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« Ce n’est pas en rouspétant qu’on va en finir avec la pandémie », lance Trudeau

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Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau (archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Les camionneurs qui poursuivent leur manifestation à Ottawa ne sont qu'une « petite minorité marginalisée » et déconnectée de l'opinion majoritaire des Canadiens, a estimé lundi Justin Trudeau dans sa première sortie depuis le début du mouvement de protestation.

Tous les Canadiens ont le droit d'exprimer leur opinion ou leur désaccord avec leur gouvernement, a dit le premier ministre, qui s'exprimait depuis la résidence de fonction du lac Mousseau, à Chelsea, au Québec. Mais, ils n'ont pas le droit de menacer ou de harceler leurs concitoyens, ni de propager des messages de haine.

Le premier ministre s'est fait fort de souligner tous les éléments les plus choquants survenus lors de la manifestation pour dénigrer les manifestants, évoquant la profanation de monuments, dont la tombe du Soldat inconnu et la statue de Terry Fox, et l'utilisation de symboles racistes, dont la croix gammée des nazis.

La haine n'est pas la solution, a encore dit Justin Trudeau, avant d'assurer que son gouvernement ne sera pas intimidé par ceux qui lancent des injures aux travailleurs des petites entreprises et qui volent la nourriture des sans-abri.

« Nous n'allons pas céder devant ceux qui brandissent des drapeaux racistes. Nous n'allons pas céder devant ceux qui font du vandalisme ou qui déshonorent nos anciens combattants. »

— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Le premier ministre a plaidé pour la fin de tous ces gestes répréhensibles, et a appelé ceux et celles qui se sont joints au convoi, mais qui sont contre les moyens préconisés par des protestataires, à prendre la parole pour dénoncer l'intolérance et la haine.

Soucieux de ne pas se mettre à dos toute la communauté des camionneurs, le premier ministre a cependant souligné que 90 % d'entre eux sont vaccinés et il les a remerciés pour les services rendus aux Canadiens. Les comportements qu'on a vus cette fin de semaine ne vous représentent pas, a-t-il dit.

« Ce n'est pas en rouspétant qu'on va en finir avec cette pandémie. C'est en se faisant vacciner et en écoutant les meilleurs conseils de la santé publique. »

— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du Canada

M. Trudeau a aussi profité de l'occasion pour inviter les politiciens qui exploitent les peurs des gens à réfléchir aux conséquences de leurs actions. Le chef conservateur, Erin O'Toole, et le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, sont au nombre de ceux qui n'ont pas fait preuve de leadership politique, a-t-il accusé.

Plus tard, lors de la période de questions aux Communes, M. Trudeau a demandé aux derniers manifestants à Ottawa de quitter les lieux. Ce dont on a besoin, c’est que les gens rentrent chez eux, leur message est passé, a-t-il dit.

Il a souligné qu'il allait toujours défendre le droit de manifester pacifiquement, mais que personne n'a le droit d'agresser ou d'intimider des gens, voire de s'attaquer aux principes démocratiques de base.

La fin de semaine a été bruyante à Ottawa, les camionneurs manifestaient contre l'obligation d'être vacciné pour entrer au Canada et ça s'est transformé en manifestation contre les mesures sanitaires, ils sont toujours là, en pleine rentrée parlementaire à la Chambre des communes.

Le lieu d'où M. Trudeau s'est adressé aux Canadiens n'a été dévoilé qu'après la conférence de presse, pour des questions de sécurité. Samedi, M. Trudeau et sa famille avaient été contraints de quitter leur résidence habituelle de Rideau Cottage, mais leur destination n'avait pas été révélée.

Commentant les intentions des camionneurs la semaine dernière, M. Trudeau avait qualifié les manifestants de petite minorité de gens qui ne parlent ni pour les camionneurs ni pour les autres Canadiens, qui continuent à ralentir notre sortie de cette pandémie.

Cette déclaration a visiblement braqué des manifestants, qui y faisaient référence sur des pancartes qu'ils brandissaient dans les rues de la capitale nationale en fin de semaine.

Ce n’est pas vrai. Nous sommes des gens bien, a commenté l'un d'eux, Alex Fredman. Évidemment, il y a des gens mauvais, désordonnés et des fêtards. Il y a toutes sortes de gens. Mais nous sommes des gens bien, qui se réunissent, qui ont les mêmes idées. La minorité tente de s’exprimer.

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De nombreux manifestants n'ont aucune intention de quitter le centre-ville d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Vous devez retourner maintenant, dit Jagmeet Singh

Dans un point de presse en matinée, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a plaidé sans détour pour le départ des manifestants. Ces derniers ne sont pas représentatifs des camionneurs du pays, largement vaccinés, qui sont davantage préoccupés par leurs conditions de travail.

