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Analyse

Les deux habits d’Emmanuel Macron

À près de deux mois du premier tour de l’élection présidentielle française, le locataire de l’Élysée n’a toujours pas confirmé qu’il se lançait dans la course.

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Emmanuel Macron a rencontré des élus à Liévin, dans le Pas-de-Calais, au début du mois de février.

Photo : Reuters / POOL

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Veston et cravate sombres. Chemise blanche. Qu’il soit à l’Élysée ou à l'extérieur de la capitale pour visiter des électeurs et des élus, ou dans des rencontres diplomatiques, Emmanuel Macron porte presque toujours le même type de costume.

Avec le rythme de la campagne présidentielle qui s’accélère, une question se pose de plus en plus fréquemment. Quel habit porte Emmanuel Macron lors de ses sorties? Celui de chef de l’État français? Celui d’un président qui se présente à sa réélection? Les deux?

Officiellement, le président se déplace en sa qualité de chef d’État, puisqu’il n’est toujours pas candidat déclaré aux élections.

Les intentions d’Emmanuel Macron font néanmoins peu de doute.

J’ai envie, disait-il début janvier dans le cadre d’un entretien pour le journal Le Parisien. J’annoncerai ma décision en temps voulu, répondait-il fin janvier à un étudiant qui lui demandait s’il avait l’intention de se présenter. Puis, début février, le président expliquait au journal La Voix du Nord qu’il attendait que la pandémie et la crise ukrainienne s'apaisent pour annoncer sa décision.

Outre les déclarations publiques, il y a le travail de coulisse qui offre des indices sur la campagne en préparation.

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Des affiches de la campagne du parti d'Emmanuel Macron sont déjà visibles à Paris.

Photo : Reuters / BENOIT TESSIER

D'abord, des alliés du président ont discrètement lancé un site de campagne. La page nommée avec vous propose un portrait de différents électeurs français et de leurs priorités, sans jamais qu’on y voie la photo ou le nom d’Emmanuel Macron. Il faut cliquer sur les mentions légales pour s’apercevoir que le site appartient à La République en marche, la formation politique de M. Macron.

Puis il y a la question des parrainages d’élus locaux qui sont essentiels pour confirmer une candidature à la présidentielle. Selon les données rendues publiques par le Conseil constitutionnel au début du mois de février, Emmanuel Macron, pourtant toujours pas candidat, a déjà reçu plus que les 500 parrainages nécessaires, un nombre d’appuis que n’a encore recueilli aucun de ses adversaires.

Une ambiguïté qui agace

Faute d’annonce officielle, c’est donc toujours comme chef de l’État français qu’Emmanuel Macron se déplace à travers le pays pour des visites qui ont souvent pour but de défendre son bilan et d’annoncer des investissements.

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La police tient les curieux à l'écart lors de la visite d'Emmanuel Macron à Liévin.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

C’était le cas début février à Liévin et Lens, dans le Pas-de-Calais, où le président a entre autres annoncé l’injection de 200 millions d’euros dans cette région fortement marquée par son passé minier.

Certains, comme une élue socialiste locale que nous avons rencontrée après la visite du président, ne se formalisent pas trop du possible double rôle joué par celui qui vient distribuer les deniers publics.

Nous l'avons accueilli [...], c'est toujours important de s'entendre annoncer des moyens pour pouvoir continuer la rénovation de notre territoire, dit-elle.

Mais pour d’autres, l’ambiguïté a assez duré.

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L'élu du Rassemblement national dans le Pas-de-Calais, Bruno Clavet, demande à Emmanuel Macron d'officialiser sa candidature.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Évidemment, ça pose problème, parce qu’à partir du moment où on est candidat, on engage des frais, évidemment. Et là, aujourd'hui, ces frais-là de campagne sont faits avec l'argent du contribuable parce que c'est avec le chéquier de la République, nous explique Bruno Clavet.

Cet élu régional du Rassemblement national, parti dont la candidate à la présidence Marine Le Pen est elle-même députée dans la région du Pas-de-Calais, demande à Emmanuel Macron de clarifier sa position.

Des propos qui font écho à ceux de Christian Jacob, président du parti Les Républicains, qui a affirmé au journal Le Parisien que la situation actuelle n’était pas loin du détournement de fonds publics.

Une stratégie utilisée à plusieurs reprises

S’il se lance bel et bien, comme il le laisse entendre, Emmanuel Macron ne sera pas le premier président à avoir étiré le suspense.

Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont tous deux annoncé à la mi-février qu’ils entendaient briguer un second mandat à l’Élysée.

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L'ancien président français François Mitterrand.

Photo : Reuters / Charles Platiau

En 1988, François Mitterrand n’avait déclaré sa candidature que le 22 mars, soit environ un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle.

Selon Thomas Legrand, éditorialiste politique à France Inter, Emmanuel Macron, comme ses prédécesseurs, croit que la fonction qu’il occupe lui confère un avantage politique majeur.

Il préfère rester celui qui gère, explique-t-il, plutôt qu’être le candidat qui va dans la bataille au milieu de débats politiques qui, en France, sont toujours très durs, très frontaux.

Le président sortant n’hésite d’ailleurs pas à rappeler les dossiers chauds qui occupent cette fin de mandat : gestion de la pandémie, tensions à la frontière ukrainienne et présidence française du conseil de l’Union européenne.

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Le président français Emmanuel Macron s'entretient avec le président russe Vladimir Poutine lors d'une vidéoconférence.

Photo : Getty Images / MICHEL EULER

Mais attention, avertit Thomas Legrand, en campagne électorale, la fonction de président comporte aussi son lot d’inconvénients.

Tout le monde se coalise contre lui et les critiques fusent, explique l’éditorialiste.

Après cinq ans au pouvoir, il faut après tout défendre son bilan. Dans le cas d’Emmanuel Macron, qui se présente comme centriste, son passage à l’Élysée lui attire des critiques, tant à droite qu’à gauche.

En tête dans les sondages, Emmanuel Macron est néanmoins en bonne position à près de deux mois du premier tour de l’élection.

Dans ce contexte, quand confirmera-t-il qu’il a l’intention de revêtir ses habits de président pour une autre période de cinq ans?

Le suspense, qui n’en est finalement pas vraiment un, ne pourra pas durer éternellement. Les candidats à l’élection présidentielle ont jusqu’au 4 mars pour confirmer leur intention de se présenter.

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