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La « refondation » du système de santé est pilotée par l’ex-bras droit de Gaétan Barrette

Le gouvernement Legault a confié à Daniel Desharnais la rédaction du plan de rétablissement du réseau.

Le sous-ministre adjoint au ministère de la Santé et des Services sociaux répond à des questions.

Daniel Desharnais, lors d'une étude de crédits, l'an dernier, à l'Assemblée nationale

Photo : Assemblée nationale du Québec (capture d'écran)

Rupture ou continuité? Le gouvernement Legault a choisi l'ex-directeur de cabinet de l'ancien ministre libéral de la Santé Gaétan Barrette comme maître d'œuvre de son plan de « refondation » du système de la santé, a appris Radio-Canada de plusieurs sources.

Daniel Desharnais, sous-ministre adjoint à la Santé depuis avril 2020, a été le bras de droit de l'ex-ministre de 2014 à 2017, notamment lors de la préparation de sa réforme controversée. Depuis, plusieurs rapports d'enquête ont établi cette réforme de 2015 comme un facteur contributif à la crise dans les CHSLD, lors de la première vague de la pandémie.

En entrevue avec Radio-Canada, Gaétan Barrette affirme que la CAQ s'approprie sa réforme et n'est pas du tout en rupture avec lui.

Le gouvernement Legault assure toutefois avoir l'intention de changer radicalement d'approche, avec une vision plus humaine et efficace, en décentralisant les décisions.

L’ancien chauffeur du train de la santé devient réparateur

Le train de la santé est magané, et ce depuis plusieurs années, a déclaré le premier ministre François Legault, le 25 janvier, au moment d’annoncer publiquement son projet de refondation nécessaire du réseau de la santé pour augmenter la capacité des hôpitaux.

Christian [Dubé] y travaille très fort, expliquait le premier ministre. Plus précisément, le ministre de la Santé suit et commente l’avancement du travail de Daniel Desharnais.

Interrogé sur son rôle exact, M. Desharnais a renvoyé nos questions vers le service des communications du ministère.

Le porte-parole Robert Maranda confirme que les travaux de ce plan sont coordonnés par la direction générale de la coordination réseau et ministérielle et des affaires institutionnelles, dont M. Desharnais est titulaire, en collaboration avec la direction générale de la gestion de la main-d’œuvre.

Nous avons demandé aux cabinets du premier ministre et du ministre de la Santé s'il n'était pas contradictoire d’avoir confié la rédaction du plan à l’ancien chef de cabinet de Gaétan Barrette, dont la CAQ a maintes fois critiqué la réforme.

« Il est évident que plusieurs personnes travaillent sur ce plan. Mais une chose est certaine : le seul responsable, c’est le ministre Dubé lui-même. Et les seuls responsables de la réforme Barrette, ce sont le Parti libéral et M. Barrette lui-même.  »

— Une citation de  Marjaurie Côté-Boileau, directrice des communications du ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé
Gaétan Barrette debout à l'Assemblée pose une question en agitant les mains.

Gaétan Barrette, ministre libéral de la Santé et des Services sociaux du Québec d'avril 2014 à octobre 2018.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

En entrevue avec Radio-Canada, Gaétan Barrette ironise à propos de la mini-révolution du ministre Dubé. Selon l’ex-ministre, il ne s’agit en réalité que de continuer ce que j'ai entamé en changeant de nom et en moins bien.

Depuis trois ans et demi que la Coalition avenir Québec est au pouvoir, je ne vois rien qui soit rupture, avec ce que j’ai fait, dit l’ancien ministre libéral, passé auparavant par la CAQ. Il accuse même le gouvernement Legault de faire de l’appropriation avec sa réforme.

« Je ne m'attends pas à ce qu'on annonce une refondation, mais des ajustements, en continuité. Moi-même, j'aurais fait des ajustements [...] Si j’avais eu un deuxième mandat et le budget que la CAQ a donné, notre système de santé serait en équilibre. »

— Une citation de  Gaétan Barrette, député libéral de La Pinière, ancien ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec

Gaétan Barrette fait le même constat que François Legault : le plus gros défi du système de santé, c’est le problème de capacité.

S’il pouvait changer quelque chose à sa réforme, il aurait imposé l’horaire de travail de 12 heures partout, comme le font déjà certains hôpitaux. Mais il croit que la CAQ n'osera pas, car ça prendrait une loi spéciale.

