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Blocage aux frontières : le coût réel sera « très élevé », préviennent des économistes

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L'Ontario a décrété l'état d'urgence le 11 février pour interdire les blocages de camionneurs.

Photo : La Presse canadienne / Aaron Lynett

Maud Cucchi

Mises à pied dans le secteur automobile, retards de livraison, perte de denrées périssables : ces conséquences immédiates du blocage des artères aux frontières s’accompagneront aussi d’effets pernicieux à plus long terme pour le Canada, analysent des économistes et des représentants de l’industrie.

Je suis certain que les camionneurs n’ont pas pensé à la véritable portée de leur comportement, soulève le professeur Bill Anderson, directeur de l’Institut transfrontalier à l’Université de Windsor, en citant le renforcement du protectionnisme américain.

Ces derniers jours, les constructeurs automobiles des deux côtés de la frontière ont dû suspendre leur production et parfois renvoyer les travailleurs chez eux.

Ces entreprises vont essayer de se rattraper dans leurs productions, mais les conditions actuelles étaient déjà très limitées, explique M. Anderson. Avec le manque de puces semi-conductrices sur le marché, c’est arrivé au pire moment.

Difficile de chiffrer précisément les pertes encourues. Mais pour donner un ordre de grandeur, la valeur des marchandises transitant chaque jour par le pont Ambassador, qui relie Windsor à Détroit, s'élève à quelque 400 millions de dollars.

Selon le syndicat Unifor, qui représente les employés du secteur de l'automobile en Ontario, 800 travailleurs mis à pied n'ont toujours pas réintégré leur emploi. Des milliers d'autres travailleurs du sud-ouest ontarien, dont le travail repose indirectement sur l'industrie automobile, subiraient encore les effets des blocages.

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Le pont Ambassador, entre Windsor et Détroit, est le lien transfrontalier le plus achalandé en Amérique du Nord.

Photo : CBC/Patrick Morrell

Les producteurs de denrées alimentaires, quant à eux, ont été contraints de jeter 30 % de leurs cargaisons de fruits et légumes frais, estime Michael Graydon, chef de la direction de Produits alimentaires, de santé et de consommation du Canada.

Notre chaîne d'approvisionnement était déjà affaiblie à cause de la COVID et de l'absentéisme croissant, constate-t-il. Nous ne disposons pas de stocks importants d'ingrédients et d'emballages sur lesquels nous pouvons compter.

En outre, les perturbations aux frontières inciteront les camionneurs à préférer d'autres trajets, ce qui creusera davantage la pénurie de main-d'œuvre dans ce secteur, anticipe M. Graydon.

« Notre incapacité à régler cette question rapidement a eu, je pense, un impact important sur la réputation du Canada. »

— Une citation de  Michael Graydon, chef de la direction de Produits alimentaires, de santé et de consommation du Canada

Appel à la stabilité

Si la police de Windsor a permis de libérer le pont dimanche, plusieurs observateurs craignent que le blocage de près d'une semaine n'ait nui à la réputation du Canada sur le marché international, d'autant plus qu'une autre manifestation à Coutts, en Alberta, continue de perturber la circulation des marchandises en provenance et à destination des États-Unis.

Dans un point de presse, lundi matin, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a insisté sur la nécessité d’un retour au calme, lui qui, en 2018, avait fait installer une série de panneaux aux frontières de la province afin d'informer les visiteurs que l'Ontario est ouvert aux affaires.

« Notre pays est en danger en ce moment [...] Je ne vais pas tolérer l’anarchie. »

— Une citation de  Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

Le danger, c’est aussi celui de faire passer le Canada pour un pays instable aux yeux de l’investisseur étranger, prévient le professeur Bill Anderson. Et en particulier, vis-à-vis de son plus proche partenaire économique, les États-Unis.

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« Le monde nous regarde en ce moment, se demandant si l'environnement est stable pour ouvrir des entreprises », a reconnu le premier ministre ontarien Doug Ford.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Ces récentes perturbations donnent plus de munitions [à l’administration Biden] pour plaider en faveur du Made in America, fait valoir à son tour Colin Robertson, ancien diplomate canadien désormais vice-président et membre de l'Institut canadien des affaires mondiales.

Dans un contexte où le Canada s’efforce de se positionner sur le marché du véhicule électrique en se débattant avec les politiques protectionnistes américaines, l'incertitude et les perturbations causées par les barrages frontaliers pourraient inciter les investisseurs à se détourner du marché ontarien.

Si nous sommes perçus comme peu fiables, cela affectera les décisions d'investissement et de production, pressent M. Robertson.

Dans un communiqué, le propriétaire du pont Ambassador, Matt Moroun, n'a pas hésité à évoquer une autre période trouble de l'histoire récente.

Après les événements du 11 Septembre, nos villes, nos États et les pays du Canada et des États-Unis ont uni leurs efforts pour assurer la prospérité de notre commerce international, écrit-il.

Nous devons maintenant unir nos efforts pour élaborer un plan d'action qui protégera et sécurisera tous les postes frontaliers du corridor Canada-États-Unis et fera en sorte que ce genre de perturbation des infrastructures essentielles ne se reproduise plus jamais.

Avec les informations de Katherine Brulotte

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