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Erin O’Toole démis comme chef, Candice Bergen assurera l’intérim

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Erin O'Toole a perdu son vote de confiance.

Photo : La Presse canadienne / PATRICK DOYLE

Radio-Canada

Erin O'Toole s'incline. Évincé de ses fonctions de chef du Parti conservateur du Canada (PCC) et de chef de l'opposition officielle à la Chambre des communes, le député de Durham a lancé mercredi après-midi un appel à l'unité de sa formation politique et a promis d'être fidèle à celui ou celle qui lui succédera.

M. O'Toole a été démis de ses fonctions plus tôt dans la journée, le caucus conservateur ayant décidé de lui montrer la porte, un peu plus de quatre mois après sa défaite électorale.

Selon les résultats du vote de confiance, 73 députés conservateurs ont refusé d'appuyer M. O'Toole, alors que 45 élus étaient prêts à lui donner une seconde chance. Son président, Scott Reid, n'a pas voté.

Les partisans de la destitution de M. O'Toole ont donc obtenu 61,8 % des votes exprimés au terme d'une séance virtuelle du caucus qui s'est étirée sur plus de trois heures.

Pour demeurer en selle, il lui aurait fallu récolter plus de 50 % d'appuis.

O'Toole restera député

Dans une vidéo de six minutes mise en ligne mercredi après-midi sur les réseaux sociaux, le principal intéressé a confirmé avoir remis sa démission à titre de chef du PCC et de l'opposition officielle aux Communes.

Digne, M. O'Toole a notamment fait valoir que le Canada avait besoin d'un Parti conservateur qui soit à la fois une force intellectuelle et une force gouvernante.

« L'idéologie sans le pouvoir, c'est de la vanité. Aspirer au pouvoir sans idéologie, c'est de l'orgueil. »

— Une citation de  Erin O'Toole

Ce que les Canadiens méritent d'un Parti conservateur, c'est l'équilibre, les idées et l'inspiration, a résumé M. O'Toole.

Car le Canada traverse une période difficile de son histoire, selon lui. Il suffit de se promener dans la rue devant le parlement pour voir à quel point nous sommes divisés, a illustré le chef déchu, faisant référence aux camionneurs qui manifestent bruyamment à Ottawa depuis plusieurs jours maintenant.

Audi alteram partem; écoutez l'autre côté, pas seulement les voix de votre propre tribu, a lancé M. O'Toole dans un message destiné à ses troupes, au premier ministre et aux autres parlementaires.

L'ex-militaire et avocat a par ailleurs confirmé qu'il continuera de siéger à titre de simple député, faisant valoir qu'il n'y [avait] pas de mauvais siège à la Chambre des communes. Il a également promis un soutien et une loyauté inébranlable au prochain chef du PCC. Occuper cette fonction, dit-il, aura été l'honneur de sa vie.

M. O'Toole était chef du PCC depuis sa victoire contre l'ex-ministre Peter MacKay lors d'une course au leadership qui s'est conclue en août 2020. Il avait succédé à Andrew Scheer, poussé à la démission après avoir échoué à renverser les libéraux lors des élections d'octobre 2019.

Candice Bergen assurera l'intérim

En attendant de se trouver un nouveau chef au terme d'une nouvelle course à la direction – la troisième depuis le départ de Stephen Harper après sa défaite électorale de 2015 –, les conservateurs seront dirigés par Candice Bergen.

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Candice Bergen était la cheffe adjointe du Parti conservateur.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

La députée manitobaine, qui était déjà cheffe adjointe du PCC, a été élue cheffe intérimaire par le caucus en soirée.

Neuf personnes étaient sur les rangs. L'identité des aspirants n'a pas été divulguée, mais plus tôt dans la journée, les députés John Williamson, Tom Kmiec et Kerry-Lynne Findlay avaient fait part publiquement de leurs intentions.

La constitution du PCC stipule clairement qu'une personne nommée comme chef intérimaire ne peut être ou devenir un candidat au processus de sélection du chef. Il était donc certain que des poids lourds tentés par le leadership préféreraient passer leur tour pour cette tâche.

Une procédure utilisée pour la première fois

L'éviction d'Erin O'Toole a été rendue possible en raison d'une loi adoptée en 2014 à l'initiative du député conservateur Michael Chong qui permet à un groupe parlementaire de tenir un vote de confiance envers son chef lorsque 20 % de ses membres écrivent au président de leur caucus pour l'exiger.

Les conservateurs avaient choisi de se prévaloir de cette option lors d’un vote tenu au cours de la première réunion après l’élection fédérale du 20 septembre.

C'est la première fois qu’un groupe parlementaire utilise ce pouvoir pour se débarrasser de son chef.

