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Jean-Michel Blais passe à l’orchestration sur Aubades, un tonique pour l’esprit

Un homme de profil devant une étendue d'eau et un ciel dans des teintes de bleu et de mauve.

Jean-Michel Blais revient avec « Aubades », un troisième opus lumineux où il passe de pianiste à compositeur.

Photo : Six media marketing inc. / William Arcand

Charles Rioux

Le pianiste Jean-Michel Blais a insufflé un vent de renouveau au genre néoclassique avec ses deux premiers albums de piano minimaliste. Sur Aubades, son troisième album paru vendredi, il ose une première orchestration, écrivant les partitions pour 12 musiciennes et musiciens dirigés par Nicolas Ellis.

On connaissait déjà le talent de Jean-Michel Blais, le pianiste, sans nécessairement se douter que sommeillait également en lui un compositeur accompli. Pour Aubades, son troisième album, le musicien reconnu pour briller en solo a entrepris d’écrire pour 12 personnes.

Au début, j’écrivais pour un orchestre de 120, j’étais parti sur une "chire". Je me suis calmé les nerfs. Avec mes logiciels, je suis capable d’écrire pour bien du monde, explique le sympathique verbomoteur, au bout du fil, à quelques jours de la sortie de son album.

Il s’est finalement limité à 12 instruments, dont 2 violons, un alto, un violoncelle, une clarinette, une contrebasse, un basson et un hautbois. Les musiciennes et les musiciens ont été dirigés par le jeune chef d’orchestre Nicolas Ellis, fondateur de l’Orchestre de l’Agora et assistant de Yannick Nézet-Séguin à l’Orchestre métropolitain.

Aubades, un album pour accueillir la journée

Aubades, comme son titre l’indique, est un album qui a été pensé pour être écouté au petit matin. Le terme aubade est un vieux mot qui désigne une prestation musicale donnée à l'aube en l’honneur de quelqu’un; l’opposé d’une sérénade.

Pendant le confinement, je ne sais pas si je me suis transformé en personne âgée, mais tous les jours, à 5 h, j’étais debout. J’allais courir avant que le soleil se lève, et à 7 h 30, j’avais du pain dans le four, affirme Jean-Michel Blais.

Mon rêve, c’est que quelqu’un se choisisse une toune comme réveille-matin, dit Jean-Michel Blais. C’est un album que je veux lumineux, qui donne du pouvoir, de l’énergie, qui te donne confiance en toi.

Quelque temps avant la pandémie, l’artiste s’était fait évincer de son appartement du Mile-End, qui lui servait aussi de studio d’enregistrement. Une période difficile racontée sur son microalbum Eviction Sessions (2018). Il se remettait aussi d’une séparation, dans son nouvel appartement, trop grand pour lui.

Tout était là pour la dépression. L'album, c'était peut-être un antidépresseur. En découlent 11 titres remplis d’espoir, après deux albums plutôt mélancoliques.

Plus Klô Pelgag que Beethoven

Musicalement, Jean-Michel Blais souhaitait avec Aubades s’éloigner de la conception traditionnelle du classique et du néoclassique, en privilégiant plutôt le métissage des genres. J’ai l’impression qu’aujourd’hui [dans le néoclassique], tout sonne à peu près pareil : piano feutré, minimalisme romantique, des pièces de 3 ou 4 minutes. C’est magnifique, mais il y a autre chose dans la musique, résume-t-il.

Cet album-là, je ne le vois pas comme un album de classique. Je ne sais pas où le placer en fait, mais ce n’est pas nouveau. Tu écoutes le dernier de Klô Pelgag, et l’orchestration là-dedans... Mon album, ça pourrait être un album de Klô sans la voix de Klô.

S’il s’est inspiré de textures musicales de la Renaissance et du Moyen-Âge, il avait aussi en tête des artistes modernes, comme Beirut, Sufjan Stevens et Yann Tiersen, un de ses amis. La chanson Ouessant sur l’album fait d’ailleurs référence à un voyage chez Tiersen sur l’île d’Ouessant, en Bretagne.

Il a également réécouté des classiques comme les Quatre Saisons de Vivaldi ou le Canon de Pachelbel, des airs qui, selon lui, peuvent paraître kitsch aujourd’hui, mais dont la simplicité en fait des œuvres universelles.

C’est direct, c’est facile, c’est peut-être trop pop, pas assez intellectuel, mais je crois que ce que je fais s’inscrit là-dedans. Mes pièces, j’essaie de les travailler, de les raffiner, mais ça reste que le langage musical est assez accessible.

L’aide de Devon Bates et d’Alex Weston, assistant de Philip Glass

Avant de penser à l’orchestration, Jean-Michel Blais a dû faire le ménage dans les quelque 500 improvisations qu’il avait imaginées, seul au piano, pris d’une folle inspiration dès le premier confinement, en mars 2020.

J’ai passé ces 500 extraits au tamis, avec mon ami et producteur Devon Bate, qui m’aide beaucoup. Et on finit par dire "hey, je pense que la vibe du nouvel album, c’est lumineux, puissant, acoustique". [Je ne voulais] plus d’électro, plus d’effets, plus d'échantillonnage, explique-t-il.

Pendant un moment, devant l’ampleur de la tâche, il a pensé confier l’orchestration à une autre personne. J’ai passé du monde en audition, et finalement, j’ai fait "écoute, ça ne sonne plus moi". Dès qu’ils touchent à ça, ce n’est plus Jean-Michel Blais, ça ne m’intéresse pas.

Le musicien a donc appris l’orchestration, notamment grâce à un livre acheté en ligne. Sa première incursion dans cet univers a été facilitée par la technologie, mais aussi par la polyvalence du piano, qui englobe à peu près tous les registres de l'orchestre.

Jean-Michel Blais a également pu compter sur l’aide d’un compositeur de Brooklyn, Alex Weston, qui a longtemps été l’assistant de Philip Glass, figure incontournable de la musique contemporaine. On avait un peu le même rapport. Philip Glass arrive avec ses idées, il écrit, mais [Alex] va peaufiner, corriger, s’assurer que les partitions fonctionnent pour chaque instrument, explique-t-il.

Un tonique pour l’esprit

Dès les premières notes de Murmures, pièce d’ouverture d’Aubades, on peut sentir l’état d’esprit dans lequel Jean-Michel Blais a créé l’album. C'est une œuvre qui se veut apaisante, réconfortante, mais qui peut également agir comme tonique pour l’esprit, surtout après deux années de pandémie. Jean-Michel Blais espère aussi que ses chansons redonneront confiance aux gens.

J'aimerais que les gens se disent : "Hey, Jean-Michel a appris à orchestrer avec cet album-là!" Et qu'ils se demandent : "C’est quoi, moi, la chose que j’ai abandonnée quand j’avais 20 ans, que je suis sûr d’être capable de faire et qui me rendrait une meilleure personne?”, explique-t-il.

Si t’as un rêve et que tu te retrousses les manches, peut-être que les choses vont se placer. J’étais bien déçu quand j’étais jeune d’apprendre que je ne pouvais pas voler. Mais j’ai compris que ce qui est peut-être plus beau, c’est un rêve qui est réalisable.

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