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Critiqué de toute part, le chef de police d’Ottawa démissionne

Son adjoint, Steve Bell, sera le chef intérimaire jusqu'à nouvel ordre.

Steve Bell et Peter Sloly lors d'une conférence du 4 février.

Peter Sloly (à droite) quitte son poste. Steve Bell (à gauche) le remplace sur une base intérimaire (archives).

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Radio-Canada

Peter Sloly démissionne de son poste de chef du Service de police d’Ottawa (SPO), alors que sa gestion de la manifestation du convoi de camionneurs fait l’objet de très fortes critiques. Des sources ont également déclaré à CBC qu'il faisait preuve d’intimidation et d’un comportement imprévisible derrière des portes closes.

Il a officiellement remis sa démission mardi en début d'après-midi, lors de la réunion de la Commission des services policiers. Peter Sloly n'est donc plus un employé du Service de police d'Ottawa. Son adjoint, Steve Bell, sera le chef intérimaire jusqu'à nouvel ordre.

Peter Sloly subissait d'intenses pressions en raison de l'enlisement du mouvement de protestation des camionneurs au centre-ville de la capitale. Le centre-ville d'Ottawa est occupé depuis maintenant 19 jours.

Dans les derniers jours de son mandat, il réclamait du renfort depuis déjà plusieurs jours. Il affirmait ne pas pouvoir compter sur des ressources suffisantes au sein des forces policières de la capitale fédérale pour mettre un terme à l'occupation du centre-ville.

Le chef du SPO constatait qu’il était notamment impossible pour ses agents de bloquer toutes les sources de ravitaillement. Peter Sloly affirmait avoir un plan pour mettre fin au mouvement de protestation, mais ce plan, disait-il, ne pourrait être mis en œuvre que lorsque le Service de police d’Ottawa aurait reçu les ressources supplémentaires.

Intimidation et comportement imprévisible

Plusieurs sources ont confié à CBC que Peter Sloly rabaissait et réprimandait des policiers d’expérience devant leurs collègues, et qu’il a été incapable d’implanter un plan rigoureux pour mettre un terme à la crise provoquée par les camionneurs.

Ces gestes auraient entraîné une dégradation de ses relations avec la haute direction et compromis la capacité de la police de faire face adéquatement au mouvement de protestation des camionneurs.

Des sources soutiennent également que des conflits auraient éclaté entre Peter Sloly et des membres de la Police provinciale de l’Ontario (PPO) et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui avaient pour tâche de prêter main-forte aux agents dans le centre-ville pour faire respecter les règlements municipaux. Plusieurs sources dénoncent aussi le tempérament irascible de Peter Sloly, qui n’hésiterait pas, semble-t-il, à crier et à s'emporter face à des membres de son équipe au sein de la haute direction.

Une voiture de police d'Ottawa dans le convoi.

Des sources affirment que Peter Sloly a été incapable d'adopter un plan rigoureux pour mettre un terme à la crise provoquée par les camionneurs. (Archives)

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Depuis le début de l’occupation du centre-ville, au moins trois chefs des interventions ont été réaffectés après avoir travaillé avec Peter Sloly, indiquent des sources. L’un de ces responsables affirme que les décisions du chef Sloly n’avaient absolument rien de rationnel.

Une des sources a déclaré à CBCne pouvoir en dire plus, et que tout cela sera dévoilé lorsque viendra le temps d’examiner les événements.

Ces sources ont accepté de parler à CBC à la condition que leur nom ne soit pas dévoilé, par crainte de représailles sur leur carrière.

La police esquive les allégations

CBC a tenté de joindre à plusieurs reprises, par courriel, le Service de police d’Ottawa et Peter Sloly dimanche et lundi pour obtenir leurs réactions aux allégations dévoilées par de multiples sources.

La réponse envoyée à CBC ne confirmait ni n’infirmait directement les allégations.

La déclaration indique : Le chef Sloly et la police d’Ottawa, de concert avec leurs partenaires des forces de l’ordre, travaillent sans relâche depuis trois semaines à mettre fin à l’occupation illégale de la ville.

