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Aux Pays-Bas, le difficile défi de tourner le dos au gaz

L’exploitation doit cesser d’ici la fin de l’année dans la plus grande réserve gazière d’Europe, située aux Pays-Bas. Quel sera l’impact de cette décision sur l’autonomie énergétique du continent?

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Dans le nord-est des Pays-Bas, le village de Loppersum change de visage avec la construction de nouvelles maisons en raison des dommages causés aux anciennes demeures par les tremblements de terre provoqués par l'exploitation gazière dans la région.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

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Le village de Loppersum, dans le nord-est des Pays-Bas, a des airs de chantier. Des espaces vides où se trouvaient des maisons qui ont été détruites côtoient des résidences en construction.

Bientôt, la maison de Ger Warink sera à son tour détruite. Il a déjà vidé sa boutique d’instruments de musique, adjacente à la résidence.

Le plancher s’enfonce, il y a des fissures partout, raconte l’homme qui a déjà perdu une première maison dans les années 1990.

À l’époque, nous ne savions pas que c’était causé par l’exploitation gazière, explique-t-il à propos des tremblements de terre qui secouent cette région, où se trouve la plus grande réserve de gaz d’Europe. Plus de 2000 milliards de mètres cubes de cette ressource naturelle s’y trouveraient.

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Ger Warink gère une boutique d’instruments de musique à Loppersum.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Selon une étude de l’Université de Groningen publiée en 2016, 100 000 maisons de la région ont été endommagées par les secousses liées à l’exploitation énergétique.

Corine Jansen vit à Wirdum, le village voisin de Loppersum, et elle fait partie des propriétaires qui ont vécu un calvaire ces dernières années.

Nous la rencontrons à sa fermette qui a des airs de havre de paix. Mais pendant des années, les secousses ont troublé le calme apparent de son terrain.

« J’ai deux petits-fils qui avaient cinq et sept ans à l’époque. Ils n’osaient plus dormir chez moi. »

— Une citation de  Corine Jansen, résidente de la région de Groningen

Compte tenu des dommages, son ancienne maison a dû être démolie. Corine Jansen vit dans la toute nouvelle résidence construite sur le même terrain depuis un an à peine et financée en partie par des aides gouvernementales.

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Corine Jansen montre des photos de la destruction de sa résidence située à Wirdum, village voisin de Loppersum.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Pendant tout le processus, qui a duré une dizaine d’années, la propriétaire affirme avoir vieilli de vingt ans.

La fin du gaz promise pour 2022

Face à la grogne exprimée par la population du nord-est des Pays-Bas, le gouvernement néerlandais a promis de mettre fin à l’extraction gazière à la fin de cette année, après une baisse graduelle de la production.

J’en doute beaucoup, répond Corine Jansen à cette promesse du gouvernement.

Il faut dire que, le mois dernier, le gouvernement des Pays-Bas a ouvert la porte à doubler sa production gazière en 2022, même s’il s’agit de l’ultime année d’exploitation.

La raison : l’Allemagne, dont certaines régions dépendant spécifiquement du gaz naturel venu des Pays-Bas, traverse une crise énergétique et a besoin de ressources pour répondre à la demande.

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Le premier ministre néerlandais Mark Rutte (gauche) salue le chancelier allemand Olaf scholz, le 13 janvier 2022 à Berlin.

Photo : Associated Press / Michael Sohn

Lors d’un voyage officiel à Berlin à la mi-janvier, le premier ministre néerlandais Mark Rutte a voulu se montrer diplomate en abordant à la fois les tremblements de terre à Groningen et la nécessité d’examiner les besoins de l’Allemagne, cliente des Pays-Bas en matière d’énergie.

C’est scandaleux, réplique le commissaire du roi de la région de Groningen, l’équivalent d’un premier ministre provincial.

René Paas explique que l’Allemagne est un gros pays qui consomme beaucoup de gaz et qui a d’autres possibilités d’obtenir du gaz naturel.

