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Les finissants du secondaire et les élèves en difficulté écopent davantage en pandémie

Des élèves assis dans une salle de classe.

Ces élèves de cinquième secondaire fréquentant l'école secondaire Monseigneur-A.-M.-Parent, à Longueuil, avaient des cours en ligne un jour sur deux au plus fort de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

De la rentrée scolaire de l’automne 2020 à la fin de l'année 2021, les élèves identifiés comme ayant des difficultés d'apprentissage, mais aussi les finissants du secondaire, ont été plus anxieux et moins motivés que les autres au Québec, révèle une étude.

Alors que, dans l'ensemble, les élèves du primaire et du secondaire se sont sentis mieux au printemps 2021 et plus adaptés aux contraintes d’enseignement, ces deux groupes sont restés plus affectés par la crise sanitaire.

Des chercheurs de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), qui ont mesuré l'anxiété, le bien-être et la motivation scolaire auprès de centaines d'élèves, ont été surpris de constater une plus grande vulnérabilité chez les finissants du secondaire.

Pour les jeunes ayant un trouble d'apprentissage, soit un élève sur cinq dans la province, les résultats démontrent à quel point l'école devra les soutenir pour rattraper les retards. Les conclusions indiquent qu'il faudra aussi porter une attention particulière à ceux qui ont fait la transition du secondaire au cégep.

Comme bien des élèves au Québec, Thomas Tremblay a suivi ses cours en ligne un jour sur deux au plus fort des vagues de la pandémie. Il terminera ses études secondaires cette année, après deux ans d'un parcours académique aussi inattendu que déroutant. Radio-Canada l'a rencontré. Thomas ne figure pas dans les groupes sondés par les chercheurs.

Thomas Tremblay parle dans une classe avec un couvre-visage.

Thomas Tremblay est un élève finissant de l'école secondaire Monseigneur-A.-M.-Parent.

Photo : Radio-Canada

Je ne sais pas si vous avez déjà eu un cours en ligne, surtout des cours de chimie… ça peut être particulièrement difficile de rester concentré, "focus" sur la matière, puis devoir travailler tout seul. Tu es dans ta chambre, tu as ta PS4, ta télé... Tout ça te fait plus envie que de faire tes travaux et tes devoirs, explique-t-il.

On va arriver au cégep, il va manquer certains éléments qu'on n’aura pas, mais qui ne seront pas trop difficiles à rattraper, je pense, ajoute-t-il, se disant plus optimiste qu'auparavant.

Il est difficile de dresser le bilan du parcours chaotique des élèves du primaire et du secondaire depuis deux ans. Or, des chercheurs de l'UQAM constatent que parmi les plus affectés par la pandémie, on retrouve les finissants du secondaire. Reportage d'Anne-Louise Despatie.

Ses camarades de classe aussi ont eu à faire de gros efforts pour maintenir leur niveau de motivation. C’est le cas de Myriam Deslauriers, qui étudie également à l'école secondaire Monseigneur-A.-M.-Parent, à Longueuil.

« Ces deux dernières années, j'ai dû travailler beaucoup sur moi. J'ai dû augmenter mon organisation pour être capable de suivre. J'ai dû aussi m'organiser toute seule, parce que j'étais chez moi; je n'avais pas de ressources, et pas mes amis. »

— Une citation de  Myriam Deslauriers, élève de cinquième secondaire
Myriam Deslauriers parle dans une classe devant des armoires.

Myriam Deslauriers est finissante à l'école secondaire Monseigneur-A.-M.-Parent.

Photo : Radio-Canada

Évaluer la réussite scolaire

Au total, plus de 600 élèves et presque autant d’enseignants venant de trois centres de services scolaires du Grand Montréal ont été sondés à deux reprises l’an dernier sur la motivation, l’anxiété et le bien-être à l’école.

Patrick Charland, professeur de didactique à l'UQAM, croit que les données recueillies à l'automne et au printemps 2021 brossent un portrait révélateur du parcours chaotique imposé par la pandémie.

