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Les archives, mémoire tangible et durable à l’ère de l’éphémère

Une lettre manuscrite et un médaillon.

Guillaume Marsan a notamment découvert, il y a quelques années, une des plus vieilles copies du testament politique de Chevalier de Lorimier.

Photo : Radio-Canada

S’il nous reste d’importants témoins de l’évolution de la société et du territoire, ce sont bien les documents d’archives, quoique plus discrets, dormant dans nos centres d’archives. À l’instar des locaux de Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Rimouski, ceux-ci regorgent de boîtes empilées, n’attendant que quelqu’un ne les ouvre. À entendre l’archiviste Guillaume Marsan, plusieurs trésors pourraient encore s’y cacher.

C’est connu, les locaux de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Rimouski débordent de boîtes d’archives. Certaines n’ont même jamais été ouvertes par les archivistes, mentionne Guillaume Marsan, archiviste-coordonnateur à BAnQ Rimouski.

« Il en reste encore une méchante bonne partie à découvrir, donc on n’a pas fini de découvrir notre passé. C’est bizarre à dire, mais c’est ça! »

— Une citation de  Guillaume Marsan, archiviste-coordonnateur à BAnQ Rimouski

Pourtant, chaque boîte pourrait réserver de petits trésors d’archives. Car tomber par hasard sur des documents d’une grande valeur historique, Guillaume Marsan l’a vécu. On n’a qu’à se rappeler la découverte de l’une des plus vieilles copies du testament politique de Chevalier de Lorimier. L’archiviste l’a trouvé, de manière fortuite, dans une boîte du fond du Séminaire de Rimouski. On n’a aucune idée de ce qu’il faisait là!

Guillaume Marsan.

Guillaume Marsan, archiviste-coordonnateur de BaNQ Rimouski

Photo : Radio-Canada

Comme d’autres centres d’archives, le manque d’espace se fait de plus en plus sentir dans celui de Rimouski. Contrairement aux bibliothèques, on ne fait pas d'élagage, on ne reçoit que des documents originaux, explique M. Marsan. BAnQ Rimouski cherche d’ailleurs à se relocaliser depuis quelques années.

De grands défis technologiques

Pour illustrer le gouffre technologique qui peut séparer à peine deux générations, Guillaume Marsan raconte comment chacun de nous, actuellement, stockons des archives personnelles avec nos appareils mobiles, qui ont une durée de vie matérielle bien limitée. Ces archives peuvent être beaucoup plus éphémères que des documents papier datant d’une centaine d'années.

On reçoit encore des archives qui datent de 100 ans, mais on doit aussi gérer les documents qui sont créés aujourd’hui de façon technologique, pour éventuellement pouvoir les conserver. C’est vraiment ça, le gros du défi, c’est la mondialisation, l’uniformisation globale des technologies, mais aussi, comment on va les conserver dans le temps pour pouvoir les lire dans 325 ans.

« On a eu un groupe étudiant du cégep [en visite], il n’y a pas si longtemps, et j’ai sorti des disques souples ou des disquettes floppy, même des cassettes Beta… Vous auriez dû voir leurs yeux, ils n’avaient aucune idée c’était quoi! »

— Une citation de  Guillaume Marsan, archiviste-coordonnateur à BAnQ Rimouski

Seulement 5 à 10 % des documents d’archives de BAnQ Rimouski serait numérisé et accessible en ligne. Éventuellement, on va reprendre le dessus, quand on va réussir à numériser les documents et recevoir les documents numériques; à un moment donné, on n’aura plus besoin d’espace pour les boîtes, mais ce n'est pas le cas actuellement et ce ne sera pas le cas avant plusieurs dizaines d’années.

Une enseigne est illuminée sur la façade d'un grand bâtiment de brique. Un clocher surmonté d'une croix trône sur le toit.

En juillet dernier, Guillaume Marsan affirmait que la maison-mère des Sœurs du Saint-Rosaire constituerait l'endroit idéal pour la relocalisation des documents les plus précieux de la région (archives).

Photo : Radio-Canada / Laurie Dufresne

Ralliant plusieurs partenaires régionaux comme les services d’archives du Musée de la Gaspésie et ceux de Rivière-du-Loup, BAnQ soutient quotidiennement les chercheurs et les citoyens curieux dans leurs recherches.

Les traces laissées par des temps révolus

Plus méconnu, le patrimoine documentaire détient une richesse incontestable, pour Guillaume Marsan. Je trouve ça extrêmement intéressant d’interpréter, de contextualiser ces documents-là, et on peut encore aujourd’hui comprendre certaines choses qui se sont passées il y a 100 ou 200 ans, indique-t-il.

Les archives civiles et judiciaires, par exemple, offrent tout un reflet de la société à une époque donnée.

Par exemple, en 1867, à la création de la Confédération canadienne, les lois étaient complètement différentes d’aujourd’hui. Les marginaux étaient considérés autrement. Un homosexuel était un marginal. Une tentative de suicide était considérée comme une tentative de meurtre contre soi-même, donc il était poursuivi en justice! On voit l’évolution de la société à travers les archives judiciaires, donc je trouve ça extrêmement intéressant de fouiller là-dedans.

Guillaume Marsan raconte aussi être tombé sur une autre archive qui témoignait qu’en 1870, un homme avait été poursuivi au criminel pour s’être endormi sur son banc d’église, pendant la communion. Pour les gens de l’époque, il était normal de punir ce genre de gestes, qui troublaient le culte religieux.

« Le patrimoine documentaire, je trouve que c’est un beau legs qu’on fait au futur, parce que c’est vraiment un dialogue intergénérationnel. [...] Il y a quelque chose de beau là-dedans. »

— Une citation de  Guillaume Marsan, archiviste-coordonnateur à BAnQ Rimouski
Une ancienne illustration sortie d'un tiroir.

Seulement 5 à 10 % des documents d’archives de BAnQ Rimouski seraient numérisés et accessibles en ligne.

Photo : Radio-Canada

Ces archives sont aussi des témoins directs de l’évolution du territoire, à travers les décennies et les siècles. En consultant des cartes postales de la Gaspésie, par exemple, on constate que le bord de mer n’est plus le même, que les vieux ports de pêche n’existent plus et ont été centralisés, illustre M. Marsan.

Pour Guillaume Marsan, ce type de documents permet de s’interroger sur la façon dont nos régions ont été structurées, comment elles se sont transformées, ce qui a été conservé, et sur le travail à faire pour se remémorer certaines parties du passé qu’on a mis de côté.

Aux yeux de l’archiviste, les efforts sont actuellement insuffisants pour protéger le patrimoine sous toutes ses formes. Mais, à l’inverse, il croit qu’il y a, dans les communautés, énormément de projets, énormément de gens qui sont très dynamiques dans leur approche, et qui vont peut-être même, avec les nouvelles technologies, trouver d’autres moyens de le mettre en valeur.

Avec la collaboration de Charles Alexandre Tisseyre

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