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La COVID-19 n’en est pas au stade endémique, préviennent nombre d’experts

De nombreuses personnes entassées dans une file attendent l'ouverture des boutiques.

Des experts préviennent que la COVID-19 n'en est pas à un stade endémique et que le fait de croire qu'elle l'est pourrait s'avérer dangereux, car le mot « endémique » ne signifie pas qu'on va désormais « vivre avec le virus ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

CBC

Après deux ans de pandémie, nombre de gens souhaitent que la COVID-19 devienne endémique, croyant à tort que ce mot signifie « vivre avec le virus ». Non seulement nous n'en sommes pas là, disent les experts, mais il est dangereux de croire le contraire.

En effet, ceux qui croient que le mot endémique signifie « vivre avec le virus tout en relâchant les restrictions sanitaires » se trompent.

Endémique est devenu un des mots les plus mal employés de la pandémie, de l’avis d'Aris Katzourakis, professeur en génomique et en évolution à la faculté de zoologie de l’université d’Oxford, au Royaume-Uni.

Dans un article qu’il a publié dans la revue scientifique Nature plus tôt cette semaine, le professeur Katzourakis affirme ceci : Non seulement il est faux de penser que l’endémicité est à la fois légère et inévitable, c’est de surcroît dangereux. Cela suscite un excès d'optimisme qui peut se solder par plusieurs autres années de maladie pour l'humanité, y compris des vagues d’éclosions imprévisibles.

Selon des spécialistes des maladies infectieuses et selon des épidémiologistes, ces fausses suppositions peuvent aussi laisser croire que la pandémie tire à sa fin au Canada et dans d’autres pays post-industrialisés. Or, nous en sommes plutôt à un stade où les mesures de santé publique sont plus que jamais cruciales.

"Endémique", ce n'est pas ce que nous vivons actuellement, met en garde le Dr Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses à l'Hôpital général de Toronto. Nos systèmes de santé sont mis à rude épreuve et le virus a de graves répercussions sur la société. Ce n'est pas endémique, ça, c'est encore pandémique.

Le mot « endémique », disent les experts, signifie que le virus est présent dans une région à un niveau stable, sans les vagues ascendantes et descendantes d'infections auxquelles nous avons assisté durant la pandémie de coronavirus.

L'endémicité se produit lorsque la réplication naturelle d'un virus est compensée par le développement d'une immunité acquise par la population avec, pour résultat, un état global d'équilibre, c'est-à-dire un nombre constant de cas dans la communauté, a expliqué le professeur Katsourakis à CBC.

Cette immunité est atteinte grâce à la vaccination et à la rémission qui survient à la suite d'une infection naturelle.

Au stade endémique, le taux de positivité du virus – une mesure qui permet d'évaluer sa contagiosité – tourne autour de 1 : Il ne décline pas et n'augmente pas, affirme le Dr Raywat Deonandan, épidémiologiste à l'Université d'Ottawa.

L'endémicité ne dit rien à propos de la gravité de la maladie, ajoute-t-il.

Par exemple, la malaria est endémique dans plusieurs parties du monde et est une des maladies les plus mortelles chez les jeunes enfants, selon l'UNICEF.

« Endémique » ne signifie pas « maîtrisé »

Politiquement, le mot "endémique" est associé à "on en a fini avec ça, passons à autre chose", dit le Dr Deonandan.

Or, on n'en est vraiment pas là en ce moment avec la COVID-19, qui met sous pression de manière insoutenable nos systèmes de santé, disent MM. Deonandan et Katsourakis.

Pour beaucoup de gens, « endémique » signifie que la COVID-19 est maîtrisée, selon le Dr Deonandan. C'est le cas lorsqu'une maladie continue de nous embêter mais qu'on est capables de la gérer. Certaines personnes plus vulnérables vont tomber malades.

Par exemple, les personnes âgées, les jeunes enfants et les personnes immunosupprimées courent de plus grands risques de tomber gravement malades lorsqu'elles contractent la grippe et doivent donc être protégées, notamment en étant vaccinées. Ce sera la même chose lorsque la COVID-19 sera maîtrisée, explique le Dr Bogoch.

