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Quel sera l’impact des changements climatiques sur les Prairies?

Une route sèche dans la prairie.

Les modèles climatiques indiquent que les conditions de sécheresse deviendront plus fréquentes dans les Prairies.

Photo : Radio-Canada / Richard Agecoutay

Radio-Canada

Les signes des changements climatiques sont indéniables. À l’échelle mondiale, les températures moyennes annuelles ont augmenté de plus de 1 degré Celsius depuis 1880. Les changements ont été encore plus importants au Canada, notamment dans les Prairies.

Le chercheur d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) Nathan Gillett explique que l'Arctique est la région du Canada où le réchauffement est le plus prononcé. Toutefois, les Prairies se réchauffent aussi rapidement.

L’Alberta et la Saskatchewan ont enregistré un réchauffement de 1,9 °C depuis le milieu du 20e siècle, affirme Nathan Gillett, et on prévoit que ces régions vont continuer à se réchauffer plus rapidement que la moyenne mondiale.

L'étude Le Canada dans un climat en changement : Le rapport sur les perspectives régionales , d’ECCC, évalue que les températures moyennes mondiales vont continuer d'augmenter d'ici 2100. Elle explore aussi la façon dont divers scénarios de réchauffement se traduiront en Alberta et en Saskatchewan.

Si les émissions de gaz à effet de serre baissent de manière importante, les chercheurs prévoient une augmentation de 1 °C supplémentaire. Mais à l'inverse, si les émissions restent à leur niveau actuel, la Terre subira un réchauffement de 3,7 °C.

Changements météorologiques

Avec des températures moyennes plus élevées, les hivers seront plus courts et plus chauds, avec des hivers plus froids à l'occasion.

Les étés seront eux aussi plus chauds, avec des vagues de chaleur plus intenses.

Les Prairies pourront également s’attendre à davantage de précipitations.

« Quand l’atmosphère se réchauffe, elle peut retenir davantage d’humidité, ce qui cause des précipitations plus intenses. »

— Une citation de  Nathan Gillett, chercheur scientifique à Environnement et Changement climatique Canada

Nathan Gillett souligne qu’il y aura donc des orages plus importants qui apporteront plus de pluie dans les Prairies.

Vue aérienne d'une ferme inondée.

Une ferme inondée près de Gainsborough, dans le sud-est de la Saskatchewan (archives)

Photo : La Presse canadienne / Don Healy

Il prévoit une augmentation de la fréquence des événements de pluies torrentielles extrêmes, des catastrophes qui ne surviennent présentement qu’une seule fois par décennie.

La fréquence de telles catastrophes pourrait augmenter de 20 % dans un scénario où le niveau d’émissions est élevé. L'augmentation serait de 5 % s'il y a un niveau faible d’émissions de gaz à effet de serre.

Nathan Gillett rappelle que ces événements de pluies extrêmes peuvent causer des inondations urbaines, comme celles qu'a connues la Colombie-Britannique en 2021.

Même s'il y aura davantage de précipitations, les scientifiques prévoient que les sécheresses seront plus fréquentes et plus intenses. Ils prévoient aussi des déficits d’humidité des sols dans le sud des Prairies.

Selon le directeur du Prairie Adaptation Research Collaborative, David Sauchyn, ces deux phénomènes peuvent coexister.

Les modèles prédisent que les précipitations accrues tomberont surtout sous forme de pluie au printemps et en hiver. Cela fera fondre une partie de la neige avant le printemps.

Cependant, la fonte des neiges uniforme au printemps est ce qui permet au sol de se réapprovisionner avant la saison agricole. Ce phénomène est déterminant pour les récoltes des Prairies.

Les scientifiques prédisent également qu'il y aura moins de précipitations pendant l'été, une saison cruciale pour les agriculteurs. Ces averses en été vont également s’évaporer plus rapidement.

David Sauchyn dans la prairie en hiver.

Le directeur du Prairie Adaptation Research Center de l'Université de Regina, David Sauchyn, explique que davantage de précipitations tomberont sous forme de pluie en hiver et au printemps.

Photo : Matt Duguid/CBC

David Sauchyn ajoute que des changements dans le manteau neigeux des Rocheuses pourraient également faire baisser le débit des rivières qui ruissellent des Rocheuses en été.

La biodiversité

Selon le chercheur en biodiversité de l’Université du Nebraska John Gamon, la flore des Prairies est très sensible aux moindres changements de températures et d’humidité. Ces changements peuvent complètement modifier les écosystèmes.

David Sauchyn affirme que les forêts du sud des Prairies, telles que Cypress Hills et Moose Mountain, pourraient disparaître d'ici 2050. Les écosystèmes au pied des Rocheuses sont également en voie de disparition.

L’écosystème des Prairies pourrait aussi s’étendre vers le nord. Les conifères qui dominent présentement la partie sud de la forêt boréale pourraient ainsi disparaître. Ils laisseront ainsi leur place à des écosystèmes mieux adaptés aux nouvelles conditions climatiques de la région.

Carte des écosystèmes en Alberta, montrant des changements importants de 2005 à 2050.

Des écosystèmes projetés en Alberta dans un scénario où les émissions de gaz à effet de serre seront à un niveau moyen.

Photo : Le Canada dans un climat en changement/Rapport sur les perspectives régionales

La biologiste de la Wildlife Conservation Society of Canada Chrystal Mantyka-Pringle affirme que les espèces devront s’adapter ou mourir en évoquant les changements climatiques.

Elle explique que la faune et la flore des Prairies devront aussi résister à l'arrivée d'espèces envahissantes et à la pollution qui contamine leur habitat naturel.

Chrystal Mantyka-Pringle remarque que certaines espèces semblent sortir gagnantes de ces bouleversements, notamment les oiseaux des zones humides et les oiseaux de proie, qui connaissent une grande croissance démographique.

Par contre, la population des oiseaux des Prairies a grandement diminué, tout comme celle des insectivores aériens et des insectes.

Chrystal Mantyka-Pringle souligne que les animaux dont le système reproducteur est plus lent auront des difficultés à s’adapter. Ces derniers vont probablement disparaître pour faire place à des espèces généralistes.

Un cerf de Virginie dans la prairie.

De plus en plus d'animaux vivant habituellement dans le sud du Canada s'installent dans les Prairies canadiennes, notamment le cerf de Virginie.

Photo : Associated Press

Le professeur de sciences biologiques de l’Université de l’Alberta Eric Bayne souligne que plusieurs espèces vont se déplacer vers le nord. Ce phénomène s'est déjà produit le siècle dernier avec l'arrivée du cerf de Virginie dans les Prairies. Cet animal peut maintenant survivre ici, car l'hiver y est moins rude qu’auparavant.

Les événements météorologiques extrêmes touchent aussi les animaux. Ces bouleversements causent un grand nombre de morts subites.

Comme ces populations sont déjà affaiblies par les autres effets des nombreux changements climatiques, elles ont plus de difficulté à se repeupler.

Avec des informations de Christy Climenhaga

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