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Le printemps érable a transformé la formation des futurs policiers québécois

Le mouvement de mobilisation étudiant de 2012 a laissé des traces jusque dans la formation offerte aux futurs policiers à l’École nationale de police du Québec (ENPQ). Comment préparer des policiers à mieux encadrer des manifestations de la même envergure?

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Une formation en maintien et rétablissement de l'ordre à l'École nationale de police du Québec

Photo : Radio-Canada

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Nicolet, un vendredi matin. Trente-six aspirants policiers finissent une formation de près de 20 heures en maintien et rétablissement de l’ordre. En rang, ils participent à une simulation d’une manifestation qui devient de plus en plus hostile.

Pierre Savard, directeur de la formation initiale en patrouille et gendarmerie, ne s’en cache pas : le printemps érable a transformé le contenu de la formation.

« On dit souvent, avec le recul, que 2012 était un laboratoire immense en tant que maintien et rétablissement de l’ordre au Québec. Il y a eu énormément d’apprentissages en cours de route en cours d’événement. »

— Une citation de  Pierre Savard, directeur de la formation initiale en patrouille et gendarmerie à l'ENPQ
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Pierre Savard, directeur de la formation initiale en patrouille et gendarmerie à l'École nationale de police du Québec

Photo : Radio-Canada

Pendant les manifestations de 2012, Pierre Savard était inspecteur à la Division de la planification opérationnelle au sein du Service de la police de la Ville de Montréal (SPVM). Il constate que les patrouilleurs souvent dépêchés pour encadrer les manifestations ne sont pas suffisamment formés, contrairement aux escouades spécialisées.

Depuis, l’École nationale de police du Québec a suivi les recommandations du rapport Ménard publié en 2014 (Nouvelle fenêtre) pour repenser la formation, une refonte qui commence notamment par un enseignement du droit de manifester.

Les jeunes [aspirants policiers] sont très à l’aise avec la charte des droits et leur pouvoir d’arrestation. Nous, on va plus spécifiquement aller en gestion de foule; insister sur les libertés collectives; les libertés individuelles, aussi, pour permettre aux gens de manifester; et la liberté d’expression, explique Pierre Savard.

Une autre recommandation du rapport Ménard (Nouvelle fenêtre) destinée aux écoles était de s’assurer que les contenus de formation concernant la gestion du stress [sont] renforcés de façon à pouvoir faire face à des situations exceptionnelles comme celles du printemps 2012.

L’ENPQ le fait en créant des mises en scène, parfois avec des acteurs, dans lesquelles on recrée des situations où la foule devient hostile à l’égard des policiers.

« Je m’attends à un policier qui est capable de garder son sang-froid, qui est très discipliné, qui va travailler en équipe, puis qui ne partira pas dans un échange verbal avec les participants. Parce que c’est là que ça part en vrille. »

— Une citation de  Pierre Savard, directeur de la formation initiale en patrouille et gendarmerie à l'ENPQ
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Une formation en maintien et rétablissement de l'ordre à l'ENPQ

Photo : Radio-Canada

Le directeur ajoute que de nombreuses décisions prises devant les tribunaux ont aussi fait en sorte qu’on écarte de la formation la possibilité de faire des arrestations de masse. Les aspirants policiers sont formés pour laisser la foule manifester et plutôt déterminer des comportements criminels afin de faire des arrestations ciblées.

La formation des escouades spécialisées

La formation sur l’utilisation des armes intermédiaires d’impact, comme les balles en plastique, n’est pas donnée par l’ENPQ, mais plutôt par les services policiers qui ont des escouades spécialisées. C’est le cas à la Sûreté du Québec (SQ).

