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Le programme d’immersion française une fois de plus menacé au Nouveau-Brunswick

On propose de remplacer l'immersion par un autre programme plus inclusif.

Des élèves couchés sur le plancher dans une salle de classe remplissent un questionnaire.

Selon les commissaires, l'immersion crée des inégalités entre les élèves (archives).

Photo : CBC/Sherry Vivian

Les commissaires chargés de réviser la Loi sur les langues officielles recommandent l'abolition du programme d'immersion française au Nouveau-Brunswick. Les commissaires Yvette Finn et John McLaughlin estiment que l'immersion française fonctionne, mais que le programme crée des inégalités, car tous les élèves n'y sont pas inscrits.

Après la révision de la Loi sur les langues officielles, les commissaires ont partagé mercredi un autre rapport d’envergure sur l'apprentissage de la langue seconde.

Ils recommandent notamment de créer un nouveau programme qui remplacerait tous les programmes de français langue seconde dans le secteur anglophone, y compris l'immersion en français, précisent Yvette Finn et John McLaughlin par courriel.

L'objectif est d'améliorer les compétences en français d'une majorité d'élèves.

John McLaughlin et Yvette Finn

John McLaughlin et la juge Yvette Finn ont déposé leur rapport sur l'amélioration de l'apprentissage des deux langues officielles au Nouveau-Brunswick.

Photo : Gracieuseté

Ainsi, ce nouveau programme mettrait l'accent sur des expériences d’apprentissage linguistique enrichissantes, avec des possibilités pour les élèves d’exercer leur français dans des activités et des cadres authentiques.

La recommandation, qui comporte plusieurs facettes, doit toutefois être étudiée avec précaution, avise les commissaires. Ils concèdent que des changements brusques au programme d'immersion française sont à éviter, étant donné qu'il a déjà subi d'importantes modifications dans les 10 dernières années.

Malgré tout, John McLaughlin pense que quelque chose doit changer et ce, pour que tous les élèves anglophones aient la même qualité d'enseignement. Avant d'opérer un tel changement, il appelle le gouvernement à faire ses devoirs, et à échanger avec le personnel de l'éducation et les parents.

Dans une déclaration écrite, un porte-parole du ministère de l'Éducation du Nouveau-Brunswick indique que le rapport est en cours d'examen. Il ne veut donc pas se prononcer sur l'ensemble des recommandations pour le moment.

Selon des données récentes recueillies par le ministère et énoncées dans le rapport, environ 20 % des élèves inscrits au programme d’immersion précoce en français le quittent avant la fin de leurs études secondaires.

Une recommandation qui surprend

Robert Bernier.

Robert Bernier, directeur de Canadian Parents for French au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

On ne comprend pas trop pourquoi on enlèverait l’immersion, dit, surpris, Robert Bernier, directeur de l’organisme Canadian Parents for French du Nouveau-Brunswick. Il attend toutefois la décision du ministère de l’Éducation de la province.

Ils veulent donner l’opportunité à tout le monde d’apprendre le français, signale-t-il, mais selon lui, tous les parents ne veulent pas que leurs enfants l’apprennent. S’ils veulent tout le monde qui parle français, il va falloir qu’ils commencent à convaincre les parents que le français est important pour tout le monde.

À son avis, si l'on souhaite augmenter la proportion d’anglophones qui ont une connaissance adéquate du français, il faudrait non pas mettre fin au programme d’immersion, mais plutôt bonifier le programme de français intensif offert dans la province.

Les commentaires reçus de la part de la collectivité soulignent le manque d’options de cours à l’école secondaire ou un encore, un désir d’étudier des matières comme les sciences ou les mathématiques en anglais.

Une autre statistique qui résonne : 60 % des élèves du secteur anglophone ne prennent pas part au programme d’immersion. Leurs compétences linguistiques sont donc extrêmement faibles, écrivent les commissaires.

Or, d’après eux, c'est un mythe de penser que ce programme ne fonctionne pas. Les évaluations du ministère, telles que présentées dans le rapport, indiquent que 90 % des élèves qui achèvent le programme atteignent un niveau intermédiaire en français. Autrement dit, ils sont capables de maintenir une conversation dans leur langue seconde.

La francisation des personnes allophones

En prenant part aux consultations publiques et en menant des recherches, les commissaires ont remarqué un manque de fonds et de ressources en francisation.

De plus, une intégration réussie des personnes allophones ou des nouveaux arrivants repose également sur l’implication de la communauté, soulève la juge Finn.

Si on veut les intégrer comme parties prenantes au Nouveau-Brunswick, il faut qu’on s’assure qu’ils aient non seulement l’occasion d’apprendre la langue, mais l’occasion de vivre, par exemple, en français. Et ça, c’est pas évident, et ça dépend évidemment d'où ils vont s’installer, soutient-elle.

Dans la région du Grand Moncton, les gens nous ont dit : "on attrape l’anglais comme on attrape le rhume”, ajoute la commissaire.

Mieux évaluer le niveau de langue

Selon les commissaires, il est important de créer des balises pour que les personnes sachent réellement quel est leur niveau dans l'une ou l'autre des langues officielles de la province.

Ils proposent d'adopter le Cadre européen commun de référence des langues, qui intègrent trois paliers de compétences. Il est connu et utilisé dans plusieurs pays, argue Yvette Finn. Nous devrions être en mesure de s'auto-évaluer et de savoir quel est notre niveau de compétence [dans une langue].

Le rapport mentionne d'ailleurs que ce cadre permet aux apprenants et aux travailleurs de suivre leur amélioration dans le temps.

Poursuivre l’apprentissage à l’âge adulte

Les commissaires sont conscients qu’une part considérable de l’apprentissage d’une langue seconde s’opère à l'intérieur des murs de l'école.

Néanmoins, la juge Yvette Finn et John McLaughlin estiment qu'il faudrait des programmes de perfectionnement à l'extérieur du système éducatif.

« Il faut penser un peu plus large et, dans les communautés, prévoir des programmes où on pourrait améliorer notre français ou notre anglais. »

— Une citation de  Juge Yvette Finn, commissaire

Ils ont observé que beaucoup d’adultes sont unilingues dans la province. Selon les plus récentes données de Statistique Canada, 33,9 % de la population néo-brunswickoise est considérée comme étant bilingue.

Néanmoins, environ 73 % des francophones peuvent parler les deux langues, alors que cette même proportion chez les anglophones atteint 15,8 %.

Un deuxième contrat social, pense la SANB

On peut être contents du résultat, il y a des composantes importantes pour la communauté acadienne et francophone, lance d’emblée Alexandre Cédric Doucet, président de la Société acadienne du Nouveau-Brunswick.

Je pense que ce rapport c’est un peu comme un deuxième contrat social entre les deux communautés linguistiques officielles poursuit-il.

Alexandre Cédric Doucet appuie entre autres la création de centres d’excellence, ça peut être intéressant pour l’Université de Moncton, qui est une institution acadienne, poursuit-il. Ces centres auraient pour portée d’offrir des programmes d’apprentissage linguistique pour la population adulte de la province et de positionner le Nouveau-Brunswick comme véritable chef de file, souligne le rapport.

La SANB attend toutefois de connaître les intentions du gouvernement dans le processus de révision de la Loi sur les langues officielles.

Avec des informations de Pascal Raiche-Nogue

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