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Dix ans de prison pour Raif Badawi, toute une vie de liberté pour sa fille

Najwa Badawi qui sourit devant le Cégep de Sherbrooke.

Najwa Badawi étudie présentement au Cégep de Sherbrooke en sciences humaines. Elle entend bien poursuivre son parcours scolaire à l’université.

Photo : Radio-Canada

Les membres de la famille de Raif Badawi se croisent les doigts parce que, dans quelques jours, le blogueur pourrait sortir de prison. Selon leurs calculs, la peine de 10 ans à laquelle il a été condamné sera enfin terminée. L'aînée, Najwa Badawi, rêve de retrouvailles avec cet homme depuis 10 longs calendriers déjà. Une interminable décennie à vivre sans qu’il soit témoin des beaux et grands moments de sa vie. De nombreux mois qui s'égrènent trop lentement à penser à ce moment où, enfin, Raif Badawi sera là, avec elle. « Mon père, il nous donnait tout le temps des câlins et je ne m’en souviens même plus. Ce n’est pas tant normal qu’un enfant ne se souvienne plus des câlins de son père. »

L’histoire du prisonnier d’opinion avait fait le tour du monde un matin de janvier 2015, alors qu’il avait été fouetté 50 fois devant une mosquée de Djeddah, en Arabie saoudite. Des coups qui ont résonné fort jusqu’à Sherbrooke, où son épouse et ses trois enfants ont trouvé refuge.

Trois ans plus tôt, le blogueur avait été jeté en prison parce qu’il avait écrit, sur son site Internet, Free Saudi Liberals, des propos qui avaient choqué la monarchie. Des mots qui lui ont aussi valu une interdiction de voyager pendant 10 ans, une amende salée de près de 340 000 $ et 1000 coups de fouet.

Si la peine de 10 ans écoulée - selon le calendrier saoudien - permet d’espérer la libération de Raif Badawi le 28 février, il y a aussi le ramadan, qui débute en avril, et qui amène avec lui une période de grâce. Et l’Arabie saoudite a changé, selon plusieurs observateurs. Oui, il y a une certaine ouverture. Toutefois, cette ouverture n'est pas assez rapide et est bloquée à cause de la religion, qui a l'emprise sur la société, tempère la chercheuse au Centre de recherche Société, droit et religion de l'Université de Sherbrooke, Sylvana Al Baba Douaihy.

Mais la chercheuse croit tout de même qu'il y a une lueur d'espoir. Il y a aussi cette ambition chez le prince héritier de redorer son image et l'image du royaume, qui a été assez ternie après l'assassinat de Khashoggi en 2018, rappelle-t-elle.

Entre-temps, Najwa se contente du son de la voix de son père les rares fois où il peut faire sonner le téléphone à Sherbrooke. Des petits bouts de conversation ici et là qui n’effleurent que leur quotidien respectif. On n’arrive pas à se parler des vraies choses parce qu’il se fait écouter. Il ne peut pas nous parler de ce qu’il ressent. J’ai hâte qu’il puisse parler, nous voir. S’il a un cellulaire, on va pouvoir le voir! Ça fait 11 ans que je ne l’ai pas vu. Je ne sais pas à quoi il ressemble et il ne sait pas, nous, à quoi on ressemble, rappelle-t-elle.

« Il s’est battu. Il est allé au bout des choses, peu importe les conséquences. Il peut être fier de lui parce que ça a quand même fait avancer les choses là-bas. [...] Sans lui, rien n’aurait changé. C’est un combat qu’il a mené pour tout le monde, et là, tout le monde en profite, sauf lui. »

— Une citation de  Najwa Badawi
Najwa Badawi qui travaille à la caisse d'une épicerie. Elle a une caisse de clémentines dans les mains.

Najwa Badawi travaille à temps partiel dans une épicerie, une chose banale qui pourrait être presque impossible en Arabie saoudite, son pays d'origine.

Photo : Radio-Canada

Une vie bien remplie grâce à papa

La jeune femme de 18 ans sait que si, elle, elle peut vivre en pleine lumière, c'est grâce à cet homme confiné dans la noirceur.

Parce que Najwa mène la vie pour laquelle son père a tout risqué : une vie libre.

Libre d’étudier aussi longtemps qu’elle le voudra. Elle poursuit d'ailleurs des études supérieures au Cégep de Sherbrooke en sciences humaines. Je veux devenir avocate pour lui, pour pouvoir défendre les gens qui sont dans sa situation. Je vis la situation de la famille et je sais c'est quoi. Je me dis que si je peux aider les gens, il va être fier de moi. Ça va le rendre heureux, croit-elle.

Libre de conduire une voiture. Avoir un permis, c’est la liberté. Savoir que j’aurais pu ne pas pouvoir conduire dans mon ancien pays, c’est quand même triste. Ça te donne une liberté. Je n’aimerais pas ça, ne pas pouvoir conduire. Vraiment pas.

Najwa dans la bibliothèque du Cégep de Sherbrooke. Elle regarde des livres dans un rayon.

Najwa Badawi étudie présentement au Cégep de Sherbrooke en sciences humaines.

Photo : Radio-Canada

Libre de travailler même si ce n’est qu’à l’épicerie du coin. Je travaille beaucoup. Mon père est très fier de moi. Il me le dit tout le temps. Il a hâte de me voir dans mon travail. [...] Il va être encore plus fier de s’être battu pour des choses qui comptent pour lui, et que ses enfants puissent profiter d’une vie que lui voulait pour nous.

Mais surtout, Najwa est libre de faire ses propres choix. Elle peut dire haut et fort ce qu’elle pense sans avoir peur.

« Sans ce qu’il a fait, on n’aurait pas eu la vie qu’on a maintenant. Même s’il y a eu beaucoup de conséquences, il est allé au bout des choses parce que, pour lui, la liberté d’expression, c’est la chose la plus importante. »

— Une citation de  Najwa Badawi
Najwa Badawi au volant de sa voiture. Elle sourit à pleines dents.

Najwa Badawi adore conduire et pense souvent au moment où elle ira, avec sa famille, chercher son père à l’aéroport. « On a vraiment hâte qu’il vienne. On l’attend ici. On va aller le chercher et je vais conduire l’auto parce que… il doit être un peu rouillé! » raconte-t-elle en riant.

Photo : Radio-Canada

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