Claude St-Germain, lieutenant de division de l'intervention d’urgence de la SQ, était présent sur le terrain en 2012 lors de la manifestation de Victoriaville qui a tourné à l'affrontement. Il explique que l'un des changements effectués dans les 10 dernières années par rapport à la formation offerte est notamment l’instauration d’une requalification obligatoire chaque année chez les agents qui sont déployés sur le terrain. Ces derniers sont aussi soumis à des scénarios pour leur faire vivre la réalité des manifestations plus tendues.

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Claude St-Germain, lieutenant de la division de l'intervention d’urgence de la Sûreté du Québec

Photo : Radio-Canada

Le type d’armes d’impact utilisées par la SQ en 2012, comme les balles en plastique, ne sont plus en circulation. Elles n’ont pas été retirées parce qu'elles sont jugées trop dangereuses, selon Claude St-Germain, mais plutôt parce qu'on voulait les remplacer par des modèles plus récents. Toutefois, les agents en mesure de les utiliser sont aujourd’hui moins nombreux.

C’est un groupe maintenant spécialisé à la SQ [qu’on a] pour utiliser les armes d’impact intermédiaires à projectiles. [Avant,] il y avait également des gens d’autres services qui pouvaient être des utilisateurs. Maintenant, ça a été concentré dans un groupe particulier, précise Claude St-Germain.

Comme la SQ, le Service de police de la Ville de Montréal forme aussi ses équipes d’intervention. Ce corps de police a refusé notre demande d’entrevue, car des procédures judiciaires liées aux événements de 2012 sont toujours en cours. Dans un courriel, le SPVM indique qu'il a appliqué les recommandations du rapport Ménard qui leur étaient destinées, sans pouvoir nous préciser lesquelles.

Un changement de culture?

Depuis 10 ans, les interventions policières qui se sont déroulées pendant le printemps érable ont été passées sous la loupe de la justice. Par exemple, en 2017, un juge a reconnu qu’un manifestant a été blessé à l'œil par le fragment d’une grenade assourdissante du SPVM. La Ville de Montréal a été condamnée (Nouvelle fenêtre) à lui payer 175 000 $. Depuis, le SPVM n’utilise plus les grenades assourdissantes lors de manifestations.

En 2018, un comité de déontologie avait blâmé un policier de la Sûreté du Québec (Nouvelle fenêtre) pour avoir manqué de prudence et blessé trois manifestants à Victoriaville en utilisant son arme d’impact. L'année suivante, la décision a été infirmée par la Cour du Québec.

À la Ligue des droits et libertés, un organisme qui défend notamment le droit de manifester, on estime que les changements apportés dans la formation sont un pas dans la bonne direction, mais qu'ils risquent d’être insuffisants.

On ne peut pas être contre la formation, mais ça agit au niveau individuel. Donc, ça agit sur le policier. Mais le problème n’est pas individuel; il est institutionnel, explique Lynda Khelil, de la Ligue des droits et liberté.

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Lynda Khelil, porte-parole de la Ligue des droits et libertés

Photo : Radio-Canada

Selon elle, il faudrait aller bien plus loin pour que les erreurs du passé ne se reproduisent plus.

« On peut dire avec certitude que 2012 pourrait se reproduire dans quelques années, et on peut le dire parce qu'il n'y a pas eu de retrait des armes d’impact. Et ça, c’est la toute première chose à faire; c’est que les autorités politiques au Québec ordonnent le retrait de ces armes. »

— Une citation de  Lynda Khelil, porte-parole de la Ligue des droits et libertés
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Une formation en maintien et rétablissement de l'ordre à l'École nationale de police du Québec (ENPQ)

Photo : Radio-Canada

À l’ENPQ, le directeur Pierre Savard est quant à lui plus optimiste : il est persuadé que la formation révisée changera les choses pour ses aspirants policiers.

Je leur dis : "La journée même où vous allez vivre une manifestation qui est un peu plus hostile envers les policiers, vous allez être content de l’avoir". Parce qu’il y a un paquet de policiers qui étaient là en 2012 et qui n'avaient pas le degré de formation qu’ils ont actuellement.

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