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Juste pour savoir : de fausses informations sur la pandémie dans une vidéo virale

Des scientifiques y propagent plusieurs informations erronées sur la COVID-19 et sur les vaccins contre le virus.

Éloïse Boies regarde et écoute le professeur en biochimie Christian Linard. Le mot ATTENTION est superposé sur la photo.

La vidéo « Juste pour savoir – Épisode 1 – Les scientifiques » a été vue plus de 200 000 fois après avoir été mise en ligne, au début de février. La discussion était animée par Éloïse Boies.

Photo : Facebook/Élo Veut Savoir (capture d'écran)

Une longue vidéo (Nouvelle fenêtre) dans laquelle trois scientifiques québécois discutent de la pandémie est devenue virale depuis sa mise en ligne, au début de février, et a cumulé plus de 200 000 visionnements sur plusieurs plateformes, dont Facebook. Ils y dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une absence de débat sur l’approche pandémique et la difficulté pour la communauté scientifique de déroger au « message dominant » et gouvernemental. Mais certaines des informations véhiculées ne résistent pas à l’épreuve des faits.

Très nombreux sont les lecteurs qui ont signalé cette vidéo à l’équipe des Décrypteurs. Intitulée Juste pour savoir – Épisode 1 –Les scientifiques, il s’agit du premier épisode d’un talk-show [qui] reçoit des spécialistes qui ont des expertises en lien avec la pandémie et qui répondent à nos questions. Il est animé par Éloïse Boies, qui se décrit sur son site web comme actrice, animatrice et musicienne.

Les trois invités – qui spécifient en début de vidéo s'exprimer en leur propre nom – sont le professeur de biochimie à l’UQTR Christian Linard, qui a fait la manchette avant la pandémie (Nouvelle fenêtre) pour ses propos antivaccin, l’ex-chercheur en biotechnologie Bernard Massie, qui a déjà propagé de fausses informations sur les vaccins contre la COVID-19, et Patrick Provost, professeur au Département de microbiologie-infectiologie et d’immunologie de l’Université Laval.

COVID-19 et surmortalité

Christian Linard remet en question l’existence même de la pandémie dans les premières minutes de la vidéo.

Il y a une manière de regarder ça froidement. Et là-dessus, les scientifiques s’entendent, c’est de regarder la mortalité, toutes causes confondues. À l’échelle mondiale, on peut avoir une surmortalité lorsque dans un pays ou une région du monde, il y a une canicule, des guerres, des tremblements de terre, des tsunamis. Ça fait monter la mortalité de façon bien précise. Mais si on regarde, pour le corona [...], on s’aperçoit qu’il n’y a pas de surmortalité, toutes causes confondues, dit-il.

Le professeur Linard montre ensuite des études aux autres personnes présentes pour appuyer l’argument selon lequel il n’y aurait pas eu de surmortalité au Canada comme partout ailleurs dans le monde depuis mars 2020. Celles-ci ne sont pas montrées à la caméra.

Christian Linard participe à l'émission « Juste Pour Savoir ».

Christian Linard est professeur en biochimie à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Photo : Facebook/Élo Veut Savoir (capture d'écran)

Il faut noter d’entrée de jeu que les données mondiales actuellement disponibles sur la surmortalité sont incomplètes, notamment en raison des délais nécessaires aux pays pour enquêter sur les décès, mais aussi parce que certains n’ont tout simplement pas la capacité de le faire.

80 % à 90 % des données proviennent de pays développés. [Mais] il y a un manque presque total de connaissances pour les pays en développement, explique Simona Bignami, professeure agrégée au Département de démographie de l'Université de Montréal. Dans la plupart des pays en développement, il n'y a pas de système d'état civil qui fonctionne, ou pas d'état civil tout court.

Mais même avec des données incomplètes, cette affirmation ne tient pas la route. Le site web Our World in Data (Nouvelle fenêtre), qui agrège les données officielles des autorités partout dans le monde, permet de visualiser le nombre de décès excédentaires dans plusieurs pays depuis le début de la pandémie par rapport à la moyenne des cinq années précédant la crise (2015-2019). En général, on constate une surmortalité assez marquée lors des pics des vagues.

