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La police d’Edmonton utilise la technologie de reconnaissance faciale

Une femme regarde une caméra qui scanne son visage et un logiciel lui colle plusieurs critères de reconnaissance.

La technologie de reconnaissance faciale pose des problèmes éthiques en raison des risques de dérives.

Photo : getty images/istockphoto / SDI Productions

Radio-Canada

La police d’Edmonton a recours à la technologie de reconnaissance faciale depuis le début de l’année, a-t-elle indiqué en conférence de presse. Malgré des efforts pour rassurer ceux qui s'inquiètent pour la protection de la vie privée, la police ne convainc pas certains experts, troublés de la banalisation de ce genre de pratique.

Warren Driechel, responsable de la division des technologies de l'information de la police d’Edmonton, a indiqué que cette technologie était utilisée dans deux cadres bien spécifiques.

D'abord pour faciliter l'identification des personnes impliquées dans des enquêtes criminelles et pour aider à identifier de manière positive les personnes placées en garde à vue qui pourraient fournir de fausses informations sur leur identité, explique Warren Driechel, responsable de la division des technologies de l'information de la police d’Edmonton.

La police d'Edmonton se sert du logiciel NeoFace Reveal, créé par l’entreprise texane NEC Corporation of America.

Selon la police d’Edmonton, ce logiciel ne sera pas utilisé dans un cadre de surveillance ou de contrôle. La technologie de reconnaissance faciale ne fonctionne pas activement sur les flux de vidéos en direct ou sur les médias sociaux, dit Warren Driechel. Ce dernier ajoute qu’elle peut cependant être utilisée sur une vidéo de surveillance prise au moment d’actes criminels.

Avec cette annonce, la police d’Edmonton emboîte le pas de la police de Calgary. En 2014, cette dernière a été la première au Canada à annoncer l'utilisation de la reconnaissance faciale. La police d’Edmonton a d'ailleurs ajouté qu'elle partageait une base de données avec la police de Calgary.

Une évaluation en cours

La police d’Edmonton indique avoir soumis il y a plusieurs mois une évaluation des incidences sur la vie privée au Bureau du commissaire à l'information et à la protection de la vie privée de l'Alberta. Elle est toujours dans l’attente d’une réponse.

Mardi, la conférence de presse a débuté par un discours banalisant cette technologie. Le responsable de la division des technologies de l'information de la police d’Edmonton, Warren Driechel, a indiqué qu'elle était comparable à l'analyse des empreintes digitales.

« La reconnaissance faciale existe depuis plus longtemps que nous le pensons, et elle est appliquée de nombreuses manières différentes dans le monde d'aujourd'hui. La plupart d'entre nous l'utilisent tous les jours sur nos téléphones pour se connecter à différentes applications sans vraiment y penser. Des centaines d'organismes d'application de la loi dans le monde utilisent également la reconnaissance faciale pour accélérer leurs enquêtes. »

— Une citation de  Warren Driechel, responsable, division des technologies de l'information, police d’Edmonton.

Des experts inquiets

Cette annonce, comme ce discours, ne rassure pas certains experts. Yuan Stevens, chercheuse au Centre de Lois, de Technologies et de Société à l'Université d'Ottawa, indique qu'il n'est pas clair si l'utilisation de la reconnaissance faciale par les acteurs de la sécurité publique pour prévenir le crime ou pour les enquêtes peut être justifiée. Et certainement pas sans une autorité légale explicite et une autorisation judiciaire, ajoute Yuan Stevens.

La chercheuse se dit tout de même satisfaite que la Police d’Edmonton ait soumis une demande d’évaluation au Bureau du commissaire à l'information et à la protection de la vie privée de l'Alberta.

Selon elle, toutes les polices au Canada devraient faire preuve de transparence même si elles n’y sont pas soumises. Elle plaide d'ailleurs pour que cette évaluation soit rendue publique, car le public doit connaître les risques de cette technologie.

Yuan Stevens insiste sur le fait que des recherches ont montré que cette technologie amplifie la discrimination systémique. Il est largement connu que les systèmes de reconnaissance faciale sont systématiquement biaisés contre les personnes de couleur. Les personnes racialisées sont plus susceptibles d'être arrêtées et accusées de crimes au Canada que les personnes blanches.

Sébastien Gambs, professeur en informatique à l’UQAM et titulaire de la recherche du Canada en analyse respectueuse de la vie privée et des données massives, s’inquiète de la banalisation des technologies de surveillance. Avec la pandémie, il y a eu beaucoup d’outils et de technologie de surveillance qui ne seraient pas passés en temps normaux, qui ont été mis en place et qui commencent à être banalisées. Le gros enjeu c'est de savoir si ces outils resteront après la pandémie.

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