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L’espoir marocain de Saint-Isidore

Le village de Saint-Isidore au Nouveau-Brunswick se prépare à accueillir l’un des plus importants contingents de travailleurs immigrants jamais vus dans la Péninsule acadienne. La venue de 40 familles marocaines constitue un espoir de renouveau pour la petite communauté francophone.

Panneau d'affichage Bienvenue au village de Saint-Isidore.

Le village de Saint-Isidore s’apprête à accueillir 40 travailleurs immigrants marocains et leur famille.

Photo : Radio-Canada / René Godin

Janique LeBlanc

L’édifice municipal du village de Saint-Isidore bourdonne d'activités. Le sujet au cœur des discussions est l’arrivée en mars de travailleurs marocains embauchés par l'usine Oxford Frozen Foods. Ces immigrants francophones seront rejoints par leur famille au mois d’août, pour le plus grand bonheur du maire du village de 800 habitants.

Louis LeBouthillier, debout devant un mur de photos.

Louis LeBouthillier, maire du village de Saint-Isidore

Photo : Radio-Canada / René Godin

Si on en reçoit de 200 à 250 personnes qui vont arriver tout d'un coup, imaginez le changement que ça va faire à la municipalité, se réjouit Louis LeBouthillier, qui imagine déjà des dizaines d’enfants marocains sur les bancs de l’école du village. Juste là, ça va donner un regain de vie, mais à la municipalité comme telle, la venue de ces familles-là, ça va apporter du développement économique, dit-il avec fierté.

Le directeur de l’administration chez Oxford Food Group confirme que l’entreprise a décidé de miser sur le long terme en offrant 40 emplois permanents à des travailleurs de l’étranger. Nous nous concentrons sur les jeunes familles avec des enfants, explique Jordan Burkhardt.

La compagnie cherche à pourvoir ces emplois depuis un an. Elle a choisi d’embaucher des Marocains francophones pour favoriser leur intégration dans la Péninsule acadienne. Les conjoints des employés d’Oxford auront aussi le droit de travailler au Canada.

À Shippagan, la directrice du Centre d'accueil, d'intégration et d'établissement des nouveaux arrivants de la Péninsule acadienne (CAIENA) explique qu’on va rencontrer chacun des nouveaux arrivants pour développer un plan d'établissement en fonction de leurs besoins immédiats et à long terme.

Document à reliure.

Le guide du Centre d’accueil, d’intégration et d’établissement des nouveaux arrivants de la Péninsule acadienne

Photo : Radio-Canada / Denis Mazerolle

On va leur présenter un guide de la Péninsule acadienne que le CAIENA a confectionné pour leur dire les choses essentielles à savoir quand tu habites dans la Péninsule acadienne, précise Monika Mallais.

Des projets de logement pour les immigrants marocains et leurs familles

Pour loger ces employés dès leur arrivée en mars, une firme de consultants embauchée par Oxford est en train d’acheter trois grandes maisons de cinq et six chambres à coucher. À raison de deux personnes par chambre, 32 nouveaux arrivants pourront y habiter. La firme fera sans doute aussi appel aux citoyens pour trouver des appartements ou des chambres supplémentaires à louer.

La firme cherche aussi des entreprises pour construire des logements permanents. La Municipalité de Saint-Isidore est prête à céder des terrains déjà subdivisés dans certaines rues du village pour un dollar, à certaines conditions.

On regarde à 60 lotissements parce qu'il y a 40 lotissements pour bâtir 40 unités de logement pour les nouveaux arrivants, puis 20 unités pour les gens d’ici parce qu'il n'y a pas de logement à Saint-Isidore, explique le maire LeBouthillier.

Ce spécialiste du développement économique ajoute que la Municipalité est prête à signer des partenariats avec des entrepreneurs voulant investir.

Une femme habillée chaudement, debout devant l'église du village de Saint-Isidore.

Myriam Léger, nouvelle coordonnatrice à l'accueil des nouveaux arrivants de Saint-Isidore

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

La municipalité vient d'embaucher une coordonnatrice à l'accueil des nouveaux arrivants qui s’occupe aussi d’informer les gens de la communauté.

« On se le cachera pas, d'avoir 40 familles de l'étranger tout d'un coup, dans une petite municipalité comme Saint-Isidore, on va le sentir. Ça va paraître. C'est d'assurer la communication avec les gens, avec la communauté. Il faudra vraiment s'assurer qu'elle devienne une seule communauté, que nos deux mondes se jumellent. »

— Une citation de  Myriam Léger, coordonnatrice à l'accueil des nouveaux arrivants de Saint-Isidore

Mme Léger compte fournir beaucoup d’information à la population notamment dans les médias sociaux. Elle va organiser des soirées publiques avec les partenaires du projet pour qu'il y ait une conversation toujours ouverte, pour savoir comment va se passer l'hébergement et l’intégration dans les écoles.