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Le député Chris Warkentin est à l'origine du mouvement ayant mené au renvoi d'Erin O'Toole à titre de chef du Parti conservateur.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Selon nos informations, c'est le député albertain de Grande Prairie–Mackenzie, Chris Warkentin, qui a pris l'initiative du mouvement. Il avait récolté l'appui de 35 députés.

Les dissidents qui l'ont signée sont essentiellement issus de l’aile religieuse du parti, frustrée de l’adoption par consentement unanime de la loi bannissant les thérapies de conversion avant Noël.

Des volte-face de M. O'Toole sur d'autres sujets litigieux – la taxe carbone, le contrôle des armes à feu... – visant à rapprocher le parti du centre de l'échiquier politique auraient aussi alimenté la fronde.

Lors de la période de questions aux Communes, le premier ministre et chef libéral Justin Trudeau a eu de bons mots pour son ancien adversaire. Nous n'étions pas d'accord sur beaucoup de choses, mais il a servi son pays, et je tiens à le remercier pour les sacrifices qu’il a faits, a-t-il souligné.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a abondé dans le même sens sur Twitter. C'est un jour difficile pour M. O'Toole et sa famille. Nous sommes en profond désaccord sur bien des sujets. Tous ceux qui s'engagent en politique le font pour servir leurs communautés. Je remercie M. O'Toole pour les services qu'il a rendus à son parti.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a aussi salué la sincérité et la rigueur de l'engagement de M. O'Toole.

Enfin, Maxime Bernier – qui a quitté le PCC pour fonder le Parti populaire du Canada (PPC) à la suite de sa défaite in extremis aux mains d'Andrew Scheer lors de la course à la direction de 2017 – a fait savoir à ses partisans que le départ d'Erin O'Toole n'aurait aucune incidence sur ses propres visées politiques.

Le Parti conservateur est toujours le même parti [qu'il a quitté en 2018], quel qu'en soit le chef, a-t-il indiqué dans un courriel transmis aux membres du PPC, mercredi.

Chef depuis 18 mois

Erin O'Toole, âgé de 49 ans, avait pris la direction du parti en août 2020. Cet avocat de société et ancien combattant de l'armée de l'air, né à Montréal en 1973, a été élu pour la première fois aux Communes en 2012, lors d'une élection partielle dans la circonscription ontarienne de Durham, où son père avait déjà été député provincial.

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Erin O'Toole faisant son arrivée aux Communes aux bras de l'ancien premier ministre Stephen Harper et de l'ancien ministre des Finances Jim Flaherty, en 2012.

Photo : Radio-Canada / FRED CHARTRAND

M. O'Toole a été ministre des Anciens Combattants dans le gouvernement de Stephen Harper jusqu'à la défaite des conservateurs aux mains des libéraux en 2015. Il avait brigué une première fois la chefferie en 2017, mais il avait terminé troisième, derrière Andrew Scheer et Maxime Bernier.

Ses détracteurs lui reprochaient surtout le fait que lors de la course à la chefferie de 2020, il s'était positionné comme le vrai bleu, devant son adversaire Peter MacKay. Cet ancien député de la Nouvelle-Écosse avait été chef du Parti progressiste-conservateur avant que ce dernier fusionne avec l'Alliance canadienne pour former l'actuel Parti conservateur du Canada.

Une fois élu, M. O'Toole a cependant voulu imposer des changements qu'il jugeait nécessaires afin de faire des gains dans des régions riches en votes, comme le Grand Toronto. Dans sa volonté de moderniser le parti et de s'éloigner de l'image de M. Scheer, le nouveau chef a mis de l'avant son appui au droit à l'avortement et aux droits des personnes LGBTQ+.

Il a également appuyé la tarification du carbone, alors que plusieurs députés de son parti s'étaient battus pendant des années contre la « taxe carbone » des libéraux. D'autres électeurs ont aussi été échaudés par des positions d'Erin O'Toole, comme les propriétaires d'armes à feu et les « conservateurs sociaux », qui ont vu leur chef changer de cap sur diverses promesses au beau milieu de la campagne électorale de 2021.

D'autres ont souligné qu'au bout du compte, le parti avait obtenu deux sièges de moins qu'avec Andrew Scheer et que les gains essentiels dans les grandes villes et les banlieues ne s'étaient pas matérialisés malgré le « recentrage » effectué par M. O'Toole.

Bannière

Depuis la défaite électorale de septembre 2021, M. O'Toole peinait à rallier son caucus autour de sujets importants, comme la vaccination obligatoire, à laquelle s'opposent fermement plusieurs députés conservateurs.

Avec les informations de La Presse canadienne

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