•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Travailleurs immigrants : le succès et les défis du Restigouche-Ouest

Une femme d'origine philippine manipule des pièces de bois sur une machine dans l'usine.

Le Groupe Savoie à Saint-Quentin emploie 54 travailleurs immigrants de 14 nationalités différentes, qui forment 10 % de sa main-d'œuvre.

Photo : Radio-Canada / René Godin

Janique LeBlanc

Les travailleurs immigrants sont désormais essentiels au fonctionnement de bien des entreprises du Restigouche-Ouest, au Nouveau-Brunswick. Même si la région a accueilli près de 200 nouveaux arrivants ces dernières années, le besoin de main-d'œuvre demeure criant et les défis, comme celui du logement, persistent.

La main-d'œuvre du Groupe Savoie à Saint-Quentin s’est beaucoup diversifiée depuis 2016.

Aujourd'hui, on a quasiment 10 % de notre équipe qui sont des travailleurs de l’international et ça continue de grandir, explique Denis Desjardins.

Ce consultant en recrutement international a lui-même été engagé par le Groupe Savoie l’automne dernier. Il occupe le poste de directeur du recrutement international et des projets spéciaux de l’entreprise de produits de bois franc.

Denis Desjardins, souriant, dans l'usine où il travaille.

Denis Desjardins, consultant en recrutement international est le nouveau directeur du recrutement international et des projets spéciaux du Groupe Savoie.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Au Groupe Savoie, 54 employés permanents sont originaires de 14 pays. Une dizaine vient de pays francophones d’Afrique, comme le Cameroun, la Guinée et la Côte d’Ivoire. Il y a 16 Ukrainiens, 14 Philippins et 5 Russes.

De ce groupe, une quinzaine ont obtenu leur résidence permanente au Canada dans les six derniers mois, précise M. Desjardins.

Gabriel Kuate est le doyen des employés du Groupe Savoie d’origine étrangère. Je suis Acadien, noir, originaire du Cameroun, dit-il, un sourire taquin aux lèvres.

Gabriel Kuate, souriant, dans son bureau.

Gabriel Kuate, originaire du Cameroun, est administrateur du réseau informatique chargé de la sécurité au Groupe Savoie.

Photo : Radio-Canada

Depuis 2016, M. Kuate est l’administrateur du réseau informatique chargé de la sécurité de l’entreprise. Il vit à Kedgwick où sa femme et ses deux filles l'ont rejoint en 2013.

Elles ont plus aimé l'endroit que moi-même. En fin de compte, nous sommes installés, nous sommes logés, l'aventure continue, raconte ce jeune quadragénaire au lendemain d’une nuit blanche passée à réparer un problème informatique survenu à l’usine.

La Philippine Maria-Teresa Dudas et son mari ont rejoint l’entreprise au printemps 2018. Ancienne travailleuse étrangère temporaire dans une usine saisonnière du sud-ouest du Nouveau-Brunswick, Mme Dudas faisait partie d’un groupe de travailleurs philippins venus visiter le Groupe Savoie en quête d’emplois permanents en 2017.

Maria-Teresa Dudas, souriante, devant une machine dans l'usine.

Maria-Teresa Dudas, une ancienne travailleuse étrangère temporaire des Philippines, a déménagé à Saint-Quentin pour obtenir un emploi permanent au Groupe Savoie.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Mme Dudas et son mari aiment beaucoup la région et la ville. Leurs garçons de 17 et 18 ans s’y plaisent aussi. Il y a des enseignantes de français et ils parlent et comprennent le français, raconte cette mère avec fierté.

La famille Dudas s’est installée dans une petite maison qu’elle a achetée en juin dernier.

Les jeunes Camerounais Augustine Mvoa-Ambomo et Rodrigue Happi-Kanam ont été recrutés par le Groupe Savoie après leurs études au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick.

C’était une offre alléchante. Je cherchais à travailler pour une compagnie comme Groupe Savoie, qui est une compagnie très, très bien réputée et qui offre de belles perspectives pour les personnes qui sortent du collège, explique Rodrigue Happi-Kanam, un trentenaire qui travaille comme technicien en automation.

Rodrigue Happi-Kanam dans l'usine.

Rodrigue Happi-Kanam, originaire du Cameroun, a été embauché comme technicien en automation après ses études au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

C’est l'entreprise qui m'a accueillie, s’exclame Augustine Mvoa Ambomo, le visage éclairé par un magnifique sourire. Aujourd’hui journalière ou pileuse, elle espère évoluer dans l’entreprise pour travailler un jour comme technicienne en génie mécanique.

Augustine Mvoa-Ambomo, souriante, devant une machine d'où sortent des pièces de bois.

Augustine Mvoa-Ambomo, employée du Groupe Savoie, se sent bien à Saint-Quentin, car elle a grandi dans un petit village du Cameroun.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

La jeune femme qui a grandi dans un petit village camerounais se sent bien dans la petite ville de 2100 habitants. Pas trop de bruit, pas trop de monde, donc je me suis retrouvée dans mon environnement ici. C'est ce qui a fait que je reste ici, affirme-t-elle.