Un jeune garçon fait un dessin pendant qu'une femme lui administre un vaccin dans un centre de vaccination de Toronto.

Un jeune garçon est vacciné à Toronto. Pour le Dr Raywat Deonandan, de l'Université d'Ottawa, la propagation du coronavirus ne pourra pas être contrôlée tant qu'on n'aura pas assuré une couverture vaccinale suffisante dans le reste du monde.

Photo : La Presse canadienne / R.J. Johnston

Comment y parvenir?

De l'avis des experts, la COVID-19 continuera d'être une menace pour des pays post-industrialisés comme le Canada tant et aussi longtemps qu'un nombre élevé de personnes dans tous les pays ne seront pas vaccinées.

Si les pays riches faisaient de la vaccination une priorité pour le monde entier, quelques mois pourraient être suffisants pour venir à bout de la COVID-19, selon le Dr Deonandan.

Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, abonde dans ce sens. Il a affirmé cette semaine que la fin de la phase aiguë de la pandémie peut être à portée de main, à la condition notamment de lutter contre l'iniquité vaccinale.

« On ne peut pas régler localement un problème global. »

— Une citation de  Le Dr Raywat Deonandan

Dans les pays où la couverture vaccinale est insuffisante, la propagation du coronavirus ne peut pas être contrôlée. Par conséquent, c'est là qu'apparaissent de nouveaux variants, qui se propagent rapidement dans le monde.

Si nous aidons le reste du monde à bien contrôler la COVID-19, il n'y aura plus de nouveaux variants en provenance de ces pays-là, explique le Dr Deonandan. Ce film affreux va prendre fin.

Nous avons vu ce que des variants peuvent faire comme dommages dans des pays où la majorité de la population a été vaccinée, y compris au Canada et au Royaume-Uni, dit le Dr Katzourakis.

« Le variant Omicron est un coup de semonce de ce que l'iniquité vaccinale peut faire. »

— Une citation de  Le Dr Aris Katzourakis, de l'université Oxford

On peut déployer une foule de ressources et d'efforts pour vacciner tout le monde au Canada et au Royaume-Uni mais ensuite être menacé par un variant qui a pris naissance ailleurs et qui va anéantir tous les efforts de vaccination, décrit le Dr Katousrakis. C'est une manière incroyablement inefficace d'essayer de résoudre le problème.

Pas de « restants de table »

Et aider les pays en développement à vacciner leur population ne se résume pas uniquement à leur envoyer suffisamment de doses de vaccin. Il faut leur laisser assez de temps pour administrer ces vaccins.

Les dons de vaccins ne peuvent pas être des restants de table, affirme le Dr Bogoch, qui a énormément travaillé dans les pays en développement de l'Afrique. On doit leur donner accès à des vaccins dont la date de péremption n'est pas imminente.

Malheureusement, beaucoup de pays à faible revenu se sont fait donner des vaccins qu'ils ont dû écarter parce que la date de péremption était à trop courte échéance, ce qui est tragique, dit-il.

Dans un courriel envoyé à CBC, un porte-parole du ministre fédéral du Développement international, Harjit Sajjan, a affirmé que le Canada a donné aux pays en développement 98,8 millions de doses de vaccin par l'entremise de COVAX (le mécanisme international destiné à favoriser l'accès aux vaccins contre la COVID-19 dans les pays pauvres).

Le Canada s'est engagé à fournir jusqu'à 200 millions de doses – des vaccins comme tels ou sous forme de soutien financier – d'ici la fin de 2022, a précisé ce porte-parole du ministre Sajjan.

Le ministre Sajjan a soulevé la question de l'équité vaccinale et de la nécessité d'effectuer à temps des livraisons de vaccins dans les pays du Sud lorsqu'il a rencontré ses homologues et ses partenaires, disait aussi le message d'Ottawa. Nous continuons de collaborer avec COVAX et avec la communauté internationale pour que le déploiement de vaccins soit fait de manière équitable et dans des délais appropriés.

Traduction d'un texte de Nicole Ireland, de CBC News

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