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Fermetures de RPA : des propositions pour assurer des soins aux aînés

Les conversions de résidences privées pour aînés (RPA) en logements locatifs soulèvent de nombreuses questions mais suscitent aussi des propositions pour assurer des soins aux aînés.

Le panneau-réclame du Manoir La Caravelle.

Le panneau-réclame du Manoir La Caravelle

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Lorsqu’il s’est porté acquéreur d’une auberge il y a 13 ans à Sainte-Agathe-des-Monts, Jean-Pierre Audet ne songeait pas à ouvrir une résidence privée pour aînés (RPA).

L’établissement des Laurentides avait bonne réputation et le bâtiment était doté d’une quinzaine de chambres et d’une cuisine bien équipée.

Les gens nous disaient : "Pourquoi tu ne fais pas une résidence pour aînés avec ton bâtiment?" se remémore-t-il.

Entrepreneur de nature, M. Audet s’est laissé convaincre, a obtenu la certification RPA puis a embauché du personnel afin d’offrir les services de repas, d’assistance personnelle et d’aide domestique.

Lors de notre passage au Manoir La Caravelle, une de ses premières résidentes ne tarissait pas d’éloges à son endroit.

La vieille dame est assise dans sa chambre.

Monique Gagnon, résidente du Manoir La Caravelle, dans les Laurentides

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

C'est un homme de cœur qui a pris soin de nous, confie Monique Gagnon, 86 ans. Ça a été comme être un membre de la famille pour moi, et là… je sais qu'il a vendu, dit-elle avec émotion.

Jean-Pierre Audet a convenu avec le nouveau propriétaire d’assurer une transition pendant quelques mois.

L’établissement a cessé d’être une RPA avec services et la plupart des aînés sont partis.

Si tu as 50 chambres, ça peut être rentable, mais en bas de 50 chambres, je ne pense pas que quelqu'un puisse bien vivre aujourd’hui, affirme M. Audet. C'est difficile, parce qu'on a besoin du personnel, et les propriétaires ont besoin de répit.

Monsieur Audet pose, mains croisées.

Jean-Pierre Audet, ex-propriétaire de RPA à Sainte-Agathe-des-Monts

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Comme l'indiquent les données compilées par la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), le nombre total de petites résidences pour aînés au Québec ne cesse de diminuer depuis quelques années.

Seules les plus grosses résidences détenues par des groupes immobiliers poursuivent leur expansion.

Vous savez, c’est un deuil à faire, exprime M. Audet, qui s’apprête à tourner la page.

Le monde a besoin de nous autres, pas juste de commerçants [...]. Les aînés ont besoin de gens qui prennent soin d’eux, dit-il, un brin ému.

Liste des résidences privées pour aînés (RPA) qui ont fermé sur le territoire des Laurentides du 1er janvier 2021 à aujourd’hui :

  • Résidences Fleurs d’Orient (Boisbriand) – 20 places

  • Résidence Les Beaux Jours du Québec (Sainte-Marthe-sur-le-Lac) – 9 places

  • Les Chardonnerets (Saint-Hippolyte) – 5 places 

  • Résidence du Domaine (Saint-Jérôme) – 8 places 

  • Manoir des Pays d'en Haut (Sainte-Adèle) – 30 places 

  • Résidence Nicole (Saint-Jérôme) – 4 places 

  • Résidence Manoir La Caravelle (Sainte-Agathe-des-Monts) – 18 places 

  • Résidence Au Cœur de la Vie de Saint-Jérôme inc. (Saint-Jérôme) – 61 places 

  • Résidence Le Corail S.E.N.C. (Saint-Jérôme) – 5 places 

  • Résidence Au Cœur de la Vie de Saint-Antoine (Saint-Jérôme) – 45 places 

Source : Centre intégré de santé et de services sociaux des Laurentides

Des loyers qui ne suivent pas les dépenses

Pour le président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), Marc Fortin, les entrepreneurs de l’industrie doivent composer avec les réalités de l’inflation et avec de la réglementation.