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René Paas est commissaire du roi de la région de Groningen.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

L’Europe et son autonomie énergétique

En mettant fin à l’extraction gazière sur son territoire, les Pays-Bas contribuent-ils à réduire l’autonomie du continent européen en matière d’énergie?

En partie, répond Thierry Bros, professeur à l’université Sciences Po Paris, qui précise qu’il y a une dizaine d’années le champ gazier néerlandais répondait à 10 % de la demande européenne.

Mais le spécialiste des questions d’énergie et du climat souligne que le gouvernement des Pays-Bas a été transparent sur son intention de cesser un jour ses activités.

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Thierry Bros est professeur à l’université Sciences Po Paris et spécialiste des questions énergétiques.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Compte tenu de cette prévisibilité, les voisins européens qui dépendent en partie de ce gaz naturel, notamment l’Allemagne, auraient pu mieux s’adapter.

« C’est extraordinaire de voir un pays se réveiller en disant "je n’ai pas bougé, je manque d’énergie", alors qu’il a lui-même décidé de fermer l’intégralité de ses centrales nucléaires. »

— Une citation de  Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris

C’est donc un ensemble de facteurs qui font en sorte que l’Union européenne est aujourd’hui plus dépendante du gaz naturel venu de Russie. Selon des données de la Commission européenne, 40 % du gaz importé en Europe est russe, contre 30 % en 2009.

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Une installation gazière dans la région de Groningen.

Photo : Reuters / Michael Kooren

Parce que, comme le souligne Thierry Bros, malgré les changements qui ont touché les sources d’énergie en Europe, les besoins de consommation demeurent grands sur le continent.

On s’est mis en tête en Europe qu’on allait être capables [...] de baisser notre demande énergétique, explique l’expert. Or, il constate que les innovations technologiques qui auraient permis un changement de dynamique ne sont pas au rendez-vous.

Et donc, on est arrivés au bout de dix ans à se retrouver à court d’énergie, ajoute-t-il.

S’attaquer à la consommation à la source

Les Pays-Bas tentent à leur manière de diminuer leur dépendance au gaz naturel.

En vertu d’une loi adoptée il y a quelques années, toutes les nouvelles maisons doivent être déconnectées du réseau gazier.

Dans un nouveau développement résidentiel de Rijswijk, localité située près de La Haye, dans le sud du pays, les 1600 demeures déjà construites et les près de 2000 autres qui verront bientôt le jour sont toutes alimentées par des panneaux solaires et des thermopompes fonctionnant à l’énergie thermique.

Sur les toits, vous voyez les panneaux solaires, mais vous ne voyez pas de cheminées, constate Benno Scheppers, porte-parole de l’organisme non gouvernemental CE Delft, qui conseille les municipalités et les entreprises sur les questions de développement durable.

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Benno Scheppers est porte-parole de l’organisme non gouvernemental CE Delft.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Il explique que l’initiative est avant tout environnementale. Si ce type de construction permet de réduire la dépendance néerlandaise au gaz, Benno Scheppers reconnaît que l’impact demeure limité.

« Le problème principal de dépendance est lié aux maisons existantes. Il y a davantage de vieilles maisons moins bien isolées que de nouvelles demeures. »

— Une citation de  Benno Scheppers, responsable des villes durables à l’organisme CE Delft

Selon l’Agence internationale de l’énergie, en 2018, le gaz naturel répondait toujours à 70 % des besoins énergétiques résidentiels aux Pays-Bas.

Dans la région de Groningen, où l’activité économique a longtemps été étroitement liée à l’extraction gazière, les nouvelles résidences aussi doivent s’alimenter différemment en énergie.

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La nouvelle maison de Corine Jansen.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Sur le toit de sa nouvelle maison, Corine Jansen nous montre les panneaux solaires qui lui procurent une partie de son électricité.

Elle voit dans cette transition une manière de tourner le dos à une source d’énergie qui lui a causé tant de soucis. J’en ai assez. Vraiment. J’en ai assez, lance-t-elle.

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