On le voit surtout dans les entretiens qu'on a pu mener avec le personnel scolaire, les enseignants, les directions d'école : ils ont observé des niveaux jamais vus de travail social et d'interventions, de dépressions d'élèves qui ont dû abandonner l'école, déclare Patrick Charland, cotitulaire de la Chaire UNESCO de développement curriculaire de l’UQAM.

Patrick Charland assis dans son bureau.

Patrick Charland est professeur de didactique à l'UQAM.

Photo : Radio-Canada

La réussite scolaire reste difficile à mesurer. Les chercheurs ont obtenu les notes transmises au ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur par les différents centres de services scolaires étudiés. Pour les obtenir, ils ont dû faire une demande d’accès à l’information. Dans la deuxième phase de l’étude, ils analyseront ces données.

En l'absence d'épreuves ministérielles uniformes depuis deux ans, les comparaisons seront difficiles à établir. On a annulé les examens du ministère pour des raisons qui sont absolument légitimes, mais comme chercheur, j'aurais bien aimé avoir ces données, pour avoir une idée des impacts réels de cette pandémie sur les apprentissages des élèves, précise Patrick Charland.

Avec la pandémie, les parents n’auront reçu que deux bulletins au lieu de trois, ce qui constitue une perte de repères de la réussite scolaire de leur enfant. Bien des enseignants reconnaissent que les évaluations ont été adaptées à ce qui a pu être enseigné.

Au niveau du travail des enseignants, malgré le fait que c'est très difficile, je suis sûre qu'on a livré la marchandise […]. Nous avons fourni l'essentiel de ce qu'ils ont à apprendre. Maintenant, pour la réception, j'ai de gros doutes... Les élèves qui ont de la difficulté, j'ai l'impression qu'on les perd davantage, estime Isabelle Bouchard, enseignante en sciences.

Isabelle Bouchard dans une salle de classe.

Isabelle Bouchard enseigne les sciences à l'école secondaire Monseigneur-A.-M.-Parent.

Photo : Radio-Canada

Les leçons de la recherche

Les chercheurs espèrent que les études en cours permettront de cibler l’aide et le soutien à donner aux jeunes qui ont le plus souffert du parcours scolaire en dents de scie des deux dernières années. Toutefois, un des auteurs de l’étude croit qu’il est possible d’y trouver aussi des aspects positifs.

On peut aussi se dire que les enfants et les ados ont fait d'autres types d'apprentissages. Et que l'apprentissage ne se fait pas que sur un instant, un moment; c’est un processus complexe. Ça ne se fait pas que par un examen, la réussite d’un examen; ça se fait par des expériences de vie, nuance Jonathan Bluteau, professeur au Département d'éducation et formation spécialisées de l'UQAM.

« Oui, on peut supposer qu'il va y avoir une perte d'acquis, mais nous ne sommes pas dans la croyance que c'est une génération sacrifiée. »

— Une citation de  Jonathan Bluteau, coauteur de l'étude

Pour Jonathan Bluteau, une crise comme celle provoquée par la COVID-19 devrait être l’occasion de revoir la façon dont on soutient la réussite scolaire. Citant le modèle du Royaume-Uni, il aimerait voir l’ensemble des services sociaux et de santé se rapprocher de l’école.

Jonathan Bluteau assis dans son bureau.

Jonathan Bluteau est professeur au Département d'éducation et formation spécialisées de l'UQAM.

Photo : Radio-Canada

Au Québec, nos enfants, ils sont où? Ils sont à l'école. L’école, c'est le premier filet autour de l'enfant, et c'est là qu'on devrait retrouver les services! conclut ce psychoéducateur de formation.

Comme son collègue, Patrick Charland espère que le portrait dressé par leur étude permettra de mieux répondre aux besoins engendrés par l’interruption du début de la pandémie. Cet arrêt pourrait avoir des répercussions sur les systèmes scolaires de plusieurs pays pendant quelques années encore.

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