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Luc Montagnier, Prix Nobel de médecine, s’éteint à 89 ans

Luc Montagnier.

Le virologue français et colauréat du prix Nobel de médecine 2008, Luc Montagnier, lors d’une conférence de presse sur les vaccins et la vaccination, le 7 novembre 2017 à Paris.

Photo : AFP / STEPHANE DE SAKUTIN

Agence France-Presse

Rejeté sur le tard pour des théories douteuses, le chercheur français Luc Montagnier, décédé à 89 ans, reste à jamais associé à la découverte du virus du sida qui lui a valu le prix Nobel de médecine.

Le chercheur français est mort à l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, près de Paris, a annoncé jeudi le maire de la ville, Jean-Christophe Fromantin.

Ses propos controversés contre les vaccins anti-COVID l'avaient remis sur le devant de la scène, lui attirant la sympathie des antivaccins et le discréditant un peu plus auprès de la communauté scientifique.

J'ai toujours cherché l'insolite. J'ai du mal à travailler sur un courant déjà établi, confiait ce biologiste spécialiste des virus dans un documentaire consacré à des travaux qu'il qualifiait lui-même de sulfureux sur la mémoire de l'eau, diffusé en France en juillet 2014.

Le virologue, à l'œil vif et au visage toujours poupon à 80 ans passés, se décrivait comme un marginal en blouse blanche malgré ses lauriers internationaux, avec le prix Nobel attribué en 2008 pour sa découverte un quart de siècle plus tôt.

Luc Montagnier et Robert Gallo.

Les chercheurs qui ont découvert le VIH, Luc Montagnier (à gauche) et Robert Gallo. (archives)

Photo : AFP / John Mottern

Dans les années 1980, la fièvre s'était emparée d'une poignée de laboratoires dans le monde afin de découvrir l'origine d'un mal étrange qu'on nommait, faute de mieux, maladie des 4 H (car semblant s'attaquer essentiellement aux homosexuels, héroïnomanes, Haïtiens et hémophiles).

Né le 8 août 1932 à Chabris, dans le centre de la France, le virologue dirige alors, depuis 1972, un laboratoire spécialisé dans les rétrovirus et oncovirus (responsables de cancers) à l'Institut Pasteur.

Début 1983, il isole avec ses associés Françoise Barré-Sinoussi et Jean-Claude Chermann un nouveau rétrovirus qu'il baptise provisoirement LAV (Lymphadenopathy Associated Virus) à partir d'un prélèvement effectué par le Dr Willy Rozenbaum sur un jeune malade, un homosexuel ayant séjourné à New York.

C'est pour lui l'agent causal de la nouvelle maladie. Mais la découverte est accueillie avec scepticisme, en particulier par l'Américain Robert Gallo, grand spécialiste des rétrovirus.

Pendant une année, nous savions que nous avions le bon virus [...], mais personne ne nous croyait et nos publications étaient refusées, racontait Montagnier 30 ans plus tard.

En avril 1984, Margaret Heckler, secrétaire d'État américaine à la Santé, annonce que Robert Gallo a trouvé la cause probable du sida, un rétrovirus baptisé HTLV-III. Mais ce dernier s'avère être rigoureusement identique au LAV trouvé plus tôt par l'équipe de Montagnier...

La polémique enfle : qui est le véritable découvreur du virus de l'immunodéficience humaine (VIH)? La question est importante, car elle permet de régler la question des redevances liées aux tests de dépistage.

Le différend aboutit à une conclusion provisoire et diplomatique en 1987 : États-Unis et France signent un compromis où Gallo et Montagnier sont officiellement qualifiés de codécouvreurs.

Le véritable épilogue intervient 20 ans après, avec l'attribution du Nobel pour la découverte du VIH, non pas à Gallo, mais à Montagnier et Barré-Sinoussi.

Après avoir dirigé de 1991 à 1997 un département Sida et rétrovirus à Pasteur, puis enseigné au Queens College de New York jusqu'en 2001, le Pr Montagnier prend les chemins de traverse de la recherche et se met progressivement au ban de la communauté scientifique.

Il défend la piste microbienne, pourtant sujette à caution, pour expliquer l'autisme. Il reprend la thèse unanimement rejetée du chercheur français Jacques Benveniste selon laquelle l'eau conserverait l'empreinte (la mémoire) de substances qui ne s'y trouvent plus. Il soutient des théories sur l'émission d'ondes électromagnétiques par l'ADN, promeut la papaye comme remède à certaines maladies.

Ses prises de position répétées contre les vaccins lui valent en novembre 2017 la condamnation cinglante et officielle de 106 membres des Académies des sciences et de médecine.

Le quotidien Le Figaro décrit son parcours comme un lent naufrage scientifique. Durant la pandémie de COVID-19, il s'illustre encore, affirmant que le virus SRAS-CoV-2 a été manipulé en laboratoire avec l'ajout de séquences, notamment, du VIH et que les vaccins sont responsables de l'apparition des variants.

Ces thèses, combattues par les virologues et épidémiologistes, ont jeté un peu plus le discrédit sur un scientifique devenu un paria parmi ses pairs.

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