de première ligne et éviter une visite aux urgences, dont l’implantation des groupes de médecine de famille (GMF) et les guichets d’accès à un médecin de famille (GAMF).

Comme le révélait l’émission La facture en novembre dernier, les GAMF seront transformés graduellement en Guichet d’accès à la première ligne (GAP) pour répondre aux patients sans médecin qui requièrent une attention immédiate.

Les patients sans médecin pourront appeler directement le GAP, où une infirmière procédera sur-le-champ à une analyse clinique en vue de trouver la meilleure ressource disponible dans le secteur. Ce pourrait être un pharmacien, un physio ou une travailleuse sociale.

À Magog, une infirmière de la clinique d'accès intégré répond à ces appels. Plusieurs sont pris en charge par une des quatre infirmières de la clinique. Seuls les cas plus complexes sont envoyés aux médecins du GMF du Lac.

Cette façon de faire permet au GMF de la région de souffler un peu.

Quand ils viennent chez nous voir un médecin, c'est vraiment parce qu'il n'y avait vraiment pas d'autre professionnel qui pouvait répondre à leur besoin, affirme Caroline Langlais, médecin responsable de la Clinique médicale du Lac, le site principal du GMF du Lac.

Pour Mylaine Breton, professeure à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la gouvernance clinique des services de première ligne, le réseau de 330 GMF à travers le Québec offre des opportunités d’intégration supplémentaires.

« Notre modèle GMF est enviable [...] nous pouvons aller plus loin en intégrant davantage de professionnels, au-delà de l’équipe actuelle de base, comme par exemple des physiothérapeutes, des psychologues, des nutritionnistes. »

— Une citation de  La professeure Mylaine Breton
Un médecin utilise un stéthoscope pour écouter le rythme cardiaque du patient.

Un médecin utilise un stéthoscope pour écouter le rythme cardiaque du patient.

Photo : getty images/istockphoto / wutwhanfoto

Le manque de relève en médecine familiale va s’accentuer

La relève chez les médecins de famille demeure un défi, notamment en Estrie.

Comme le précise le porte-parole du CIUSSS de l’Estrie, Félix Massé, la population ne cesse d’augmenter et le recrutement de nouveaux médecins suffit à peine à combler les départs à la retraite ces deux dernières années.

L’annonce récente de la fermeture de la clinique des médecins d'urgence (CMU) située sur la rue King, à Sherbrooke, illustre le manque de médecins pour offrir des plages horaires sans rendez-vous aux patients sans médecin de famille.

Lors des audiences tenues début février pour l’étude du projet de loi 11 (Loi visant à augmenter l’offre de services de première ligne par les médecins omnipraticiens), le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Marc-André Amyot, n’a pas caché ses inquiétudes sur l’avenir de la profession.

« Depuis 2013, c'est 400 postes de résidence en médecine familiale qui n'ont pas été comblés [...] c'est 400 médecins, pour les 30 prochaines années, qui ne seront pas là. Seulement l'an dernier, c'est 75 postes non comblés. »

— Une citation de  Marc-André Amyot, président de la FMOQ

La prise en charge, pour moi, ne doit plus être maintenant la question d'un médecin, mais elle doit être la question de plusieurs personnes, a mentionné le ministre Christian Dubé.

Entrevue avec le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé

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