Par exemple, selon le site web, le nombre de décès était 24 % plus élevé qu’attendu la semaine du 24 mars 2020 au Canada. D’autres pays ont connu des pics encore plus importants : il y a eu une surmortalité de 167 % au Mexique la semaine du 24 janvier 2021, de 171 % en Afrique du Sud la semaine du 17 janvier 2021 et de 83 % au Brésil la semaine du 31 mars 2021, pour ne nommer que ceux-ci.

Selon des estimations de l’OMS (Nouvelle fenêtre), la surmortalité mondiale due à la COVID-19 était d’environ 3 millions de personnes en 2020 seulement, soit 1,2 million de décès de plus que les données officielles signalées par les autorités.

Christian Linard mentionne aussi que systématiquement, en hiver, il y a toujours une surmortalité, notamment en raison de la grippe. Cette affirmation est également fausse parce que le concept de surmortalité est seulement utilisé pour mieux comprendre des phénomènes qui influent anormalement sur le taux de décès, comme la pandémie, explique Simona Bignami.

Le concept de surmortalité n’a jamais été utilisé pour la grippe, tranche Mme Bignami. Dans ce cas, on parle d’augmentation de la mortalité saisonnière, qui est tout à fait un concept statistiquement différent, explique l’experte en démographie.

L’infection dans les 14 jours suivant la vaccination

Christian Linard discute longuement avec Bernard Massie du fait que les gens qui reçoivent une première dose de vaccin sont statistiquement considérés comme non vaccinés si, dans les 14 jours suivant l'injection, ils contractent la COVID-19, sont hospitalisés ou meurent. Ils s’inquiètent que cette méthodologie crée un biais dans les statistiques concernant les non-vaccinés.

Le Dr Ciriaco Piccirillo, immunologiste et chercheur à l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, rappelle que, dans la première semaine après une infection ou une dose de vaccin, il n’y a pas grand-chose qui se passe au niveau des cellules qui produisent les anticorps. En général, une réponse en anticorps prend de deux à trois semaines pour être efficace, ce qui explique entre autres la raison pour laquelle les personnes recevant une première dose de vaccin sont comptabilisées parmi les non-vaccinés dans les 14 jours suivant la vaccination.

Mais ce qui viendrait encore plus biaiser ces statistiques, selon Bernard Massie et Christian Linard, est que le vaccin rendrait les gens plus vulnérables à la COVID-19 dans les 14 jours qui suivent son administration.

On voit systématiquement que l’individu, pendant les 14 premiers jours, n’est pas immunisé en quelque sorte. Il est plus sensible à attraper la maladie, dit Christian Linard dans la vidéo. Ça crée une vulnérabilité, renchérit Bernard Massie.

Bernard Massie discute avec les invités de l'émission « Juste pour savoir ».

Bernard Massie est un ancien chercheur de l’Institut de recherche en biotechnologie du Conseil national de recherches du Canada.

Photo : Facebook/Élo Veut Savoir (capture d'écran)

Or, rien dans la littérature scientifique ne confirme cette hypothèse, soutient le Dr Piccirillo. Un phénomène qui est parfois mentionné lorsque de telles idées sont véhiculées est celui de la facilitation de l'infection par des anticorps, qui survient lorsque des anticorps induits par une réponse immunitaire facilitent l'entrée du virus plutôt que de la neutraliser.

Certains scientifiques ont évoqué le risque de facilitation de l’infection par des anticorps (Nouvelle fenêtre) avec la vaccination contre la COVID-19 avant que la campagne vaccinale ne débute. Certaines études (Nouvelle fenêtre) ont observé le phénomène suivant une infection (et non une vaccination) à la COVID-19 in vitro (sur des micro-organismes), mais il ne se reproduisait pas in vivo (sur des organismes vivants, dans ce cas-ci des animaux).

Le phénomène n’a pas encore été observé scientifiquement avec la vaccination contre la COVID-19. C’est théoriquement possible, mais aucune des preuves dans la littérature covidienne ne va dans ce sens, dit le Dr Piccirillo.

Vaccins et variants

Bernard Massie rejette du revers de la main l’idée qu’il faut vacciner pour prévenir l’apparition de nouveaux variants, et il est plutôt d'avis que le contraire est vrai. À son avis, être vacciné favorise l’émergence de variants, parce que ceux-ci ont développé systématiquement une résistance de plus en plus importante aux anticorps générés par la vaccination.

