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Le Parti conservateur du Québec fait le plein d’insatisfaits

Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime

Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime

Photo : Radio-Canada

C'est un matin glacial en Beauce et tout semble tourner au ralenti. Dans le centre commercial de Sainte-Marie, les boutiques ne sont pas encore ouvertes, mais dans le corridor, la discussion s'anime : « Je ne suis plus capable, cette phrase-là; c'est mon baromètre », lance une femme d'origine marocaine en s'adressant à un groupe d'une dizaine de personnes.

Il s'agit d'une militante du Parti conservateur du Québec (PCQ) qui a répondu à l'invitation de son chef. Faute de pouvoir tenir de rassemblement, c'est ainsi que se déroule la première rencontre d'Éric Duhaime avec les membres de la nouvelle association locale du parti dans la circonscription de Beauce-Nord.

Le Parti conservateur du Québec semble renaître de ses cendres depuis l'élection de son nouveau chef, Éric Duhaime. Porté par le mécontentement face aux mesures sanitaires et la fatigue pandémique, le Parti qui comptait à peine 500 membres il y a un an en compte maintenant près de 50 000. Le PCC a particulièrement le vent dans les voiles en Beauce, où il arrive deuxième dans les intentions de vote. Reportage de Valérie Gamache.

Quelques heures plus tard, le scénario se répète dans un restaurant de la circonscription de Beauce-Sud. En quelques mois, le parti est parvenu à former des associations dans 105 des 125 circonscriptions électorales du Québec, et en Beauce, chacune d'elles compte plus de 1000 membres.

« C'est toujours le fun de venir en Beauce; on se sent toujours à la maison quand on est conservateur. »

— Une citation de  Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec

Les militants n'ont pas attendu la visite de leur chef avant de se mettre au travail, observe Claude Morin, le maire de Saint-Georges. Cet ancien député de l'Action démocratique du Québec (ADQ) connaît bien les électeurs et les organisateurs politiques de la Beauce, et il constate que l'aiguille politique commence à bouger. L'organisation du Parti libéral est pas mal à terre. Et même à la Coalition avenir Québec (CAQ), les noms que j'ai entendus concernant le PCQ, je sais qu'ils travaillaient pour la CAQ avant, explique-t-il.

Éric Duhaime et des militants en réunion

Le chef du Parti conservateur du Québec rencontre ses militants en Beauce.

Photo : Radio-Canada

Une information qui se vérifie dans les rangs conservateurs : Éric Duhaime avoue à ses membres avoir lui-même voté pour François Legault lors de la dernière élection. Confidence pour confidence, un militant y va de cet aveu à son chef : Je suis membre de la CAQ, mais je ne suis pas membre. C'est un membre qui est fictif. C'est comme une carte des Chevaliers de Colomb, explique l'homme d'affaires.

Le maire de Saint-Georges, Claude Morin

Le maire de Saint-Georges, Claude Morin

Photo : Radio-Canada

Pour l'instant, c'est essentiellement la grogne suscitée par l'imposition des mesures sanitaires qui rassemble les militants sous l'enseigne conservatrice. Cette insatisfaction va inévitablement teinter la campagne électorale, selon Claude Morin. Je pense que cette élection va être différente, puisque l'on sent très fortement une écœurantite aiguë, et ça s'est développé en sentiment anti-CAQ, avance le politicien.

La bataille contre les mesures sanitaires, et après?

Si le PCQ peut compter sur l'appui de caquistes déçus, il en va autrement de celui des militants conservateurs fédéraux. Même si, sur la scène fédérale, de Maxime Bernier à Richard Lehoux, les conservateurs règnent sur la Beauce depuis plus de 15 ans, l'organisation du Parti conservateur du Canada (PCC) en Beauce prend ses distances avec la branche provinciale. Je ne vois aucune alliance et aucune relation entre les deux. Ce qui est conservateur fédéral, ce n'est pas les mêmes valeurs tout à fait, affirme Jasmin Boutin, vice-président de l'association du PCC en Beauce.

Jasmin Boutin, vice-président de l'Association du Parti conservateur du Canada en Beauce

Jasmin Boutin, vice-président de l'Association du Parti conservateur du Canada en Beauce

Photo : Radio-Canada

L'homme met en garde ceux qui seraient séduits par le discours antimesures sanitaires. Tout le monde est tanné de la pandémie, mais de là à se réfugier rapidement dans un parti juste pour des frustrations, non. Le lendemain de la pandémie, on veut être où? On s'en va où? On a encore des projets sur la table. Il ne faut pas juste que ce soit un feu de paille, explique l'acériculteur.

« Pour ma part, je pense qu'il n'y a aucune ressemblance entre le Parti conservateur du Canada et celui du Québec; la ligne de parti n'est vraiment pas la même. »

— Une citation de  Jasmin Boutin, vice-président de l'Association du Parti conservateur du Canada en Beauce

Pourtant, les projections actuelles ont de quoi fouetter les troupes beauceronnes. Les projections que nous avons présentement indiquent que le PCQ serait en deuxième position dans les projections derrière la CAQ dans Beauce-Nord et Beauce-Sud, explique Philippe J. Fournier, créateur du site d'analyse de sondages Qc125.com.

Et les derniers sondages démontrent que la Beauce n'est pas un phénomène isolé : On remarque que c'est dans la grande région de Québec que les appuis du PCQ sont les plus élevés; plus particulièrement les couronnes de Québec et les circonscriptions sur la Rive-Sud comme Lévis et Chute-de-la-Chaudière, précise l'analyste.

Si l'engouement semble se limiter à quelques circonscriptions, les électeurs conservateurs sont dispersés partout au Québec, exception faite de Montréal. Le parti, qui réunissait à peine 500 membres il y a un an, en compte maintenant près de 50 000.

« L'électeur type est un peu plus jeune que la moyenne. Il est majoritairement mâle et il habite soit dans les banlieues ou les régions du Québec. »

— Une citation de  Philippe J. Fournier, créateur du site Qc125.com

À huit mois de l'élection, bien malin celui qui peut prédire à quelle position les conservateurs québécois franchiront la ligne d'arrivée, ou même s'ils seront véritablement de la course. M. Duhaime et son parti profitent énormément du contexte actuel. Est-ce que ça va durer? Nous ne le savons pas, mais je dirais que si j'étais M. Legault, je surveillerais quelques circonscriptions dans la région de Québec, parce que ça pourrait venir brouiller les cartes, conclut Philippe J. Fournier.

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