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Une infirmière contrainte de travailler pendant 24 h à Victoriaville

Une affiche devant l'hôpital indique "merci à nos héros".

L'hôpital Hôtel-Dieu d’Arthabaska, à Victoriaville.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Radio-Canada

Une infirmière de l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska de Victoriaville a été contrainte de travailler pendant 24 h d'affilée en début de semaine. Le syndicat monte aux barricades et craint que la situation se reproduise.

L’infirmière Jeanne Dubois avait initialement accepté de travailler pendant 16 h consécutives. Elle ne se doutait pas qu’elle serait ensuite dans l’obligation de rester en poste pendant huit heures supplémentaires en raison d’absences de dernière minute.

Cette situation est jugée inacceptable par son collègue Dave Allard, qui est aussi agent syndical pour le Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec à Victoriaville.

La situation du TSO [temps supplémentaire obligatoire], actuellement, est problématique. Beaucoup de gens rentrent travailler en ayant l’impression d’être pris en otage. Les gens se disaient tout le temps "mon 16 h est fait, c’est correct, je peux m’en aller chez nous." C’est comme si on venait dire après 16 h, on n’est plus sauf, ça pourrait aller jusqu’à 24 h aussi. Ça a créé une vague assez importante chez nos membres, déplore-t-il.

À sa connaissance, c’est la première fois qu’un employé est contraint de travailler au-delà de 16 h.

Il y a eu un mouvement de solidarité de l’équipe de la travailleuse pour dire "il n’y a pas de bon sens ce qui vient d’arriver là." Pour la qualité des soins, c’est dangereux pour les patients. Quand on travaille au-delà de 16 h, les risques d’erreur sont immenses, soutient-il.

Il souligne aussi que ce genre de pratique comporte des risques pour les travailleurs, car ils restent responsables des erreurs qu’ils pourraient commettre.

« Jusqu’à quel point on peut dire qu’on va garder et tenir les gens responsables des pénuries de personnel? Après 16 h travaillées, elle avait déjà fait sa grande part. »

— Une citation de  Dave Allard, agent syndical pour le Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec à Victoriaville

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec Nathalie Perron abonde dans le même sens.

Pour nous, c’est complètement inadmissible ce qui s’est passé dans cette situation-là, martèle-t-elle. On dit qu’on ne doit pas laisser les patients sans relève compétente, mais là, c’est même mettre à risque les patients, car on n’a plus toute la vigilance. Il faut savoir que ces professionnelles en soins là, ce n’est pas le premier 16 h de la semaine qu’elles font.

Nathalie Perron dehors, dans une journée enneigée.

Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Elle craint que cette nouvelle complique encore plus la pénurie de personnel. 

« Ce n’est pas comme ça qu’on va retenir les gens dans le réseau de la santé publique, ce n’est pas comme ça qu’on va en attirer des nouvelles, et qu’on va faire revenir celles qui sont parties. »

— Une citation de  Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnels en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec

Des conditions de travail qui peuvent nuire à la santé

De trop longues heures de travail peuvent également nuire à la santé, explique le Dr Martin Juneau, cardiologue et directeur de la prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal.

Depuis une dizaine d’années, il y a eu pas mal d’études. [...] Ce qu’on montre, c’est que les gens qui travaillent plus de 55 h par semaine ont tendance à avoir un risque augmenté de certaines maladies cardiovasculaires, remarque-t-il. Des études montrent par exemple que les risques de souffrir d’un accident vasculaire cérébral (AVC) montent de 15 à 20 %, ajoute-t-il.

Le stress chronique, ainsi que les moins bonnes habitudes de vie liées aux longues heures travaillées, pourraient notamment être en cause, explique le Dr Juneau. On ne parle pas d’un risque très très élevé, mais on le voit statistiquement, c’est significatif

Contacté par Radio-Canada, le CIUSSS MCQ a assuré par courriel que le cas de Mme Dubois est isolé. L'établissement de santé évalue présentement les circonstances entourant l’événement pour éviter qu'il ne se reproduise.

Ce n’est pas du tout souhaitable ni dans les pratiques courantes qu’un membre du personnel travaille pendant une période de 24 h[...] Si cela doit se réaliser, ce sera dans un contexte très particulier et exceptionnel par exemple en demandant à une personne de demeurer disponible sur place en lui permettant de se reposer (dormir, manger, etc.) et d’intervenir au besoin en soutien à l’équipe en place, soutient le CIUSSS.

« Nous poursuivons nos efforts au quotidien afin de recruter du personnel et améliorer les conditions de travail de nos employés. »

— Une citation de  Le CIUSSS MCQ

L'infirmière Jeanne Dubois, de son côté, a confié être déçue de son employeur, mais indique comprendre que le contexte actuel est difficile. Elle espère cependant que ce genre de situation ne se reproduira plus.

Avec les informations de Thomas Deshaies

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