•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Duel dans les rues d’Ottawa

La fête est bel et bien terminée. Les camionneurs mènent une guerre des nerfs contre les policiers déployés à Ottawa.

Chargement de l’image

La manifestation des camionneurs à Ottawa n'était toujours pas terminée dimanche soir.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Chargement de l’image

Les gémissements des klaxons, à force, créent une musique de plus en plus lugubre, sourde, étrange, agressive. Il a fait gris, humide, froid toute la journée à Ottawa. La journée, les rues sont demeurées quasiment désertes, les commerces du centre-ville, presque tous fermés. Seuls les manifestants circulaient, criaient, écoutaient des discours. L’odeur du diésel brûlé en vain enveloppait la ville d’un parfum de fin du monde.

Après deux journées et deux nuits de festoiement, beaucoup de gens ont quitté la capitale dimanche matin pour rentrer chez eux, mais ceux qui sont restés à Ottawa sont des jusqu'au-boutistes et la capitale se retrouve dans un étrange cauchemar, un bouchon qui s’éternise, infernal.

Près du parlement, des voitures de police bloquent les rues, phares allumés. Les camionneurs arrivés de l’Ouest canadien sont stationnés derrière et klaxonnent, klaxonnent sans arrêt. Les manifestants scandent : Let them in (Laissez-les entrer).

En début de soirée, des camionneurs ont trouvé une brèche dans le labyrinthe de barrages routiers qu’est devenu le centre-ville d’Ottawa. Les policiers les ont interceptés juste avant qu’ils ne réussissent à pénétrer le périmètre de sécurité. En quelques minutes, une cinquantaine de policiers se sont rassemblés devant les camions pour les empêcher de passer.

Chargement de l’image

Certains camionneurs sont arrivés à Ottawa dimanche, alors que le point culminant de la mobilisation avait eu lieu la veille.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le chauffeur du premier camion venu de Thunder Bay n’a pas voulu nous dire son nom, mais ce qu’il nous a affirmé, c’est qu’il ne bougerait pas, qu’il se ferait entendre. Ils vont savoir que je suis là, s’est-il contenté de dire le visage fermé, déterminé. L’homme a remonté sa fenêtre, signe que notre brève conversation était terminée et a recommencé à tirer sur la languette de son klaxon.

Derrière un autre barrage de police, à quelques rues de là, Ross, venu de l’Ouest canadien, est lui aussi déterminé à ne pas bouger. Nous attendrons des jours s’il le faut, mais nous ne bougerons pas tant que tous les décrets ne seront pas levés, explique-t-il.

En cette soirée dominicale, le convoi de la liberté évoque, étrangement, le film Duel de Steven Spielberg dans la mesure où la manifestation s’est transformée en guerre des nerfs. Il n’y a, au moment d’écrire ces lignes, plus rien de festif à Ottawa, mais de plus en plus de tension et d’étrangeté.

Des manifestants qui s'apprêtent à passer une troisième nuit devant le Parlement disent vouloir y rester tant qu'ils ne seront pas entendus. Depuis hier, la capitale fédérale est paralysée, des méfaits ont été commis et les résidents sont excédés. Le maire d'Ottawa et d'autres élus réclament leur départ. Reportages de Daniel Thibeault et Jérôme Bergeron.

Plus tôt dans la journée, devant le parlement canadien, les organisateurs du convoi pour la liberté ont installé une petite scène sur laquelle se sont succédé plusieurs orateurs. Dimanche matin, c’était un prédicateur qui évoquait la parole de Dieu. Dimanche après-midi, deux musiciens qu’on a présentés à la foule comme membres des Premières Nations ont joué du tambour pour faire circuler l’énergie, a précisé l’animatrice.

Un chansonnier francophone a ensuite interprété des chansons sur le thème de la liberté et a demandé à la foule de marcher dans les rues d’Ottawa et d’aller encourager les camionneurs. Un ex-policier de la GRC a dit aux gens rassemblés que les membres du corps policier étaient là pour les protéger et que, pour la plupart, c’était du ben bon monde. Il a pleuré sur la scène en racontant qu’il avait dû quitter son emploi, car il refusait de se faire vacciner.

La foule a scandé : My body, my choice (Mon corps, mon choix) avec émotion. Un autre orateur a déclaré que tout ce qui se disait dans les grands médias à propos de leur mouvement était un mensonge. Les gens ont applaudi avec ravissement ce prêche démonisant la presse traditionnelle.

Chargement de l’image

Un apôtre d'un groupe religieux chrétien explique que le diable était derrière toute la situation de la pandémie. « Jésus nous a donné la liberté », a-t-il ajouté.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À quelques mètres de là, un groupe religieux chrétien avait installé un kiosque distribuant des feuillets explicatifs sur Jésus-Christ. Un de leurs apôtres, voyant que mon regard s’attardait sur les dépliants, a entrepris de m’expliquer que le diable était derrière tout cela. Jésus nous a donné la liberté, m'a-t-il d’abord expliqué, le regard vibrant d’intensité, pour ensuite me dire que le diable se régalait de toute cette division.

Je ne me lancerai pas dans un débat théologique sur la part du diable dans cet épisode pandémique, mais l’acrimonie, d'où qu'elle vienne, est maligne. Depuis vendredi, des collègues journalistes se sont fait insulter, haranguer, intimider.

Chargement de l’image

Des feux ont été allumés dans les rues par les manifestants pour se réchauffer.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Tous les gens avec qui nous avons discuté depuis notre arrivée entretiennent, à des degrés divers, le sentiment du nous contre eux et du eux contre nous. À l’hôtel, seuls les employés et les journalistes portent des masques, ce qui fait que nous sommes facilement identifiables, pris à partie par des manifestants. Vous n’êtes pas pour la liberté?

En cette soirée dominicale, dans la capitale fédérale, des manifestants ont allumé des feux pour se réchauffer. Des policiers armés sont partout. La tension est palpable, inquiétante, bruyante et odorante.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !