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Des aînés privés de salle de bain pendant leur isolement en CHSLD

Des personnes âgées atteintes de la COVID n'ont pas le droit de sortir de leur chambre pendant 10 jours, même pour prendre une douche, un bain, ou aller aux toilettes.

Les mains d'un homme âgé assis sur son lit.

Le CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal invoque la nécessité de protéger les autres usagers contre la contamination.

Photo : iStock

La famille d'un résident du CHSLD Dorval dénonce la situation vécue par leur proche et d'autres aînés du Québec, confinés dans leur chambre à cause de la COVID-19 et privés d'accès à une salle de bain. L'établissement invoque la nécessité de protéger les autres usagers contre la contamination.

Un bandeau rouge tendu au travers de la porte d'Yvan Laguë lui rappelle qu'il ne doit pas sortir de sa chambre.

C'est la même consigne qui s'applique dans tous les Centres d'hébergement et de soins de longue durée : les résidents contaminés sont confinés 10 jours. Et lorsqu'ils n'ont pas la chance d'avoir une salle de bain individuelle, l'attente est longue et pénible.

Les soins d'hygiène doivent se faire à la chambre. Et si le résident n'a pas de toilettes personnelles, on lui remet une chaise d'aisance pour la durée de l'isolement.

C'est de la séquestration, dénonce son frère proche aidant Pierre. Il y a des détenus à la prison de Bordeaux qui ont plus de liberté que ça.

« Dix jours sans prendre une douche, je suis convaincu que vous ne le feriez pas, moi non plus et les dirigeants du CHSLD non plus. »

— Une citation de  Pierre Laguë, proche aidant de Yvan.

Jusqu'à dimanche, son cinquième jour de confinement, Yvan avait droit à une exception du CHSLD Dorval, il pouvait se rendre aux toilettes, mais pas à la douche.

Son hygiène corporelle est très importante dans son cas, explique son frère Pierre.

Déficient intellectuel, âgé de 67 ans, Yvan Laguë est capable de prendre une douche seul, c'est son plaisir quotidien, mais il déteste que quelqu'un d'autre touche à ses parties intimes.

Des employés nous ont confirmé l'explication donnée à la famille : l'établissement est dans l'incapacité d'assurer la décontamination de la salle de bain ou de la douche après le passage d'un résident contaminé.

On privilégie l’hygiène à la chambre à la serviette de toilette partielle au lit pour éviter de déplacer un usager COVID-19 positif, explique le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal.

« L’objectif premier demeure de ne pas risquer d’infecter de nouveaux résidents pour contrôler l’éclosion tout en assurant des soins sécuritaires et de qualité aux résidents en isolement. »

— Une citation de  Mélanie Araos, porte-parole du CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal

Le CIUSSS rappelle que la directive du ministère de la Santé lui impose de maintenir [...] l’ensemble des soins et des services de base, notamment le lever, l’habillage, l’aide à la marche et aux déplacements et les soins d’hygiène.

Que disent les consignes de Québec?

La directive du ministère de la Santé indique qu'en cas de contamination, si possible, chaque usager devrait avoir une chambre individuelle avec salle de toilette dédiée. Mais quand il n'y a pas de toilettes dans la chambre, il faut se référer aux recommandations de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

L'INSPQ préconise de placer l’usager dans une chambre individuelle avec une toilette individuelle (ou avec une chaise d’aisance réservée si absence de toilette individuelle).

Autorisé à prendre une douche, mais interdit d'aller aux toilettes

Dimanche, après six jours sans douche, la famille d'Yvan a lourdement insisté et menacé d'avoir recours aux services d'un avocat. Un gestionnaire a alors consenti à ce qu'Yvan aille à la douche avant la fin de ses 10 jours d'isolement.

Ses proches ont eu la surprise d'apprendre que le même jour, des employés d'agence, visiblement pas habitués à fréquenter l'établissement, ont interdit au résident d'aller aux toilettes et lui ont remis une chaise d'aisance pour sa chambre.

C'est exagéré, dit son frère Pierre. J'en suis venu à me demander si toutes ces applications excessives de procédures de confinement n'étaient pas par souci du bilan administratif des gestionnaires plus que par souci de la santé physique et mentale des résidents.

Dans un CHSLD de Drummondville, des aînés n'ont pas eu de bain pendant près d'un mois, ce qui a été dénoncé par leurs proches aidants.

Le président du Conseil pour la protection des malades a reçu plusieurs plaintes comme celles-là. Paul Brunet dénonce des règles de confinement qui frisent l'hystérie et parle d'aînés détenus dans leur chambre.

« Il y a des directives qui n'ont pas d'allure. Il va falloir qu'on se calme et qu'on n'oublie pas que des gens vivent dans ces milieux-là. »

— Une citation de  Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades.

Si on est capables d'accepter du personnel non vacciné pour soigner les aînés, pourquoi on n'est pas capables de permettre [aux résidents] de se rendre dans la salle de bain, la douche ou le bain, tout en les protégeant, dit M. Brunet.

Des établissements ont aussi décrété des isolements dans les chambres à des étages entiers pendant 10 jours, même s'il n'y avait qu'un seul cas de COVID.

Selon une récente étude américaine, l’isolement dans les CHSLD pourrait se révéler plus néfaste que la COVID pour les aînés et générer plus de décès.

La ministre des Aînés et des Proches Aidants, Marguerite Blais, est attendue à l'Assemblée nationale cette semaine, après trois mois et demi d'absence pour un congé maladie prend fin.

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