Le SPO poursuit : Cette situation sans précédent, qui va bien au-delà de ce à quoi a pu faire face un corps policier au Canada, exerce une énorme pression sur tous nos agents.

La déclaration indique également que le Service de police d’Ottawa travaille avec la PPO et la GRC pour établir un centre de commandement des interventions, auquel seront ajoutées des ressources et de l’expertise pour mettre un terme à l’occupation de la capitale fédérale.

Nous aurons plus tard l'occasion d’analyser la gestion de cette vaste opération. Mais actuellement, c’est le temps de travailler ensemble, avec nos partenaires, et de concentrer nos efforts sur la fin de cette occupation, peut-on lire dans la déclaration.

Le service de relations avec les médias du SPO a déclaré à CBC que personne n’était disponible pour une entrevue.

The Globe and Mail (Nouvelle fenêtre) a publié un article récemment qui faisait état de la mauvaise gestion de dossiers épineux par Peter Sloly alors qu’il était chef adjoint de la police de Toronto. Peter Sloly aurait fait l’objet de reproches pour avoir mal géré des allégations de misogynie. Il était connu au sein des autorités pour recourir rapidement à des mesures très sévères.

Lors d’une réunion spéciale de la Commission des services policiers d’Ottawa vendredi dernier, la présidente de la commission, Diane Deans, s’est portée à la défense de la gestion du chef Sloly, déplorant qu’en dépit de ses demandes répétées pour obtenir de l'aide de la province et du fédéral, le Service de police d’Ottawa n’avait pas encore reçu le renfort nécessaire pour mettre un terme à l’occupation.

Peter Soly en conférence de presse accompagné de la conseillère municipale Diane Deans.

Diane Deans s'est portée à la défense de Peter Sloly (archives).

Photo : Radio-Canada / Lorian Bélanger

Le Service de police d’Ottawa affirme travailler sans relâche avec les ressources dont il dispose, et avoir fait quelques progrès. Plus de 1700 contraventions ont été distribuées, il y a eu 25 arrestations, la police a saisi du carburant, la surveillance est renforcée aux camps de fortune sur le chemin Coventry et au parc de la Confédération, mais c’est insuffisant, selon ce qu’a déclaré Diane Deans lors de la rencontre.

Nous n’avons pas les ressources nécessaires qui ont été réclamées.

Diane Deans a refusé d’accorder une entrevue à CBC lundi concernant les allégations liées au comportement de Peter Sloly.

Le Service de police d’Ottawa est paralysé

Des sources de la police et de la province ont confié à CBC que l’incapacité du SPO à fournir un plan détaillé sur l’utilisation des 1800 policiers demandés en renfort a nui au déploiement rapide de ces ressources supplémentaires.

Des sources au sein de la police et à l’extérieur se disent très préoccupées par le leadership qui, selon elles, est complètement dépassé par les événements, et a atteint un point de rupture.

Actuellement, le Service de police est paralysé, selon l’une des sources de CBC. Les agents sur la première ligne sont paralysés. Ils attendent des directives de leurs supérieurs et sont frustrés de la perception de la population à leur endroit en raison de l'échec de leur chef face à cette crise.

Un bref passage à la direction de la police

Peter Sloly a pris les rênes du Service de police d’Ottawa en octobre 2019. Il avait pour mandat de s’attaquer au racisme systémique, d’améliorer les interventions policières dans les cas de santé mentale et de rebâtir les ponts avec la communauté noire.

Un mois après son arrivée, un rapport dévoilait que les personnes issues de minorités visibles étaient arrêtées par la police d’Ottawa de façon disproportionnée pour des questions relatives au Code de la route.

Peter Sloly, natif de la Jamaïque, avait alors déclaré qu’il souhaitait éliminer le racisme au sein de la police d’Ottawa.

On n'en fait pas assez, on ne le fait pas assez vite et on ne le fait pas assez bien, avait-il déclaré à l’époque.

Avec les informations de Travis Dhanraj, Stephen Hoff et Peter Zimonjic

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