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Rareté de logement : le Bas-Saint-Laurent subit aussi une hausse des loyers

Des logements subventionnés.

Un nouveau programme prévoit des investissements de 200 millions de dollars pour la construction de logements abordables au Québec.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Plusieurs familles se heurtent à de fortes hausses de loyer quand vient le temps pour elles de se trouver un logement au Bas-Saint-Laurent. Les acteurs politiques cherchent des solutions à adopter rapidement pour freiner cet embrasement du marché.

Cela fait des mois que Valérie Girouard cherche à s’installer ailleurs dans les Basques puisque la maison où elle vit actuellement sera vendue au cours des prochains mois.

Avant de louer la maison ici, je payais 500 $ par mois, raconte cette mère de quatre enfants en garde partagée. Ici, je paye quand même 650 $ par mois, et maintenant, ce que je vois [sur le marché], c’est 1300 $ à peu près, donc c’est le double.

Mme Girouard est atteinte d'une maladie qui l'empêche de travailler à temps plein.

Je ne peux pas me payer un loyer de 1300 $. Il n’y a déjà pas beaucoup de logements, donc les mettre chers comme ça, c’est un peu exagéré, parce que [...] c’est aussi cher que d’acheter une maison.

Valérie Girouard est penchée sur sa tablette électronique.

Valérie Girouard, une résidente des Basques, cherche à se reloger avec sa famille depuis des mois.

Photo : Radio-Canada

Les plus démunis ne sont plus les premiers touchés par la hausse des loyers : les organismes qui œuvrent en matière de logement s'inquiètent du fait que de plus en plus de familles de la classe moyenne ont de la difficulté à se loger.

Cette crise-là, elle est arrivée au Bas-Saint-Laurent un peu en même temps que la pandémie et même avant, explique Alexandre Cadieux, intervenant communautaire au Comité logement Bas-Saint-Laurent. C’est le propre d’une crise du logement : il y a des problèmes de logement qui touchent habituellement la classe plus pauvre [...] qui touchent maintenant la classe dite moyenne.

Même la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) observe un nouveau contexte dans l’Est-du-Québec en ce qui concerne le logement locatif.

C’est beaucoup plus qu’une crise du logement [...] et ça va demander une certaine adaptation ou un certain compromis, estime le directeur général de la CORPIQ, Benoit Ste-Marie, qui qualifie la situation de phénomène mondial qui va marquer l’histoire.

« C’est comme si on jouait à la chaise musicale et qu'il y avait cinq joueurs pour dix chaises auparavant [...]. Aujourd’hui, on joue au même jeu avec dix chaises, mais il y a douze personnes. »

— Une citation de  Benoit Ste-Marie, directeur général de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ)

Si la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) n’a pas encore publié ses données les plus récentes, certains s’attendent à voir le taux d’inoccupation des logements se maintenir à 0,9 % à Rimouski l'an prochain. Le seuil d’équilibre est de 3 %.

Deux manifestantes, pancartes à la main.

Une manifestation s'était déroulée l'hiver dernier à Rimouski pour réclamer un meilleur accès à des logements sociaux.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Toutefois, selon M. Ste-Marie, les hausses de loyer dans la région ne seraient pas exclusivement liées à la vague migratoire qui a touché le Bas-Saint-Laurent au cours des dernières années.

Les hausses des coûts, principalement les taxes et les primes d’assurance auprès des propriétaires, seraient également des facteurs déterminants.

La CORPIQ estime à 45 % la hausse des primes d’assurance au Bas-Saint-Laurent. Les coûts de construction seraient eux aussi en cause.

Les mêmes travaux peuvent coûter deux fois plus cher depuis quelques années, avance M. Ste-Marie.

Ces rénovations, selon les organismes de protection des locataires, entraînent de plus en plus de rénovictions, c'est-à-dire que des propriétaires obligent des occupants à libérer un logement afin de le rénover pour ensuite augmenter le loyer de manière substantielle.

Alexandre Cadieux, intervenant communautaire au Comité logement Rimouski-Neigette.

Le Comité logement Rimouski-Neigette est un groupe de défense collective des droits des locataires.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

C’est vraiment au cours de la dernière année qu’on a commencé à en observer, non seulement à Rimouski mais aussi dans la Mitis, dans les Basques, au Kamouraska, dans les petits villages. C’est quelque chose de plus en plus fréquent, affirme Alexandre Cadieux.

La CORPIQ croit toutefois que ce phénomène reste limité au territoire de Montréal et Benoit Ste-Marie affirme qu’il serait très surpris de voir de telles pratiques au Bas-Saint-Laurent.

Investir dans des logements abordables

Le Bas-Saint-Laurent enregistre aussi beaucoup de demandes pour des logements sociaux. La semaine passée, l'Office régional d'habitation de Rivière-du-Loup affichait une liste d'attente de 60 noms. En revanche, les tarifs réglementés permettent de maintenir des loyers plus stables.

C’est toujours 25 % du revenu de la personne l’année précédente, explique la directrice générale de l'Office régional d'habitation de Rivière-du-Loup, Ikrame Baze. Si la personne a subi une diminution de revenus, on accorde une réduction de loyer avec l’état actuel de ses revenus.

Au-delà du logement social, Québec doit investir dans des logements dits abordables au sens un peu plus large, croit le président de l’Union des municipalités du Québec et maire de Gaspé, Daniel Côté.

Avoir un toit, c’est un besoin essentiel. C’est la base de la pyramide de Maslow, a affirmé M. Côté cette semaine lors d’une entrevue à l’émission Même fréquence. C’est absolument essentiel et il faut s’en préoccuper d’une autre manière.

Si Québec a annoncé un nouveau programme de 200 millions de dollars pour appuyer financièrement des projets de logements locatifs abordables, l’UMQ s’attend à des projets beaucoup plus ambitieux dans le prochain budget du gouvernement de François Legault.

L’UMQ estime qu’environ 13 400 logements dits abordables doivent être construits par année et qu’il manquerait de manière générale entre 40 000 et 50 000 unités de logement au Québec pour atteindre l’équilibre sur le marché.

Des problèmes juridiques attendent aussi les municipalités qui voudraient combattre la pénurie de logements sur leur territoire.

Là où c’est compliqué, c’est qu’on vient jouer dans les règles du marché privé, selon Daniel Côté. C’est compliqué parce qu’on n’a jamais reconnu l’habitation comme étant un bien spécial.

Avec les informations de Fabienne Tercaefs et de Laurie Dufresne

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