Des besoins persistants malgré le recrutement international

La région du Restigouche-Ouest a accueilli 193 nouveaux arrivants de l'étranger depuis 2018. Le taux de rétention en date du 8 février est de 80 %, ce qui est très, très, très bon pour notre région, précise Pascale Bellavance, du Conseil multiculturel du Nouveau-Brunswick.

Malgré cet afflux de nouveaux arrivants, plus de 200 postes sont toujours vacants, selon la Chambre de commerce de Saint-Quentin. Le président de l’entreprise AGB Products, Marc Beaulieu, en sait quelque chose.

Présentement, j’ai une dizaine de postes qui ne sont pas comblés, mais critiquement, j'ai besoin de peintres, de deux personnes à la coupe, de trois soudeurs, d'un ingénieur. Ça, c’est critique, dit Marc Beaulieu.

AGB Products, qui fabrique des réservoirs et d’autres produits métalliques, mise sur un contrat avec les Forces armées canadiennes. Si on débloque ce contrat, on parle de 80 personnes que je dois trouver demain dans la région, explique l’entrepreneur qui sera peut-être obligé de déménager sa production pour trouver de la main-d'œuvre.

Marc Beaulieu, souriant, dans son usine.

Marc Beaulieu, président-directeur général de AGB Products, a besoin de travailleurs pour au moins 10 postes essentiels dans son entreprise.

Photo : Radio-Canada / René Godin

Le Groupe Savoie aussi attend avec impatience d'autres travailleurs immigrants. Une cinquantaine de travailleurs ont reçu des offres d’emploi de l’entreprise et attendent la fin des procédures pour pouvoir entrer au pays.

Ils viendront s’installer avec leur famille dans la région au courant de l’année 2022. Le manque de logement pour ces nouveaux arrivants demeure toutefois un grand défi.

Pour la région de Kedgwick-Saint-Quentin et du Restigouche, il n’y a pas de logements disponibles. C'est zéro. Il y a eu de la construction, mais c'est déjà tout pris. En 2022, on va avoir 75 à 80 nouveaux arrivants sur le territoire qu’il faut loger, installer et prendre en charge. Là, on se regarde tous en se disant ''comment on va réussir ça?'', explique Marc Beaulieu.

Un nouvel organisme pour favoriser l’intégration des nouveaux arrivants

Depuis cinq ans, la Chambre de commerce, les entreprises et la coordinatrice d’établissement du Restigouche-Ouest du Conseil multiculturel du Nouveau-Brunswick se sont occupées de l'accueil des nouveaux arrivants.

En octobre dernier, l’Association multiculturelle d'intégration des nouveaux arrivants (AMINA) est née. Elle n'est pas encore reconnue ni financée par le gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Le président de l’AMINA, Marc Beaulieu, affirme que les cinq dernières années ont permis aux intervenants de comprendre les besoins en main-d'œuvre et ce qu’il faut faire pour accueillir les travailleurs immigrants et leurs proches.

Là, on est rendu à mettre le plan d'action en place et [l’appuyer] et trouver les sous pour le faire, raconte l’entrepreneur.

Pascale Bellavance assise à son bureau.

Pascale Bellavance est la coordinatrice d’établissement de la région du Restigouche-Ouest du Conseil multiculturel du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

Pascale Bellavance, coordinatrice d’établissement de la région du Restigouche-Ouest, renchérit. Elle réclame un soutien du gouvernement pour l’AMINA. On a besoin d'un directeur général, [...] de personnel administratif et d'une autre personne pour l'accueil, dit-elle avec aplomb.

Un premier employé a été embauché, grâce à une subvention de Travail NB. Joey Couturier est le coordinateur d'accueil et d'intégration communautaire.

Ça prend beaucoup de ressources pour être capable de faire sortir un individu et sa famille de son milieu, qui peut être à l'autre bout du globe, et leur montrer les rouages pour qu'ils puissent ensuite s'enraciner ici, dit-il.

Joey Couturier réfléchit à toutes sortes de moyens et d’activités pour que les nouveaux arrivants se sentent chez eux dans la région forestière du nord-ouest du Nouveau-Brunswick.

Alors qu'on organise l'accueil des prochains immigrants dans le Restigouche-Ouest, ceux qui s'y sont déjà installés ont bien l'intention d'y rester.

Maria Teresa Dudas aime sa vie à Saint-Quentin et veut rester à l’emploi du Groupe Savoie. Elle affirme en riant que son mari a décidé qu’il mourra là.

Dans 10 ans, Augustine Mvoa Ambomo se voit toujours dans la région avec des responsabilités de technicienne en génie mécanique au Groupe Savoie.

Je suis che nous, répond en riant Gabriel Kuate quand on lui demande s’il va rester.

Et c’est aussi à Saint-Quentin que Rodrigue Happi-Kanam voit son avenir. Je me verrais bien fonder une petite famille ici et profiter du bien-être de ce coin, confie timidement ce grand et costaud gaillard.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !