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La passion des bains polaires pour garder la tête froide pendant la pandémie

Les bains polaires se sont révélés une activité par excellence pour de nombreux Ontariens afin de combattre le stress et l'anxiété de la pandémie

Un groupe de baigneurs dans le lac Ontario, à la fin janvier.

Des Torontois se rencontrent plusieurs fois par semaine pour s'aventurer quelques minutes dans l'eau froide du lac Ontario.

Photo : Radio-Canada

Sur une petite plage de galets non loin du centre-ville de Toronto, sept baigneurs se sont donné rendez-vous. La température extérieure est de -10 degrés Celsius. Quant à l'eau du lac, elle frôle le point de congélation.

Aujourd'hui, on vient se baigner dans l'eau froide pour prendre un petit "boost" d'énergie, indique Delphine Adenot-Owusu. Nouvellement résidente de Toronto, elle apprivoise les eaux glacées du lac Ontario depuis maintenant deux mois. Elle s'y baigne quatre fois par semaine... parfois plus.

La tenue des baigneurs est minimale. Oubliez la grande combinaison de plongeur ; ils ne portent qu'un maillot de bain. Certains ont des gants et des chaussons de néoprène, mais rien de plus. À quelques secondes de s'aventurer dans l'eau, Delphine exécute des techniques de respiration pour chasser l'anxiété et préparer son corps au choc thermique.

Là j'y vais, tu vois, c'est le moment où en fait tu prends vraiment des longues respirations pour accompagner ton cœur et éviter qu'il ne palpite trop. Et généralement on crie un petit peu pour se donner du courage.

Delphine lâche un cri bien senti, puis s'avance rapide dans l'eau jusqu'à ce que ses épaules soient submergées.

Le groupe reste environ cinq minutes dans l'eau, et parfois un peu plus. Un effort de concentration ultime, accompagné par de longues et lentes respirations. Les participants décrivent l'expérience comme un moment méditatif lors duquel l'esprit se vide complètement.

Dès la sortie de l'eau, les baigneurs ressentent les effets vivifiants. C'est certainement le cas pour Thomas Benedicto : J'ai passé une journée où j'avais un petit peu la tête dans un endroit qui n'était pas terrible, et là j'ai envie de faire la fête toute la soirée.

« Aujourd'hui, elle est bien fraîche, et il n'y a rien de meilleur. Je me sens comme un homme neuf. »

— Une citation de  Thomas Benedicto
Un groupe de personnes sur la plage après leur baignade dans l'eau glacée.

À leur sortie de l'eau, les baigneurs se rhabillent rapidement. Certains se trempent les pieds et les mains dans l'eau chaude, apportée dans des contenants thermiques.

Photo : Radio-Canada

De retour sur la plage, Delphine est saisie par la même vague d'énergie. Les bains polaires sont même devenus une solution pour combattre son anxiété. Débarquée à Toronto au tout début de la pandémie, elle a traversé des mois difficiles, parsemés d'épisodes anxieux, jusqu'à ce qu'elle découvre l'exposition au froid.

« J'ai vu l'effet que ça l'avait sur mon état mental, et je me sens plus forte. J'ai l'impression d'être beaucoup plus heureuse au quotidien. Pour moi, l'aspect santé mentale, ça l'a vraiment été un élément qui a tout changé.  »

— Une citation de  Delphine Adenot

Les bienfaits et les risques

De nombreux bienfaits pour la santé sont associés à la baignade nordique. Les effets anti-inflammatoires sont notamment bien documentés, et surtout bien connus chez les athlètes de haut niveau.

Mais au-delà des bénéfices sur le corps, l'eau glacée aurait aussi un impact sur la santé mentale. Il y a ce qu'on appelle en anglais le runner's high, c'est-à-dire la recherche du buzz d'endorphines, donc la relâche des catécholamines qui sont reliées à tous ces médiateurs-là. Ça donne un peu le même sentiment que lorsqu'on a fait un bon entraînement pis qu'on est calme, zen, et relaxe après, indique le Dr Marc Gosselin, spécialisé en médecine du sport et en premiers soins.

Des études font aussi état de bienfaits chez les gens qui ont un trouble dépressif, si la pratique du bain glacé est régulière.

Évidemment, s'aventurer dans l'eau froide comporte ses risques, comme l'hypothermie. L'activité est aussi contre-indiquée pour certaines personnes, notamment pour les personnes qui souffrent de problèmes cardiaques.

L'augmentation rapide de la tension artérielle, l'augmentation rapide du pouls pourrait déclencher un événement cardiaque, prévient le Dr Gosselin. De manière générale, quelqu'un en bonne santé, sans problème particulier, ne court pas un grand risque en s'exposant au froid dans un environnement contrôlé et sécurisé, note-t-il toutefois.

Une occasion d’affaires

En Ontario, quelques entreprises proposent des thérapies par le froid. Les clients paient une cinquantaine de dollars pour un accès à un bain glacé. Des séances guidées sont aussi offertes, lors desquelles des techniques de respirations y sont enseignées.

Le centre Othership vient d'ouvrir ses portes au centre-ville de Toronto. Ici, quatre grandes baignoires remplies d’une eau à deux degrés sont à la disposition des clients.

Une partie des 300 mètres carrés du centre Othership est dédiée à l'exposition au froid. Quatre grandes baignoires d'eau glacée sont à la disposition des clients pour y effectuer des exercices de respiration et de méditation.

Une partie des 300 mètres carrés du centre Othership est dédiée à l'exposition au froid. Quatre grandes baignoires d'eau glacée sont à la disposition des clients pour y effectuer des exercices de respiration et de méditation.

Photo : (gracieuseté Othership)

Le cofondateur Myles Farmer souhaitait créer un endroit où les personnes intriguées par les bains de glace pourraient s’initier à l’activité, mais dans un environnement contrôlé.

« Les trempettes dans un lac sont un peu plus intimidantes [...] Nous avons développé une approche pour dissiper la peur du froid.  »

— Une citation de  Myles Farmer, cofondateur, Othership

Chez Othership, par exemple, un immense sauna attend les clients une fois leur passage dans l’eau froide terminé.

Déjà, Myles Farmer songe à ouvrir une deuxième adresse à Toronto. Il explore aussi la possibilité de reproduire son concept à Vancouver.

De retour sur les berges du lac Ontario, aussitôt leur saucette terminée, le groupe de baigneurs se rhabille rapidement. Il faut réchauffer le corps, surtout les extrémités.

On sent que le sang dans le corps est froid, mais par contre on a une énergie incroyable. Le sang est froid, mais le cœur est chaud, s'exclame Delphine, le sourire aux lèvres.

Étrangement, elle a trouvé son activité réconfort dans la froideur du lac, en plein hiver.

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