Une réforme attendue dans un mois

Toutes les branches du ministère sont touchées par la réforme attendue pour fin février début mars. Publiquement, ce plan est présenté comme une refondation du système de santé, mais en interne, c'est l'appellation plan de rétablissement qui est utilisée.

Ce rétablissement repose sur quatre fondations : les ressources humaines, l'accès aux données, les systèmes informatiques et les infrastructures.

« Il ne faut pas avoir peur du changement. Je pense qu’on va être capable de bâtir un système de santé aussi bon que dans les autres provinces, si ce n’est pas meilleur. »

— Une citation de  Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux, en entrevue à l'émission Tout un matin, le 31 janvier.

Québec veut inciter plus d’infirmières à travailler à temps plein. On ne pourra pas avoir un système efficace avec 40 % des infirmières qui sont à temps partiel, a expliqué François Legault, le 20 janvier.

Le premier ministre s’attend à des incitatifs pour combler les quarts de travail, notamment le soir, la nuit et la fin de semaine. Il pense que cela passe par un réseau plus humain, c’est-à-dire des horaires qui respectent la conciliation travail-famille.

Il faut prendre soin du personnel, a ajouté François Legault, qui souhaite décentraliser la fabrication des horaires, en offrant une flexibilité localement. Déjà, des projets pilotes existent ici et là.

De son côté, le ministre Christian Dubé est très attaché à une meilleure circulation de données à l’intérieur du réseau. Cet aspect a grandement fait défaut durant les premières vagues. Les états de situation du terrain remontaient difficilement au ministère.

L’uniformisation des systèmes informatiques est aussi un aspect important parce que certains de ces logiciels ne se parlent pas entre établissements.

Enfin, la construction de nouveaux hôpitaux et la modernisation d’autres, ainsi que la construction des maisons des aînés et les rénovations de CHSLD, constituent le quatrième socle de la réforme.

Le gouvernement a promis de s’inspirer du rapport de la commissaire à la santé et au bien-être à propos de la gestion de la pandémie de COVID-19. Un rapport qui a d’ailleurs écorché la réforme Barrette.

Plusieurs rapports d'enquête ont blâmé la réforme libérale de 2015

Le rapport de la commissaire Joanne Castonguay a souligné que depuis la réforme Barrette, au sein d’un même CISSS/CIUSSS, plusieurs systèmes d’information différents ont dû, et doivent encore dans certains cas, cohabiter .

Joanne Castonguay en entrevue

La commissaire à la santé et au bien-être Joanne Castonguay

Photo : Radio-Canada

« Le manque de performance des systèmes d’information avec une gestion décentralisée et non intégrée des listes de rappel, par exemple, aurait ainsi mené à une grande confusion dans la gestion du personnel. »

— Une citation de  Extrait du rapport de la commissaire à la santé et au bien-être

La commissaire notait aussi que l'abolition de postes de gestionnaires en CHSLD, avec la réforme Barrette, a empêché d'assurer une gestion de proximité, un encadrement des équipes et un suivi de la performance.

En novembre 2021, la protectrice du citoyen avait aussi écrit, dans son rapport sur les CHSLD durant la première vague, que la réforme du réseau de la santé de 2015 a créé de plus grandes structures sans les doter de gestionnaires en nombre suffisant.

À ce propos, Gaétan Barrette n’a aucun regret. Y a-t-il besoin d’un patron pour un CHSLD de 34 ou 75 lits? demande-t-il. Aujourd’hui, il y a un patron dans chaque CHSLD et il y a plus d'éclosions qu'à la première vague.

Le rapport d'enquête sur la crise au CHSLD Herron, rédigé pour le compte du ministère de la Santé, en septembre 2020, avait lui aussi écorché la réforme Barrette en l’accusant d’avoir contribué aux problèmes de manque d'effectifs ainsi qu’aux difficultés d'organisation et de communication.

Le rapport parlait d'une réforme qui aura centré les efforts des dirigeants, pour une trop longue période de temps, sur la structure du système plutôt que sur sa mission première, soit de soigner les gens.

Gaétan Barrette concède être allé vite et avoir bousculé un paquet de monde, mais il maintient que sa réforme est encore bonne.

Se disant mal compris et mal aimé et conscient que sa parole est devenue inaudible, l’ancien ministre libéral a annoncé qu’il ne sera pas candidat aux élections d’octobre.

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