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Au tour d’Ottawa de dire non au projet Énergie Saguenay de GNL Québec

Steven Guilbeault parle, debout en Chambre.

Steven Guilbeault, ministre de l'Environnement et du Changement climatique, a rejeté le projet Énergie Saguenay de GNL Québec.

Photo : La Presse canadienne / Patrick Doyle

Après Québec, c’est au tour d’Ottawa de fermer la porte au projet d’Énergie Saguenay de GNL Québec. Le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, refuse d'accorder les autorisations fédérales au projet d’exportation de gaz naturel.

Le ministre a signifié le refus du gouvernement à GNL Québec en fin d'après-midi lundi, en s’appuyant sur les conclusions du rapport d’évaluation environnementale de l’Agence d'évaluation d’impact du Canada (AEIC).

Le projet Énergie Saguenay a fait l'objet d'un examen rigoureux qui démontre clairement que les effets négatifs que le projet entraînerait sur l'environnement ne sont en aucun cas justifiables, a déclaré le ministre Guilbeault, par voie de communiqué.

L’agence conclut, dans son rapport déposé en novembre et rendu public lundi, que le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel de GNL Québec au port de Grande-Anse, à La Baie, au Saguenay, entraînerait des effets environnementaux négatifs importants.

L’augmentation des gaz à effet de serre polluants, l’impact du projet sur les mammifères marins, dont le béluga du Saint-Laurent, ainsi que ses effets sur le patrimoine culturel des Premières Nations innues sont pointés du doigt par l'agence.

L'organisme fédéral estime que le projet aurait des effets directs et cumulatifs importants sur le béluga, une espèce qui a une haute importance culturelle pour les communautés innues, peut-on lire dans le rapport.

Après analyse, il a été jugé que les effets négatifs importants potentiels du projet ne sont pas justifiables.

« Le gouvernement du Canada est fier de prendre des décisions fondées sur les meilleures données disponibles. Les décisions doivent également établir un équilibre entre les considérations économiques et environnementales, et respecter les droits des peuples autochtones. »

— Une citation de  Steven Guilbeault

Le projet ne peut ainsi aller de l’avant, sans les autorisations du gouvernement fédéral. GNL Québec pourrait toutefois soumettre une nouvelle proposition de projet, précise le cabinet du ministre.

Une carte indiquant l'emplacement projeté de l'usine Énergie Saguenay.

La carte montre l'emplacement projeté du projet de l'usine Énergie Saguenay.

Photo : Radio-Canada

Le ministre Steven Guilbeault assure qu’il continuera de collaborer avec la population du Saguenay et les investisseurs potentiels pour la réalisation de projets durables sur le plan environnemental qui procurent des avantages économiques à la région.

Le projet de Gazoduq toujours à l'étude

GNL Québec s'est limitée à une courte déclaration, lundi en fin d'après-midi. GNL Québec prend note de la décision du gouvernement fédéral et évaluera les impacts d'une telle décision sur le projet Énergie Saguenay, a-t-on indiqué du côté de l'entreprise.

Rappelons qu’en juillet dernier, Québec avait rejeté le projet d’Énergie Saguenay, après un rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) qui avait jugé que le projet présentait plus de risques que d’avantages.

Malgré le refus du projet d'usine de liquéfaction de GNL Québec par les deux ordres de gouvernement, le gazoduc de 780 km du projet d'exportation de gaz naturel de l'Ouest canadien, qui devait relier le nord-ouest de l'Ontario à l'usine, demeure malgré tout toujours à l'étude par l'AEIC, précise-t-on, du côté du cabinet du ministre Guilbeault.

Cette portion du projet est dirigée par l'entreprise Gazoduq, qui possède la même société mère que GNL Québec.

Les deux projets sont examinés de façon indépendante et l'AEIC ne peut mettre fin au projet que si le promoteur avise l'agence par écrit qu'il n'entend plus réaliser le projet. S'il ne met pas fin au processus d'évaluation, il devra fournir au plus tard le 17 juillet 2023 une étude d'impact contenant les informations et les études requises, ajoute-t-on.

Carte du trajet du gazoduc entre l'Ontario et le Québec.

Le gazoduq pourrait s'étendre sur 782 km de l’Ontario jusqu'au Saguenay en passant par l'Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada

Un refus accueilli sans surprise

Après le refus de Québec, le député conservateur de Chicoutimi-Le Fjord, Richard Martel, a dit ne pas être surpris du rejet du projet d'Énergie Saguenay par Ottawa.

Je ne suis pas surpris que le Canada ait refusé. En plus de ça, le ministre Guilbeault, il n’a jamais appuyé des investissements, surtout pour développer des ressources naturelles, alors je ne suis pas surpris du tout, a-t-il mentionné, en entrevue. Par contre, je suis déçu, je suis déçu, parce que la demande en gaz naturel liquéfié est croissante.

Le député, qui avait appuyé le projet devant le BAPE, estime que le partenariat énergétique entre le Canada et l’Allemagne, annoncé au printemps dernier et qui inclut le gaz naturel, pourrait alors profiter au projet de terminal d’exportation de Goldboro, en Nouvelle-Écosse. À l’été 2021, l’entreprise albertaine, à la tête du projet, Pieridae Energy, avait toutefois annoncé reporter sa décision d’investissement.

Alors, si ça ne passe pas par le Québec, […] je serais très déçu, parce que là présentement, il y a un projet en Nouvelle-Écosse, justement. Alors si ce projet-là était accepté d’exporter du gaz naturel, bien ils passeraient pareil le tuyau, le gazoduc. Il serait fait, il passerait par le Québec, puis nous autres on ne tirerait rien de ça, a-t-il ajouté.

Le député conservateur Richard Martel prend la parole durant la période de questions à la Chambre des communes.

Le député conservateur de Chicoutimi-Le Fjord, Richard Martel

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, qui est également porte-parole du Parti québécois en matière d’Environnement, estime de son côté qu’Ottawa aurait dû stopper l’étude d’impact environnementale après le refus de Québec.

Je ne suis pas vraiment surpris, ce n’était pas un bon projet et le gouvernement fédéral le confirme. Mais il reste que, pour moi, ce n’était pas nécessaire d’avoir l’avis du gouvernement fédéral. C’est une décision qui devait relever uniquement du Québec, depuis le début, particulièrement depuis que le Québec a refusé le projet. Moi, j’ai dénoncé le fait que le gouvernement fédéral poursuivait l’étude malgré tout, a affirmé celui qui s’était opposé au projet devant les commissaires du BAPE.

Groupes environnementaux : une décision accueillie comme une victoire

Des groupes environnementaux qui se sont mobilisés contre le projet de GNL Québec accueillent le rejet d'Ottawa comme une victoire, une ultime étape tant attendue afin de pouvoir tourner définitivement la page sur ce projet, ont-ils déclaré, dans un communiqué commun.

La décision est accueillie comme un soulagement par la Coalition fjord, un organisme citoyen du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui s'est mobilisé contre le projet dans les dernières années.

Il était temps qu’on puisse fermer la porte à ce projet pour tourner la page et se diriger vers une économie verte beaucoup plus prometteuse pour la région, a souligné Adrien Guibert-Barthez, co-porte-parole de la coalition. C’est un soulagement aussi de voir que le travail de centaines de bénévoles a porté fruit et que les luttes citoyennes ont un impact clair sur les politiques climatiques.

Le porte-parole de la Coalition Fjord est assis à la table des questions. D'autres participants se retrouvent derrière lui.

Adrien Guibert-Barthez, co-porte-parole de la Coalition fjord, lors des audiences du BAPE sur le projet d'Énergie Saguenay

Photo : Radio-Canada / Romy Boutin St-Pierre

Greenpeace Canada voit de son côté le refus d'Ottawa comme le résultat du travail des groupes environnementaux, citoyens et des scientifiques.

La décision du gouvernement Trudeau est le clou final dans le cercueil de ce projet. Les gouvernements doivent maintenant appliquer la même logique à tous les autres projets d’expansion de la production de pétrole et de gaz au Québec et au Canada et les rejeter, a affirmé Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie pour l'organisation.

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