Transparence et formation sur la diversité

La transparence et la communication d’informations justes sont essentielles pour le maire LeBouthillier, qui dit entendre toutes sortes de commentaires, pas nécessairement négatifs au sujet de la venue des travailleurs marocains.

Ces 40 personnes qui vont venir travailler ne prennent pas les emplois de personne d'autre. Ça fait un an qu'ils [Oxford Frozen Foods] sont à la recherche d'employés, ils n’ont pas pu en trouver, tient à préciser Louis LeBouthillier.

Le Centre d'accueil, d'intégration et d'établissement des nouveaux arrivants de la Péninsule acadienne (CAIENA) préparera aussi la communauté d’accueil en offrant des formations dans les écoles et des sessions d’information pour les citoyens.

Monika Mallais devant une oriflamme du CAIENA.

La directrice du CAIENA, Monika Mallais, se prépare à accueillir l’une des plus importantes cohortes d’immigrants de l’histoire de l’organisme.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Les employés et les dirigeants de l’usine Oxford Frozen Foods suivront également une formation sur la diversité. L'éthique de travail est abordée, puis au niveau du respect. Il faut vraiment respecter qu'ils n'ont pas la même culture que nous. Ils n'ont pas les mêmes coutumes que nous. Il faut vraiment les préparer à la différenciation qui s'en vient, explique Monika Mallais, directrice du CAIENA.

Jumelage de familles marocaines et acadiennes

La coordonnatrice à l’accueil des nouveaux arrivants de Saint-Isidore imagine déjà toutes sortes d’activités communautaires qui permettront de tisser des liens entre les nouveaux venus et la population locale.

On sait que l'intégration va se faire beaucoup par la famille, beaucoup par les enfants. On veut que nos enfants puissent jouer ensemble, souhaite Myriam Léger, qui a l’intention de trouver des familles locales pour les jumeler à des familles marocaines.

Une femme habillée chaudement dehors dans une scène hivernale.

Joanne Thériault Michaud s’est portée volontaire pour contribuer à l’accueil et à l’intégration des immigrants marocains.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Quel beau projet, s’est dit Joanne Thériault Michaud en apprenant, dans le bulletin du village, la venue des familles marocaines. De retour dans la région depuis deux ans, cette dame à la retraite s’est immédiatement portée volontaire pour contribuer à les accueillir.

C'est extraordinaire, ça donne du regain à notre municipalité. On a besoin de jeunes familles. C'est des gens qui arrivent ici, qui parlent français, donc on conserve notre langue. Ça amène à l'économie du village, ça va amener des maisons, ça va amener des élèves à l'école, s’exclame-t-elle avec enthousiasme.

Immigration francophone bienvenue

Même si on parle souvent de l’immigration francophone au Nouveau-Brunswick, en réalité, on n’en a pas vu beaucoup, remarque le maire de Saint-Isidore. Louis LeBouthillier fait valoir l’importance d’accueillir des familles immigrantes francophones pour que la population francophone de la province puisse maintenir son poids démographique et ses services.

Malgré les discours politiques sur l’importance de l’immigration et le nombre croissant de nouveaux arrivants dans la Péninsule acadienne, le budget du CAIENA n’a pas été ajusté pour répondre à la demande.

Le gouvernement n’a accepté aucune augmentation que ce soit. Présentement, je travaille là-dessus pour justement essayer d'avoir un peu plus de financement, admet la directrice, Monika Mallais.

Jordan Burkhardt, directeur de l’administration d’Oxford Frozen Foods, salue le travail et l’engagement de la Municipalité Saint-Isidore et de ses partenaires pour bien accueillir les immigrants marocains. De son côté, le maire espère que ces familles se sentiront bien dans la communauté et qu'elles voudront y rester.

« Mon souhait, c'est d'avoir un centre multiculturel à Saint-Isidore avec pas juste des Marocains, mais avec d'autres cultures, des Africains, des Français, des Belges, des Suisses. Et qu'avec les gens de Saint-Isidore, on vive en harmonie. »

— Une citation de  Louis LeBouthillier, maire de Saint-Isidore

Louis LeBouthillier imagine aussi l’ouverture d’un restaurant marocain dans le village.

De son côté, Joanne Thériault Michaud a bien hâte de rencontrer ces francophones d’Afrique. Ces gens-là viennent ici, se mêlent à notre culture. Nous autres, on va se mêler à la leur. Je trouve ça extraordinaire. C'est vraiment un projet porteur pour toute la communauté, déclare-t-elle le visage rayonnant.

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