Selon le Dr Piccirillo, c’est mal comprendre la biologie de dire une chose pareille. L’immunologiste explique que c’est la réplication du virus dans l’organisme qui peut mener à des variants et, puisque les vaccins ralentissent cette réplication, ils diminuent le risque d'émergence d’un variant.

La littérature montre que les variants les plus notables de notre histoire pandémique ont émergé chez les patients immunodéficients. Leur système immunitaire est soit plus lent, moins vif ou moins efficace, donc le virus peut résister et survivre parce que la force de frappe du système immunitaire est moins forte. Le virus a donc la chance de se répliquer davantage, et plus il a la chance de se multiplier, plus les chances d’acquérir des mutations est là, plus il est possible qu’un variant puisse naître. Rien dans la littérature ne montre que la force de la protection vaccinale est la cause de la génération de variants, résume le Dr Piccirillo.

Un chercheur tient une dose de vaccin dans ses mains.

La vaccination ne favorise pas l'émergence de variants.

Photo : AFP

Omicron et efficacité vaccinale

Il est beaucoup question d’immunité naturelle et de l’efficacité des vaccins contre le variant Omicron dans la discussion entre les spécialistes. Patrick Provost mentionne que l’immunité naturelle, qu’il privilégierait à l’immunité induite par le vaccin, est supérieure, plus efficace et de plus longue durée.

Il mentionne aussi que la protéine de spicule exprimée par les vaccins à ARN messager est basée sur celle de la souche originelle du virus, qui a beaucoup muté avec Omicron, ce qui réduit nécessairement l’efficacité du vaccin.

Tout cela est vrai, dit le Dr Ciriaco Piccirillo, mais cela ne devrait pas selon lui être un argument pour réduire, négliger ou minimiser l’impact et l’importance de la vaccination.

Le vaccin est effectivement moins efficace face à Omicron que les variants précédents, mais il offre une protection importante contre les conséquences graves de la COVID-19, comme les hospitalisations et les décès, selon les données des autorités du Royaume-Uni (Nouvelle fenêtre), pays qui a commencé à administrer la troisième dose en septembre.

Selon ces données, pour les personnes de 50 ans et plus, deux doses de vaccin offrent une protection de 59 % contre les décès, 25 semaines après l'injection. Avec trois doses, deux semaines après l’administration du vaccin, cette protection grimpe à 95 %.

Trois doses du vaccin Pfizer offrent une protection de 90 % contre les hospitalisations, qui diminue à environ 75 % après 10 à 15 semaines, et trois doses du vaccin Moderna offrent une protection de 90 à 95 % contre les hospitalisations après 9 semaines.

Une récente étude des CDC américains (Nouvelle fenêtre) ainsi qu’un récent avis de l’INSPQ (Nouvelle fenêtre), réalisés avant l’arrivée d’Omicron, ont tous deux montré que l’immunité conférée par une infection est supérieure à celle qu’offrent deux doses de vaccin contre le variant Delta. Ceux qui ont été infectés en plus de recevoir leurs deux doses de vaccin avaient la protection la plus robuste. Les deux agences de santé publique insistent toujours sur le fait que la vaccination est le moyen le plus efficace et sécuritaire de se protéger contre le virus.

Comment se fait-il que le vaccin demeure efficace contre Omicron malgré les multiples mutations de la protéine de spicule? Les anticorps induits par la vaccination contre le virus maternel d’il y a deux ans peuvent quand même reconnaître des facettes très communes d’Omicron qui ont des caractéristiques chimiques très semblables. La minute où l’anticorps voit la similitude, il s’accroche et empêche le virus d’entrer, explique le Dr Piccirillo, qui précise toutefois que de futurs variants pourraient bien déjouer davantage l’immunité conférée par un vaccin ou une infection.

La supplémentation en vitamine D pour prévenir la COVID-19

Christian Linard et Bernard Massie échangent pendant plusieurs minutes sur l’utilité de la vitamine D pour prévenir la COVID-19. On s’imagine que la seule voie de sortie est uniquement la vaccination. C’est faux, il y a d’autres moyens. Il y a de belles études qui ont montré que pour plusieurs maladies infectieuses, la vitamine D a un rôle protecteur, affirme entre autres Christian Linard.

