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L’itinérance cachée, plus présente qu’on ne le pense en Abitibi-Témiscamingue

La main d'un aîné tendue, avec les ongles noircis.

La population étant plus petite en région, les personnes en situation d'itinérance veulent éviter de se faire reconnaître. (archives)

Photo : Getty Images / mihailomilovanovic

Malgré qu'elle soit moins flagrante que dans les grands centres urbains, l'itinérance existe bel et bien en Abitibi-Témiscamingue, mais elle est souvent cachée.

Je suis pas mal convaincu qu’en Abitibi-Témiscamingue il y a beaucoup plus de personnes qui vivent une situation d’itinérance qu’on le pense, estime Stéphane Grenier, professeur et chercheur à l’UQAT ainsi que bénévole à La Piaule, lieu d'hébergement à Val-d’Or.

Selon Stéphane Grenier, l’itinérance cachée représente la majorité des cas d’itinérance dans la région.

Qu’est-ce que l’itinérance cachée?

Marie-Andrée Gravel, coordonnatrice du programme d’analyse et d’indicateurs sociaux à l’Institut de la statistique du Québec, résume l'itinérance cachée ainsi : Ce sont des gens qui n’ont pas accès permanent à un logement et qui n’utilisent pas les ressources en itinérance et qui ne sont pas dans la rue, affirme-t-elle.

Ainsi, ces personnes vont dormir chez des amis, des membres de la famille, ou d’autres lieux. Souvent, les personnes vivant de l’itinérance cachée ne vont pas se définir comme itinérants.

Je pense à une étudiante que j'avais dans mes cours cet automne qui dormait dans un camping ,dans la roulotte à son oncle, raconte Stéphane Grenier. Et bien c’est une situation d'itinérance. Elle n'avait pas trouvé de lieu pour vivre.

« Ce dont il faut se rappeler, c’est que le phénomène de l’itinérance est présent dans tous les territoires de notre région. »

— Une citation de  Mariella Collini, agente de recherche à l’Observatoire de l’Abitibi-Témiscamingue

La population étant plus petite en région, les personnes en situation d'itinérance veulent éviter de se faire reconnaître.

Vu la stigmatisation, les gens en région sont beaucoup plus, on pourrait dire, gênés d’aller dans les organismes, de demander de l’aide. C’est super difficile pour eux, explique Stacy Legault, coordonnateur à l’Accueil d’Amos.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, 7 % de la population de 15 ans et plus a vécu un épisode d’itinérance cachée au cours de sa vie.

C’est pour ça qu’on a beaucoup de travailleurs de rue qui sont déployés au travers de la MRC pour justement aller chercher ces gens-là. Les gens qui font du couchsurfing un peu, qui vont préférer dormir chez des amis différents chaque jour au lieu de venir dans un endroit chaud avec un bon repas, de peur de se faire juger ou de peur de se faire pointer du doigt, ajoute Stacy Legault.

Par conséquent, la nature de l’itinérance cachée et la mobilité des personnes qui la vivent complexifient le calcul de la prévalence de l’itinérance.

Il y a une part aussi des personnes en situation d’itinérance qui vont changer d’endroits. Ils ne resteront pas nécessairement dans la même ville. Ils peuvent se déplacer dans d’autres villes d’une même région, voire même d’une autre région, précise l’agente de recherche à l’Observatoire de l’Abitibi-Témiscamingue, Mariella Collini.

Nombre de personnes itinérantes différentes accueillies pour une nuitée

Organismes en Abitibi-Témiscamingue

Nombre de personnes pour une nuitée

La Piaule de Val-d’Or

346

La Maison du Soleil Levant à Rouyn-Noranda

221

L’Accueil d’Amos

118

La Maison du Compagnon de La Sarre

69

Groupe Image (secteur de Témiscamingue et de Rouyn-Noranda)

46

L’impact de la pandémie

La fermeture de nombreux établissements durant la pandémie a rendu le phénomène de l'itinérance plus visible, incluant l’itinérance cachée.

Les gens itinérants se mêlaient à la foule et on ne les reconnaissait pas. Là, quand la personne est toute seule dans la rue et n’a plus nulle part où aller. [...] On n’a plus les bars où on peut aller s’asseoir et siroter une bière durant des heures. Ces gens-là, on les voit dans la rue, illustre Stéphane Grenier.

Un homme est accoudé à la rampe d'un balcon.

Stéphane Grenier, bénévole à La Piaule. (archives)

Photo : Radio-Canada

Mariella Collini souligne l’initiative du Centre intégré de santé et services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue, qui compte s’intégrer au dénombrement québécois des personnes itinérantes.

Je pense que ça va vraiment venir éclairer davantage ce phénomène-là qui est complexe. Ça va amener, je pense, des pistes de solutions qui vont être adaptées aux besoins de cette clientèle que nous avons dans la région, conclut Mariella Collini.

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