Vous avez envoyé votre message, vous devez retourner maintenant, a-t-il dit, soutenant que le convoi des camionneurs crée le pire "lockdown" vécu depuis le début de la pandémie par la population d'Ottawa, cloîtrée malgré elle.

Selon M. Singh, les organisateurs de la manifestation sont clairement des gens d’extrême droite qui veulent diviser la population et qui ont exploité la frustration des gens. Il a aussi dénoncé des actes répréhensibles qui se sont produits en fin de semaine.

« Je suis d’accord qu'on ne peut [qualifier] tous les gens là avec un mot, mais on a vu des drapeaux nazis. Et si jamais vous voyez un drapeau nazi, vous ne devez pas continuer avec cette manifestation, vous devez être de l’autre côté. Ce n’est pas quelque chose d’acceptable. »

— Une citation de  Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

Le chef du NPD a tout de même assuré comprendre qu'il existe une grande frustration partout au pays, y compris parmi les gens vaccinés qui respectent les mesures sanitaires.

Le chef conservateur Erin O'Toole, aux prises avec des courants contraires dans ses rangs face à la grogne des camionneurs, n'a pas commenté la situation lundi matin. Lors de la période des questions aux Communes, il a cependant demandé au premier ministre de rencontrer des camionneurs, mais en vain.

Il a également accusé M. Trudeau de manquer de leadership et de diviser les Canadiens en ignorant les doléances des camionneurs. Le premier ministre sait que les voix de quelques-uns ne représentent pas les millions de Canadiens inquiets des conséquences de la pandémie, a-t-il lâché.

Dimanche, M. O'Toole avait dit soutenir le droit de manifester pacifiquement, en appelant les protestataires à ne pas confondre ce droit avec un manque de respect flagrant pour les hommes et les femmes qui ont servi, inspiré et protégé notre pays.

Les personnes qui profanent ces monuments commémoratifs devraient avoir honte et leur comportement porte atteinte aux courageux Canadiens qui ont tout sacrifié pour notre pays, a écrit sur Twitter le chef conservateur, qui a discrètement rencontré des manifestants vendredi.

Le Bloc québécois avait aussi dénoncé dimanche les gestes d’intimidation perpétrés envers des journalistes, de même que la présence de symboles d’extrême droite à la manifestation.

Tout en disant reconnaître le droit de manifester, le parti souverainiste a précisé ne pas appuyer les revendications des participants. Ce n’est [...] pas le mouvement des camionneurs, mais bien de certains camionneurs et certains opposants aux mesures sanitaires et à la vaccination, a-t-il fait valoir.

Rentrée parlementaire perturbée

Des députés fédéraux ont réussi à se rendre sans encombre au parlement, lundi, malgré le blocage du secteur par des camionneurs et leurs alliés, rassemblés depuis vendredi soir pour réclamer un assouplissement des mesures sanitaires.

Quelques élus ont confirmé à Radio-Canada qu'ils avaient réussi à se rendre à leur bureau tôt dans la journée, afin de participer à la reprise des travaux parlementaires, à 11 h (HNE). Ils soutiennent qu'il n'est pas question de laisser les manifestants les empêcher de faire leur travail.

On doit continuer à siéger à la Chambre des communes, a résumé la ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, lors de son passage, dimanche soir, à l'émission Tout le monde en parle. La cheffe de la diplomatie canadienne a affirmé qu'elle serait sur place pour la reprise des travaux.

« On est 338 députés élus partout à travers le pays. On est là pour prendre des décisions pour les gens. [...] Ce n’est pas vrai qu’on va vivre notre 6 janvier canadien. On ne se fera pas prendre en otages. »

— Une citation de  Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères du Canada

Il est à noter que les travaux parlementaires doivent se dérouler en mode hybride. Si certains élus doivent être sur place, beaucoup d'autres devaient déjà participer aux travaux depuis leur bureau ou leur maison, loin du tintamarre de la rue Wellington.

Dimanche soir, le sergent d’armes de la Chambre des communes, Patrick McDonell, a informé les députés des procédures de sécurité à suivre pour entrer au parlement, où plusieurs accès ont été fermés en raison des manifestations. Ces consignes n'ont pas été dévoilées publiquement.

Ça complique un peu notre travail. Mais je dirais que ce n’est pas ça qui est important aujourd’hui. L’important, aujourd’hui, c’est de rappeler qu’il y a évidemment au Canada non seulement un droit, mais une obligation, lorsqu’on le croit important, de manifester son point de vue, mais ça doit être fait de manière respectueuse et dans la paix, a déclaré le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos, lundi matin.

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