Il est vrai qu’une méta-analyse (Nouvelle fenêtre) a conclu en 2017 que la vitamine D pourrait aider à prévenir des infections aiguës des voies respiratoires. D’autres études allaient dans l’autre sens (Nouvelle fenêtre). Tôt dans la pandémie, certaines études (Nouvelle fenêtre) indiquaient qu’elle avait un certain effet protecteur contre la COVID-19.

Une personne se verse des gélules de vitamine D dans la main.

La vitamine D a souvent été liée à la prévention d'infections des voies respiratoires.

Photo : Getty Images

Mais le Dr Christopher Labos, cardiologue et épidémiologiste, faisait remarquer dans un récent texte (Nouvelle fenêtre) que les études encourageantes étaient observationnelles, et non des essais contrôlés et randomisés, avec des groupes recevant un placebo. En d’autres termes, il y avait une corrélation entre les patients plus à risque et les carences en vitamine D, mais cela ne veut pas dire que cette carence en vitamine D soit la cause de ce risque.

Souvent, les patients qui ont une carence en vitamine D ont d’autres problèmes médicaux : ils sont généralement plus âgés, sortent moins pour des raisons de mobilité, et auront de plus grandes chances d’avoir des complications face à la COVID. Mais on doit se demander pourquoi, et c’est généralement parce qu’ils sont déjà malades pour d’autres raisons, explique le Dr Labos.

En juin, une étude de l’Université McGill (Nouvelle fenêtre) se penchait sur la question avec une méthodologie de randomisation mendélienne. Plus fiable qu’une étude observationnelle, cette méthodologie consiste à observer des groupes avec différents variants génétiques associés à différents taux de vitamine D et les comparer. L’étude a trouvé qu’une augmentation du taux de vitamine D ne diminuait pas la vulnérabilité face à la COVID-19 ni la gravité de l’infection.

Ivermectine et hydroxychloroquine

Après avoir parlé de la vitamine D, Christian Linard affirme que d’autres molécules, connues depuis très longtemps, qui ont peu d’effets secondaires, ont été écartées comme moyen de prévention par les autorités parce qu’elles n’avaient plus de brevets.

Deux de ces molécules sont mentionnées : l’hydroxychloroquine et l’ivermectine, respectivement des médicaments antipaludéens et antiparasitaires. Le Dr Linard dit qu’on hésite encore un petit peu au sujet de l’hydroxycholoroquine, mais acquiesce lorsque l’animatrice mentionne que l’ivermectine a fait ses preuves.

Pourtant, comme l’expliquait récemment un article de Radio-Canada, aucune preuve scientifique solide ne vient actuellement appuyer l’efficacité de l’ivermectine contre la COVID-19, et une méta-analyse publiée en juin (Nouvelle fenêtre) a confirmé son inefficacité. Des études cliniques sont toutefois toujours en cours.

Pour ce qui est de l'hydroxychloroquine, son inefficacité a été démontrée àmaintes reprises.

Je pense qu’on sait assez clairement que l’hydroxychloroquine et l’ivermectine ne fonctionnent pas contre la COVID. Avec le temps, on s’est aperçu que des études qui les soutenaient avaient des problèmes méthodologiques et plusieurs ont été retranchées pour des problèmes de données, commente d’ailleurs le Dr Christopher Labos.

Qui est Éloïse Boies?

Éloïse Boies se décrit sur son site web comme une actrice, animatrice et musicienne.

Elle a déposé en janvier une demande d’action collective (Nouvelle fenêtre) contre Google, propriétaire de YouTube, parce que la plateforme d’hébergement vidéo a retiré une vidéo dans laquelle elle dénonçait les mesures sanitaires au Québec et ce qu’elle qualifiait de censure des géants du web en ce qui concerne les informations liées à la pandémie.

Éloïse Boies a diffusé plusieurs vidéos depuis la manifestation de camionneurs à Ottawa, certaines en compagnie de figures de proue du mouvement contre les mesures sanitaires comme Daniel Pilon et Amélie Paul. Dans les derniers mois, elle a publié plusieurs vidéos au sujet des mesures sanitaires et des vaccins. L’une d’entre elles, intitulée « Pourquoi refuser le v@©©1n? » (Nouvelle fenêtre), cite des experts controversés, comme le Dr Robert Malone, et affirme sans (Nouvelle fenêtre) fondement (Nouvelle fenêtre) que le vaccin anti-COVID-19 est cancérigène et qu’il provoquerait des fausses couches.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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