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L’achat de seconde main : une façon de consommer plus populaire que jamais

Une boutique de vêtements d'occasion.

À La Caravane Vintage, à Montréal, tous les articles vendus datent des années 90, ou même avant. La boutique est notamment reconnue pour sa grande sélection de jeans rétros.

Photo : Radio-Canada / Maryanne Dupuis

Maryanne Dupuis

S'habiller de la tête aux pieds pour 25 $ : c'est possible, et de plus en plus fréquent. Depuis quelques années, la popularité pour l'achat de seconde main ne cesse d'augmenter, non seulement dans le secteur du vêtement, mais aussi pour toutes sortes de biens.

C’est une tendance qui a commencé il y a déjà plusieurs années, et qui s’est accélérée au cours de la pandémie également, explique le professeur émérite à HEC Montréal Jacques Nantel.

Une des raisons, c’est la propension qu'ont eu les consommateurs à magasiner de plus en plus sur le web parce que nous étions confinés. Beaucoup ont commencé à considérer des plateformes qu’on ne considérait pas avant, comme les Kijiji et les autres de ce monde.

Le 5e Indice Kijiji de l’économie de seconde main (Nouvelle fenêtre), publié en 2019 par l’Observatoire de la consommation responsable de l’Université du Québec à Montréal, signale que les vêtements, chaussures et accessoires représentent 30 % de tous les objets d'occasion vendus.

Des vêtements suspendus à des cintres.

En 2018, plus de 82 % des Canadiens ont participé à l’économie de seconde main, selon le 5e Indice Kijiji de l’économie de seconde main.

Photo : Radio-Canada / Maryanne Dupuis

De son côté, la compagnie ThredUP (Nouvelle fenêtre), qui propose un service de revente en ligne, prévoit dans son dernier rapport que le marché mondial des vêtements de seconde main devrait atteindre 77 milliards de dollars américains d’ici 2025, soit plus du double qu’en 2021. Selon ses estimations, la taille de ce marché pourrait même surpasser celle de la mode éphémère (fast fashion) d’ici la fin de la décennie.

« Si on regarde cette tendance-là, couplée aux préoccupations bien réelles envers l’environnement, la réutilisation et le recyclage, je vous dirais que sans que ça dépasse le marché primaire, le marché du seconde main va continuer à prendre de l’ampleur et va changer le cours de production de beaucoup d’entreprises. »

— Une citation de  Jacques Nantel, professeur émérite à HEC Montréal

Changement des mentalités

Si le marché de seconde main connaît aujourd’hui une ampleur sans précédent, c’est aussi parce que les mentalités ont évolué, selon Éric St-Arnaud, directeur général de Renaissance Montréal.

Quand j’ai commencé chez Renaissance, les gens venaient magasiner chez nous et on avait des sacs avec des logos, se rappelle-t-il. Mais certaines personnes pouvaient sortir du magasin et revirer le sac à l’envers pour être sûres qu’on ne voie pas le logo, parce que c’était encore associé au fait d’avoir peu d’argent.

Aujourd’hui, on entend plus de gens dire : J’ai trouvé ça chez Renaissance, je suis habillé au complet et ça m’a coûté 35 $, dit-il.

Des rangées de vêtements à l'intérieur de la friperie Renaissance de Sherbrooke.

La première friperie Renaissance hors de Montréal, à Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada / Alexis Tremblay

À la boutique La Caravane Vintage, à Montréal, la copropriétaire Stéphanie Lemay croit elle aussi que la perception des gens envers l'achat de seconde main a changé, particulièrement chez les plus jeunes.

Il y a vraiment une grande demande. Je dirais que les jeunes sont plus conscientisés à consommer seconde main, ils ne se questionnent pas deux fois. Pour eux, ça n’a pas de connotation négative, contrairement à certaines personnes plus âgées.

Chez Annexe Vintage, la gérante Camille Benoît estime que les produits proposés dans la boutique peuvent concurrencer les grandes chaînes.

Je pense qu’il y a beaucoup plus de gens qui se rendent compte qu’en fait, la mode, c’est extrêmement cyclique et que les pièces neuves qu’ils peuvent retrouver au centre-ville, nous aussi on les a, mais à un moindre prix, ou à un prix équivalent de meilleure qualité.

Camille Benoît, gérante d'une boutique de vêtements d'occasion.

Camille Benoît est gérante à la boutique Annexe Vintage, qui fait partie du paysage montréalais depuis 2010.

Photo : Radio-Canada / Maryanne Dupuis

Multiplication des plateformes

Outre Kijiji et Marketplace, qui sont devenues des incontournables pour ce qui est de la vente et de l’achat de biens de seconde main, d’autres acteurs tentent aussi de tirer leur épingle du jeu.

C’est le cas de Vinted, une plateforme très populaire en Europe, et qui est arrivée en sol canadien en 2021. Elle permet la revente de vêtements d’occasion entre particuliers et elle compte aujourd’hui plus de 50 millions de membres dans 15 pays.

L’application québécoise UpCycli propose elle aussi de mettre en relation les particuliers les uns avec les autres. Depuis son lancement en 2019, plus de 25 000 personnes l’ont téléchargée. L’arrivée de Vinted, d’abord perçue comme une menace, a plutôt contribué à la croissance de la jeune entreprise montréalaise.

Les gens trouvent le compétiteur et trouvent aussi UpCycli en même temps dans leurs recherches. Souvent, ils vont utiliser les deux, puis choisir la plateforme qui répond le mieux à leurs besoins et à leurs valeurs, relate la cofondatrice Élodie Lourimi.

Le logo de l'application de transactions UpCycli.

UpCycli, lancée en 2019 au Québec, permet de mettre les particuliers en relation pour réaliser des transactions de vêtements de seconde main.

Photo : Radio-Canada / Maryanne Dupuis

Puisque la demande est au rendez-vous, l’entreprise planche sur une version 2.0 de son application et à la création d’un site web pour le printemps 2022. Éventuellement, Élodie Lourimi souhaite percer le marché canadien.

Le [lancement de l'application au] Québec était vraiment pour tester, on a toujours eu une vision à l’échelle canadienne. Comme l’application est disponible uniquement en français pour le moment, elle est principalement utilisée au Québec. Dans sa nouvelle version, elle sera complètement bilingue, ce qui va nous permettre d’aller chercher le public anglophone.

Penser à l’après

Le 5e Indice Kijiji de l’économie de seconde main révèle aussi que de plus en plus de Canadiens se procurent des vêtements d'occasion pour l’aspect écologique.

Et certains acteurs de l’industrie commencent déjà à penser plus loin.

Nous sommes à l’affût de ce qui se passe ailleurs sur la planète. Notre objectif, c'est d’essayer de terminer le cercle d’économie circulaire avec le recyclage, qu’on n’a pas en ce moment, dit Éric St-Arnaud, directeur général de Renaissance Montréal.

Mais le défi est de taille et plusieurs questions font surface.

En quoi on le transforme après? Est-ce qu’on refait des vêtements? Avec plusieurs matières, ça semble être peu possible à faire… Mais est-ce qu’on peut faire des produits de construction par exemple, ou le transformer en autre chose? Et après, quelle compagnie va vouloir utiliser les produits? C’est quoi, le coût de transformation? Parce que ça revient toujours au coût, à la fin.

Renaissance a reçu un soutien financier de 500 000 $ de la Ville de Montréal, qui servira à la recherche et au développement d'initiatives pour le recyclage des textiles. Le projet pilote doit durer 2 ans.

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