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« On se tourne les pouces », déplorent des vaccinateurs du Québec

Au stade olympique et au Palais des congrès de Montréal, un vaccinateur ne sert plus que deux personnes à l'heure, en moyenne.

Des vaccinateurs du stade olympique discutent entre eux, en attendant des personnes à vacciner, mercredi.

Des vaccinateurs du stade olympique discutent entre eux en attendant des personnes à vacciner, mercredi.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Des vaccinateurs regrettent que la population ne soit plus au rendez-vous alors qu'ils sont mobilisés du matin au soir, parfois payés en heures supplémentaires. Radio-Canada a pu constater, sur le terrain et grâce à des données inédites, à quel point la vaccination est en perte de vitesse. Le gouvernement reconnaît vivre un « moment charnière ».

Le vaste hall d'entrée de la clinique de vaccination du stade olympique est complètement vide, mercredi matin, à l'exception de trois agents de sécurité qui n'ont personne à diriger. On est loin des foules de l'an dernier qui débordaient jusqu'à l'extérieur. Même en janvier, des files d'attente étaient encore organisées.

L'entrée de la clinique de vaccination du Stade olympique, dans la rotonde.

L'entrée de la clinique de vaccination du stade olympique, mercredi. Auparavant, des files d'attente étaient visibles à cet endroit.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Il n'y a pas un chat, confirme un vaccinateur qui se trouve à l'intérieur, sans être autorisé à nous parler. Hier soir, j'ai vu environ six personnes en quatre heures.

« Nous sommes plein de professionnels, payés la majorité en temps supplémentaire, et la population n'est pas au rendez-vous. »

— Une citation de  Un vaccinateur du stade olympique qui a demandé la confidentialité

Nous avons appris que 672 vaccins ont été administrés, lundi, au stade olympique, entre 8 h et 20 h 30. Mardi, le bilan était encore plus bas : 535. La clinique de vaccination géante a pourtant été prévue pour 3000 doses par jour, une capacité qui a été atteinte à plusieurs reprises en janvier.

Dans les corridors de la clinique de vaccination du stade olympique, des travailleurs de la santé se reposent.

Dans les corridors de la clinique de vaccination du stade olympique, des travailleurs de la santé se reposent.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Même désert vaccinal au Palais des congrès de Montréal, un autre grand espace de vaccination loué par le réseau de la santé, avec une capacité initiale de 3000 doses par jour.

Les vaccinateurs sont à leur table, ils attendent d'avoir des clients, mais il n'y en a pas, constate Diane Girard, venue chercher sa troisième dose en un temps record. Ça coûte cher, tout ça, commente-t-elle.

Des vaccinateurs attendent à leur bureau des personnes à qui administrer des doses, au Palais des congrès.

Des vaccinateurs attendent à leur bureau des personnes à qui administrer des doses au Palais des congrès de Montréal, mercredi.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

De 8 h à 21 h, 16 évaluateurs et 16 vaccinateurs sont mobilisés, précise le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal. En ce moment, on vaccine au Palais des congrès de Montréal 500 personnes par jour, soit deux ou trois personnes par injecteur, par heure, en moyenne.

La perte de vitesse de la vaccination se constate dans l'ensemble du Québec. Alors qu'on dépassait les 100 000 doses quotidiennes à la mi-janvier, on n'atteint plus que la moitié, et même maintenant le tiers, depuis début février (Nouvelle fenêtre).

Ce qui me choque, c'est que tout le personnel est là, témoigne un vaccinateur dans l'ouest de l'île de Montréal. C'est étrange qu'on reste avec la pleine capacité. On se tourne les pouces.

« Il me semble qu'il pourrait y avoir une planification; peut-être les envoyer ailleurs, dans les hôpitaux. »

— Une citation de  François Ostiguy, qui vient de recevoir une troisième dose au Palais des congrès de Montréal

Les gens qui sont mobilisés dans les centres de vaccination sont majoritairement embauchés via la plateforme Je contribue, explique l'attachée de presse du ministre de la Santé, Marjaurie Côté-Boileau. La majorité est constituée d'anciens employés ou cadres du réseau. On fait tout pour que les infirmières soient dans les hôpitaux et les milieux de vie, ajoute-t-elle.

Au CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal, le Syndicat des professionnelles en soins (FIQ) confirme que la plupart des infirmières qui faisaient du temps supplémentaire dans les cliniques de vaccination ont été renvoyées dans les hôpitaux depuis une ou deux semaines.

De nombreux Québécois attendent avant de recevoir la troisième dose

Le ralentissement de la vaccination n'est pas surprenant, selon Christian Merciari, porte-parole du CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal, dont le principal centre de vaccination est le stade olympique.

Le même scénario s'est produit lors de l'administration des premières et des deuxièmes doses, explique-t-il. Un engouement était d'abord constaté et, après quelques semaines, nous constations une diminution de la demande.

« Plusieurs personnes ont reporté leur rendez-vous après avoir fait la maladie. [...] Considérant le taux de positivité sur notre territoire, ceci a un impact important sur l'achalandage de notre site. »

— Une citation de  Christian Merciari, porte-parole du CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal

La santé publique recommande d'attendre de 8 à 12 semaines pour aller chercher la troisième dose après avoir attrapé la COVID-19. Or, comme l'a révélé le Dr Luc Boileau mercredi, deux millions de Québécois ont contracté la maladie depuis décembre.

Une proportion de 52 % des Québécois en âge d'être vaccinés n'ont pas encore reçu la troisième injection, et le gouvernement du Québec veut attendre avant d'imposer ces trois doses sur le passeport vaccinal.

Québec a demandé de maintenir la capacité

Selon nos sources, c'est le ministère de la Santé qui a exigé aux établissements du réseau de maintenir la capacité de vaccination, malgré la diminution de l'achalandage. Par exemple, le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal doit pouvoir vacciner 3000 fois par jour en février, alors qu'il injecte trois fois moins de doses depuis le début du mois.

« Nous ne voulons certainement pas que la capacité de vaccination perde du rythme, alors que la demande pourrait remonter ou encore que les directives de santé publique pourraient évoluer à tout moment, comme nous l’avons vécu en décembre dernier. »

— Une citation de  Marjaurie Côté-Boileau, attachée de presse du ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé

Il est clair que nous sommes à un moment charnière de la vaccination, ajoute la porte-parole du ministre. Nous avons effectivement beaucoup plus d’offre que de demande à ce stade-ci. [...] Nous allons continuer de nous ajuster.

Des vaccinateurs ont notamment été redéployés vers les écoles, alors que la vaccination des 5 à 11 ans tourne au ralenti. Dans cette tranche d'âge, 37 % des enfants n'ont pas reçu de première dose.

Au CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal, qui fait travailler 78 évaluateurs et vaccinateurs par jour pour répondre aux exigences du ministère, on a décidé d'ouvrir des cliniques de vaccination de proximité, la semaine dernière, dans trois centres locaux de services communautaires (CLSC) (Nouvelle fenêtre).

À la fin janvier, le gouvernement a annoncé une stratégie pour atteindre les non-vaccinés sur le terrain.

Selon l'immunologiste André Veillette, chercheur à l'Institut de recherches cliniques de Montréal, les autorités doivent faire plusieurs actions pour accélérer le rythme de la vaccination.

« Répéter et répéter l’importance de la troisième dose. Décider si ça s’applique aussi aux 12-17 ans. Raccourcir le délai de trois mois entre Omicron et le vaccin. Un mois? Et informer que trois doses seront bientôt nécessaires pour le passeport vaccinal. »

— Une citation de  Le Dr André Veillette, immunologiste

Selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, une personne non vaccinée a 6 fois plus de risques de se retrouver à l'hôpital après avoir contracté la COVID-19 et 10 fois plus de risques de finir aux soins intensifs.

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