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Quand les Jeux de Paris 2024 dérangent la banlieue

La mairesse de la ville hôte des prochains Jeux olympiques d’été, Anne Hidalgo, promet qu’ils seront « inclusifs, ouverts et en partage ». Toutefois, des citoyens de certaines banlieues de la capitale française craignent les répercussions de la construction d’infrastructures liées à l’événement.

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Le chantier d'une piscine d'entraînement à Aubervilliers, en banlieue de Paris.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

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Près d’une l’école, dans la banlieue parisienne de Saint-Denis, les voix des enfants qui jouent se mêlent au bruit des travaux en provenance du chantier avoisinant.

C’est la construction d’une bretelle d’autoroute à proximité de l’établissement scolaire qui dérange des résidents du quartier comme Hamid Ouidir, père de deux élèves. Une fois la structure terminée, les voitures circuleront à quelques mètres à peine de l’école.

Je veux des projets qui respectent l’environnement ainsi que la santé des gens et des enfants de ce quartier, lance cet homme, membre d’une association de parents qui a déposé un recours contre le projet.

Ce projet de 95 millions d’euros (environ 137 millions de dollars canadiens) qui a été proposé il y a plusieurs années a finalement été financé grâce à des investissements liés aux Jeux olympiques. L’infrastructure permettra de mieux desservir l’immense village olympique qui sera construit en Seine–Saint-Denis, le département le plus pauvre de France métropolitaine.

Un chantier près d'une école à Saint-Denis, en France.

Le chantier se trouve à côté de l'école.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Toutefois, Hamid Ouidir craint les effets négatifs de cette infrastructure sur les 700 élèves de l’école voisine, dont l’édifice se retrouvera enclavé par divers axes routiers.

Il craint que la bretelle, qui pourrait permettre une circulation quotidienne qu’il estime à des dizaines de milliers de voitures, contribue à polluer un quartier déjà aux prises avec une mauvaise qualité de l’air, un problème qu’a récemment rappelé la branche française de l’UNICEF dans un rapport.

« La loi olympique votée au Parlement français vous autorise à expulser ou à exproprier juste pour accélérer des projets. Mais elle ne vous a jamais autorisés à asphyxier des gamins et tout un quartier. »

— Une citation de  Hamid Ouidir, parent d’élèves du groupe scolaire Anatole-France, à Saint-Denis.
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Hamid Ouidir, un parent d'élèves, craint les répercussions de la construction d'une bretelle à quelques mètres d'une école.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

La Ville de Saint-Denis n’a pas répondu à notre demande d’entrevue. Lors d’interventions médiatiques passées, des responsables du projet ont assuré que l’école serait séparée de la bretelle par un écran de verdure.

Des représentants des autorités municipales ont aussi assuré que la construction de cette infrastructure routière permettrait de diminuer la circulation sur d’autres axes routiers très fréquentés de Saint-Denis.

Jardin menacé

À Aubervilliers, la ville voisine de Saint-Denis, c’est un projet d’infrastructure sportive qui rencontre l’opposition d’un groupe de citoyens.

La piscine d’entraînement, qui doit être utilisée en vue des Jeux olympiques, a amputé de quelques milliers de mètres carrés les jardins ouvriers, un espace communautaire utilisé depuis une centaine d’années.

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Dolorès Mijatovic dans sa parcelle de jardin à Aubervilliers.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Dans sa parcelle où elle cultive notamment des choux et des topinambours, Dolorès Mitajovic nous explique qu’à son avis, ces jardins sont essentiels. La ville ne dispose que de 1,30 mètre carré d’espace vert par habitant, alors que l’Organisation mondiale de la santé recommande un ratio de dix mètres carrés par habitant.

La cour administrative d’appel de Paris a récemment critiqué le plan d’urbanisme de la région, évoquant une atteinte à la préservation d’un noyau de biodiversité primaire.

« En fait, ici, l'été, quand il fait chaud, on étouffe. Donc on a besoin d'espace non bétonné. On n'a pas besoin de plus de béton qui fera plus de chaleur, qui fera plus d'air irrespirable. »

— Une citation de  Dolorès Mijatovic, militante pour la défense des jardins d’Aubervilliers
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Les jardins ouvriers existent à Aubervilliers depuis une centaine d'années.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Le projet est néanmoins toujours en cours de construction. Il y a quelques semaines, des militants se sont même attachés au chantier pour tenter d’empêcher le béton de couler.

La mairesse d’Aubervilliers, qui a accordé une entrevue à Radio-Canada avant que la justice parisienne ne se prononce sur le projet, promet qu’à terme, la surface des jardins prise par la piscine sera reconstituée sur un ancien terrain de football.

Si Karine Franclet défend ce projet, pourtant négocié par son prédécesseur, c’est qu’elle croit que les investissements issus des immenses budgets associés aux Jeux olympiques peuvent être bénéfiques à sa communauté.

« On a absolument besoin d’infrastructures sportives et notamment de piscines. »

— Une citation de  Karine Franclet, mairesse d’Aubervilliers
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Karine Franclet, mairesse d'Aubervilliers, rappelle que sa communauté a grandement besoin de piscines.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

L’élue souligne que dans le département de Seine–Saint-Denis, où se trouve sa ville, seule la moitié des enfants de 12 ans savent nager, d'où le besoin selon elle d’obtenir cette piscine d’entraînement qui profitera à la population locale une fois les Jeux olympiques terminés.

La jardinière Dolorès Mitajovic reconnaît le besoin d’infrastructures sportives dans sa banlieue parisienne. Et si elle précise ne pas s’opposer à la tenue des Jeux olympiques, elle craint leurs dommages collatéraux, non seulement sur le paysage urbain mais aussi sur le prix de l’immobilier.

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Des jardiniers et des militants multiplient les efforts pour tenter de bloquer la construction de la piscine.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Ça s'appelle JO Paris 2024. Ici, on n'est pas à Paris fête. Ici, c'est la Seine–Saint-Denis. Ça ne s'appelle pas les JO de la Seine–Saint-Denis. En fait, c'est JO Paris, et ça vient détruire ici, lance-t-elle.

Les organisateurs des Jeux olympiques et les autorités publiques ont un peu plus de deux ans pour convaincre les sceptiques que leur région ne sortira pas perdante des compétitions.

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