Il énumère la hausse des coûts pour l’alimentation, l’énergie et les salaires comme facteurs qui pèsent sur de telles entreprises.

Comment est-ce qu'on peut arriver quand on nous dit d’augmenter les loyers de 1,8 %, 2 %, mais que vos coûts augmentent en moyenne au-dessus de 20 %? se questionne M. Fortin.

Le porte-parole du RQRA donne aussi l’exemple des primes d’assurance qui seraient en hausse depuis qu’il n’y a plus de concurrence entre assureurs.

« Après Herron, les assureurs se sont dit qu'il y a trop de risques dans ce domaine-là, qu'ils allaient se retirer [...], et il n'en reste plus qu'un seul. »

— Une citation de  Marc Fortin, président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés

Notons aussi que le taux d’inoccupation dans les RPA a fait un bond record en 2021, soit à près de 13 % en moyenne au Québec, selon la SCHL.

Plusieurs résidences pour personnes âgées, des RPA, sont transformées en logements conventionnels. L'explosion des coûts d'exploitation y est pour quelque chose.Et la conséquence est bien triste : de nombreux aînés sont bousculés par ce chambardement. Reportage de Davide Gentile.

À la tête du Groupe Santé Arbec, Paul Arbec reconnaît avoir jonglé un moment avec l’idée d’annuler un projet de construction d’une nouvelle résidence pour aînés de plus de 200 unités dans Lanaudière.

On y a réfléchi, oui, convient-il. Il y a eu augmentation du coût de 30 % par rapport au budget préparé il y a deux ans.

Paul Arbec croit en fait qu'une tendance lourde se dessine dans le monde des services aux aînés. Je pense qu’il va y avoir plus d’investissements pour des blocs sans services destinés aux aînés avec des salles, des pièces qui pourraient convenir aux besoins de tous les jours d’une clientèle plus âgée, mais sans tous les services autour.

C’est un peu inquiétant parce que ce sont les RPA qui comblent une bonne partie du manque de places dans le réseau de la santé en ressources intermédiaires [RI] ou en CHSLD. Donc, les RPA deviennent des partenaires importants, précise Paul Arbec. 

Si on diminue cette possibilité-là, il va falloir plus de développement dans le réseau public et privé pour de l’hébergement.

Le manoir sous la neige.

Le Manoir La Caravelle

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Des services à protéger

La chercheuse Anne Plourde, de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), voit les choses autrement.

Selon elle, le gouvernement devrait plutôt utiliser les centaines de millions de dollars consentis aux aînés en RPA à travers le crédit d’impôt remboursable pour maintien à domicile des aînés pour les investir dans les services à domicile, parce qu’on sait que la majorité des gens en perte d’autonomie préfèrent rester chez eux.

Selon Mme Plourde, la bonification des services à domicile publics permettrait aux aînés de ne plus être contraints de déménager en RPA pour recevoir des services.

Le budget du Québec de mars 2021 faisait état de nombreuses mesures financières pour assurer la pérennité de l’offre de services dans les résidences privées pour aînés.

D’autres mesures pourraient être annoncées dans le prochain budget, attendu dans quelques semaines.

De son côté, un des principaux groupes de défense des aînés exhorte Québec à intervenir afin de limiter les conversions de RPA en logements locatifs, comme le rapporte Radio-Canada.

De l’avis de Pierre Lynch, président de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), ce qui est important actuellement, c’est que le gouvernement devrait repenser son processus de décertification des RPA.

Avant de changer la vocation d’une RPA qui a déjà une vocation spécialisée, il faudrait qu’il y ait une approbation sociale par des instances gouvernementales, insiste M. Lynch.

Québec solidaire propose également d’encadrer les hausses de loyer abusives et d’obliger le maintien de la RPA après la vente de la résidence [...] et de favoriser le développement de RPA coopératives et sans but lucratif.

Avec la collaboration d'Aude Garachon

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