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Santé mentale : la mort de Pierre Coriolan montre le besoin de formation des policiers

Deux policiers patrouillent à l'extérieur pendant l'hiver.

Le rapport du coroner met en lumière le manque de formation des policiers pour traiter les cas de maladie mentale.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

L’intervention d’une équipe de policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui a mené à la mort de Pierre Coriolan le 27 juin 2017, a mis en lumière le manque de formation des policiers pour traiter les cas de maladie mentale.

C’est ce qui ressort du rapport d’enquête publique du coroner Luc Malouin, dont les conclusions ont été rendues publiques mercredi matin. Me Malouin rappelle que la police montréalaise doit répondre chaque année à plus de 50 000 appels pour s'occuper de cas de personnes en crise.

Le rapport stipule qu’il est donc primordial de bonifier la formation de base dès le passage à l’École nationale de police à Nicolet, de même que la formation continue et la requalification des agents pour qu'ils puissent utiliser certaines armes dans l'exercice de leurs fonctions.

Me Luc Malouin dans un parc.

Me Luc Malouin, coroner en chef adjoint du Québec

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Pierre Coriolan est mort à la suite d’une intervention du SPVM, rue Robillard, à Montréal, après que des citoyens eurent appelé le 911 pour signaler que l'homme en crise détruisait l’intérieur de son logement.

Agressif, il tenait un tournevis et un couteau. Devant son refus d’obtempérer aux demandes des policiers de lâcher ses armes blanches, les agents ont décidé, pour parvenir à le maîtriser, d'utiliser d’abord le pistolet à décharge électrique, puis une arme intermédiaire d’impact à projectiles.

Comme le prévenu avançait toujours vers les policiers, le sergent en service et un patrouilleur ont ouvert le feu. Pierre Coriolan a été atteint de trois balles avant de s’affaisser au sol. Selon l’autopsie, il est mort d’une hémorragie secondaire causée par un projectile d’arme à feu. La mort a été violente.

Le coroner a remis son rapport concernant la mort de Pierre Coriolan qui avait été abattu par des policiers du SPVM lors d'une intervention en 2017. Il critique le travail des policiers lors de leur intervention et leur manque de préparation. Reportage de Mathieu Prost

Aucune urgence d’agir

Selon deux experts en utilisation de la force que le coroner Malouin a rencontrés, il n’y avait aucune urgence d’agir pour les policiers qui sont intervenus à ce moment-là. Le sergent, qui était responsable de l’opération, aurait dû rester en retrait pour avoir une vision d'ensemble de la situation.

Quant aux policiers qui ont tenté de maîtriser Pierre Coriolan, les experts mentionnent qu’ils auraient dû basculer en mode défensif, le temps que la crise du suspect se tempère, pour agir plus efficacement.

Ceux-ci ont plutôt suivi le principe directeur en intervention tactique rapide, qui a pour objectif d’isoler et de contrôler rapidement une personne menaçante.

Les experts consultés concluent que cette technique est toujours valable lorsqu'il s'agit de maîtriser un tireur actif, mais pas pour une personne dont l’état mental est perturbé.

Il appert que l’intervention qui a mené à la mort de Pierre Coriolan manquait de planification.

Formation bonifiée mais toujours insuffisante

L’enquêteur, Me Luc Malouin, qui est également l’auteur du rapport sur la mort d’Alain Magloire, avait publié les mêmes recommandations dans son rapport de 2016.

Me Malouin affirme que même si la formation pour intervenir en santé mentale a été bonifiée dans les cégeps et à l’École nationale de police, elle est toujours nettement insuffisante pour faire face à la réalité sur le terrain.

Réagissant à la publication du rapport, le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a indiqué que les approches spécialisées en santé mentale, la désescalade de la violence et la formation policière sont des éléments essentiels pour renforcer la confiance du public envers son service de police.

Les policiers doivent être le mieux outillés possible pour faire face à la réalité de la société actuelle, notamment par la bonification des formations, a-t-on fait savoir en rappelant que le SPVM a déjà mis sur pied une formation sur la désescalade et que la Ville avait créé une équipe mobile d'intervenants sociaux de première ligne.

Par l'entremise de son attaché de presse, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a également souligné que le projet de loi 18 sur la modernisation des pratiques policières prévoit donner suite à un bon nombre de recommandations du rapport du Comité consultatif sur la réalité policière.

C'est un événement triste. On ne souhaite jamais l'utilisation de la force. Naturellement, on va prendre le temps d'analyser les recommandations en profondeur, a ajouté Mme Guilbault.

Les proches satisfaits du rapport

De leur côté, les proches de Pierre Coriolan s’estiment satisfaits du rapport dans un communiqué. Ils ajoutent que devant une personne en crise, il faut continuellement bien réfléchir à chaque geste qu’on pose et prendre le temps nécessaire pour bien mener l’intervention.

La seule présence des personnes en uniforme peut provoquer une aggravation de la crise, ont convenu les proches de M. Coriolan, qui ont ajouté qu’en [le] sommant comme ils l’ont fait, les policiers ont provoqué une réaction en chaîne.

Ils croient que les policiers doivent y aller avec douceur, ne pas hausser le ton et tenter d’établir le contact avec la personne pour amener un déroulement pacifique lors de situations comme celle qui a mené à la mort de M. Coriolan.

Pour la mort de leur frère, les deux sœurs de Pierre Coriolan réclament 160 000 $ à la Ville de Montréal.

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